Texte à méditer :  

VB Association pour la reconnaissance du vote blanc

« Un homme, une voix. L’équation simple s’impose à nous avec la force de l’évidence. L’égalité devant l’urne électorale est pour nous la condition première de la démocratie, la forme la plus élémentaire de l’égalité, la base la plus indiscutable du droit. »   Pierre Rosanvallon (Le sacre du citoyen)

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Prix Crétinerie d'Or

Prix Vote Blanc de la Crétinerie d'Or.
CONCOURS 2017

Le prix honore chaque année des personnalités qui, par la profondeur de leur pensée, la pertinence de leurs remarques, ont réussi à démontrer que le vote blanc n'a pas lieu d'être.
 Voir plus en détails les lauréats et les candidats


Candidats pour 2017

Béatrice Giblin : « Je suis très préoccupée par cet engouement pour le vote blanc. C'est pousser les gens à ne pas essayer de s'engager. C'est au fond une sorte de fuite de ses responsabilités. 'Y en a aucun qui me plait.' Bien sûr puisqu'on est 66 millions et on va avoir in fine à choisir entre deux. Donc on va choisir celui qui va sembler correspondre le plus à nos souhaits. Je suis très hostile à cet engouement sur le vote blanc qui me paraît un peu dangereux. »
François Bujon de L'Estang : « Je comprends et je sympathise. » 9 avril 2017, émission L'esprit public, France Culture.
Béatrice Giblin, géopoliticienne, François Etienne Vladimir Bujon de L'Estang, diplomate français. Deux bourgeois qui, en 1936, se seraient offusqués que les ouvriers aient des congés payés.

"Le risque est grand que, se parant, avec le vote blanc, des atours de la juste expression de la volonté populaire, le peuple soit nu." Anne Levade, juriste, L'Express (si vous avez 1 euro à dépenser), 6 avril 2017.

"Le vote blanc se présente comme un exutoire commode – il n’esquive pas le devoir du vote – à une indécision qui se diffuse. Indécision pour choisir, indécision pour participer." Anne Muxel, politologue du CEVIPOF, Le Monde, 5 avril 2017. Travail à charge. On attend autre chose des universitaires.

"Il revient donc à ceux qui s’abstiennent ou votent blanc pour contester le système, de redoubler d’efforts pour faire vivre la démocratie participative : en s’engageant, par exemple, dans un conseil de quartier ou une association." Jean-Luc Brunin, évêque du Havre, La Croix, 4 avril 2017
. Mélanger abstention et vote blanc n'est pas sérieux et qui dit que celui qui vote blanc n'est pas très engagé dans sa vie ordinaire ?

"Il y a d'abord le vote blanc rural, qui s'exprime dans les petites communes, où tout le monde se connaît et où il peut être mal perçu de ne pas aller voter. Il recèle donc de l'abstention cachée. Il y a ensuite le vote blanc urbain, dont les utilisateurs sont plus politisés, plus éduqués. Ils délivrent davantage un message politique."  Adélaïde Zulfikarpasic, directrice adjointe de l'institut BVA, L'Express, 29 mars 2017. 15 ans qu'elle répète le même cliché. Les campagnes ont bien changé ces 30 dernières années mais on en reste à une analyse du siècle de La Fontaine !!!

« Je suis toujours un peu sceptique sur ces gens qui estiment que l’offre du moment ne leur va pas. Je ne sais pas si c’est le problème de l’offre ou celui des gens en question." Michel Issindou, député PS, décembre 2016, France Inter .

"Contrairement aux Etats-Unis, la France affiche une volonté d'égalité absolue en matière d'élection. Le suffrage universel est censé y être encore plus pur que l'immaculée conception" Didier Maus, constitutionnaliste anti-vote blanc, 1er novembre 2016, Huffington Post. Quelle égalité absolue quand le principe 1 homme/ 1 voix est bafoué par la non reconnaissance du vote blanc !?

"A quoi servirait la liberté de penser s'il n'est de liberté de choisir. ? D'autant que chez nous, le vote blanc est possible." André Flahaut, ancien ministre PS de la Défense, ancien président de la Chambre, Le Soir, 15 novembre 2016. En Belgique, le bulletin blanc va directement de l'urne à la poubelle. C'est le vote blanc qui donne la liberté de choisir, pas le vote obligatoire.

Une proposition de loi sur le vote blanc en janvier 2016, une autre sur le vote obligatoire un an plus tard (!) - janvier 2017 - qui ne mentionne pas le vote blanc. Tromperie sur la marchandise, travail de sagouin. Stéphane Saint-André, député.

Edition 2016
(pas de prix décerné)

Edition 2015

Le vainqueur est:

LE GROUPE EELV A L'ASSEMBLEE


Même les écologistes, face à des intérêts à court terme -entrer au gouvernement - s'assoient sur leurs convictions:

AVANT: «Nous, élus écologistes, nous continuerons à œuvrer pour la reconnaissance pleine et entière du vote blanc, comme je l’ai déjà dit en commission. » Sergio Coronado (EELV), jeudi 28 novembre 2013, Assemblée nationale.

AUJOURD'HUI: « Certes, les bulletins blancs ne sont toujours pas intégrés aux suffrages exprimés, mais ils sont désormais comptabilisés et communiqués séparément des bulletins nuls lors de la proclamation des résultats.» Proposition de loi du groupe écologiste à l’Assemblée, mars 2015

La réforme électorale du 21 février 2014, jugée très insuffisante par les écologistes pendant les débats au parlement, est considérée suffisante aujourd'hui (!!!).
 

«Je vote blanc, je vote 'rien', je vote nul, je vote 'rien', je m'abstiens, je ne suis pas dans le coup.» François d'Orcival, président du comité éditorial de Valeurs actuelles. Europe 1, 5 mars 2015. L'éditorialiste met dans le même sac ces trois types de réponse à une élection (qui, selon nous ne sont que deux: abstention et vote blanc - bulletins blancs + bulletins nuls) et en conclue qu'il ne faut pas en favoriser une plus que l'autre. Comme le vote blanc a toujours été associé à une abstention, il n'est pas question aujourd'hui de réfléchir à corriger cette anomalie pour donner plus de subtilité à l'acte électoral. Regrettable pour quelqu'un qui se voudrait un 'phare' intellectuel de la presse.

« It would be too complex and feed an unachievable hunger for the perfect candidate.» Tim Sanders, président de la commission électorale pour l'état du Minnesota, février 2015 (cité dans le blog D.C. Clothesline)

 

VAINQUEUR 2014

«Si le menu de la cantine ne te plaît pas, passe de l’autre côté du zinc et cuisine toi-même! Et si tu ne veux pas accepter de prendre des responsabilités, milite pour le système politique le plus exigeant du monde: l’anarchie.» Charb, Charlie Hebdo, 13 décembre 2013.


Voir les autres candidats de l'édition 2014

Lauréat de l'édition 2013:

Pour la première fois, l'Association remet un prix à un collectif. L'UDI a amplement mérité le titre 2013 suite à sa magistrale initiative parlementaire, préparée de longue date et criante de cohérence. Lire le détail de cette candidature.

Lauréat de l'édition 2012: «En tout état de cause, même s'il y avait 40 millions  de votes blancs, il faudrait bien que quelqu'un soit élu.» Guy Carcassonne, constitutionnaliste vénéré, France-Info, 8 mai 2012. 39 999 999 bulletins blancs, un vote X: c'est X qui est élu !!!

Lauréat de l'édition 2011: «Ceux qui souhaitent comptabiliser les bulletins blancs ont une idée derrière la tête : démolir la république et l'Etat, mais sans dire au profit de qui ou de quoi.... » Michel Charasse, clown politique que l'on ne présente plus, La Montagne.fr, 19 août 2011.

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SAUVÉS DE L'OUBLI !

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Le vote blanc en 2017

Présidentielle

1er tour: 0 944 733 (2,55%)

2nd tour: 4 085 724 (11,52%)


Législatives

1er tour: 11 juin
2nd tour: 18 juin
 

Rappel

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

2nd tour: 2 154 956 (5,82%)

Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

2è tour: 1 568 426 (4,20%)

 

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Le vote blanc en deuil
IL N’A PAS VOULU VOIR CA

caillavet.jpg
 

Le 27 février 2013, Henri Caillavet est mort, âgé de 99 ans. Le 28, les socialistes et les centristes se ridiculisaient au sénat en se glorifiant de prendre la mesure électorale la plus inepte, le vote blanc séparé des bulletins nuls mais toujours censuré et toujours invisible dans les bureaux de vote, le citoyen étant encore, pour ces élus, un être mineur, inapte à l’indépendance.

Le sénateur radical socialiste Caillavet, lui, en 1980, avait déposé la proposition de loi la plus complète sur le vote blanc.
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LE VOTE BLANC EN QUATRE NOUVELLES

 

 

Et si le vote blanc était une maladie ?          

 

Colère clandestine.                                           

 

Un dé dans l'urne.                                              

 

Le vote blanc comme évidence.                       

 

 

ET SI LE VOTE BLANC ETAIT UNE MALADIE ?

 

Où a-t-il pu aller ? Brigitte se déplace à quatre pattes dans la pièce. Elle voulait écouter du John Cage. Pas n’importe quelle composition de John Cage : Buch I de Music of changes. Surtout le moment où le piano semble sautiller comme le ferait un oiseau, au milieu d’herbes, près d’un ruisseau, malgré le danger qui guette. En circulant ainsi, Brigitte s’aperçoit que la moquette aurait besoin des soins d’un aspirateur. Aucune trace du disque compact de John Cage mais en revanche voici un bout de stylo. Celui qu’elle tenait un quart d’heure plus tôt pour entamer un rapport commandé par son chef de service. Elle le triturait tellement que le ressort interne du stylo avait fonctionné et avait propulsé la partie supérieure. L’inspiration se laissait vraiment désirer.

Brigitte avait pensé qu’un verre de jus d’orange la calmerait. Elle était fière du petit bar qui garnissait un angle de la salle de séjour. Quand des amis venaient, elle aimait passer derrière, sortir verres et bouteilles, les poser sur le dessus qui servait ainsi de comptoir. Elle invitait ses hôtes à formuler leur vœu, l’exhaussait puis leur portait le verre. Derrière son meuble, elle se sentait vraiment maîtresse de maison. Si ses invités étaient peu nombreux ils se désaltéraient et picoraient les petits biscuits debout autour du bar. Quand il s’agissait d’amis du parti et qu’ils discutaient ‘affaires’ cela donnait à leurs échanges un ton de complot qui ne lui déplaisait pas.

Brigitte avait pris un verre et le remplissait jusqu’à ce qu’elle s’aperçoive qu’elle n’avait pas saisi la bouteille de jus d’orange mais celle de whisky. Elle se dirigea sans hésiter dans la cuisine pour tenter de verser le contenu du verre à l’intérieur de la bouteille. Une partie coulait à l’extérieur ; quel gâchis. Voyant que ce n’était pas la meilleure méthode, elle but ce qui restait dans le verre. Est-ce le goût du whisky ou non, l’envie d’écouter du John Cage se manifesta en elle. Malheureusement, le disque compact lui échappa des mains et roula vers une destination inconnue.

Le voilà. Brigitte peut enfin se redresser et quelques instants plus tard le piano de John Cage se fait entendre. Mais très vite il joue seul. Brigitte a quitté son appartement.

 

***

 

« Tiens, quelle bonne surprise ! Je ne pensais pas à toi.

- Je suis vraiment désolée de te déranger ainsi.

- Tu ne me déranges pas du tout, au contraire. J’étais en train de préparer les tracts à distribuer demain. Quelle corvée ! »

Le désordre règne dans la salle de séjour de Marguerite. Des affiches en plus des tracts, du linge en attente de repassage sûrement, quelques jouets.

« Où sont les enfants ?

- Je les ai envoyés avec leur père au cinéma. La campagne est plus dure que prévu. Tu dois savoir que ‘Legoret’ remonte dans les sondages.

- Non, je ne savais pas.

- Et alors ? Tu n’écoutes pas les informations ?

- J’ai un peu la tête ailleurs ces temps-ci.

- Ca m’étonne de toi. D’habitude c’est toi qui m’apprends des trucs. Tu n’es plus abonnée au Monde ?

- Si. Mais je ne le lis plus trop dernièrement.

- Ouh, ma fille, ça va mal. Assieds-toi et raconte-moi. »

Marguerite déplace quelques paquets de tracts, des paires de chaussettes, qui occupaient le canapé, et elles prennent place.

« C’est bête à dire Marguerite, mais… dimanche… je crois que je vais voter blanc. »

Brigitte a baissé involontairement la tête en prononçant ces paroles. Son amie ne dit rien mais son visage exprime un grand étonnement.

« Je voulais… »

Marguerite interrompt Brigitte :

«  ‘Legoret’ remonte dans les sondages et tu ne vas pas voter pour Malicorne !?

- Je ne vote pas contre quelqu’un, je vote pour des idées.

- Ca alors. Après tout ce que tu as fait pour Malicorne.

- Mais c’est temporaire. Je suis sure que Malicorne met entre parenthèses certains aspects de son programme pour mieux riposter face à Legoriot et qu’ensuite, quand il l’aura vaincu il les reprendra et les appliquera.

- Tu radotes ma pauvre. Malicorne défend nos idées depuis toujours et il n’a pas changé d’avis.

- Tu sais très bien Marguerite, qu’au cours de cette dernière campagne électorale, Malicorne n’a plus parlé de la suppression des prisons. On dirait que ça le gêne maintenant.

- Comment peux-tu dire ça ? Malicorne est un homme de progrès et la suppression des prisons est un argument fort de son programme.

- Alors pourquoi n’en parle-t-il plus ? Au contraire, on dirait qu’il veut qu’il y ait plus de policiers.

- Mais non ! Je suis sure qu’il en a parlé.

- Dans un petit meeting quelconque peut-être, en tête à tête. Mais pas à la télé, ça j’en suis certaine.

- Parce que tout le monde sait qu’il défend la suppression des prisons. Il a préféré parler des nouveaux aspects de son programme.

- C’est à dire ?

- La création du SMD, le salaire minimum sur demande. Si les trois-quarts des ouvriers d’une entreprise demandent à leur patron d’augmenter le salaire minimum celui-ci doit le faire.

- Mais ceux qui touchent plus ne sont pas augmentés.

- Peut-être mais c’est un progrès. Il y a aussi un contrôle redoublé des clubs de basket.

- C’est un gadget.

- Mais dis-moi, tu as viré ta cuti, toi.

- Non, ce serait plutôt Malicorne. »

Marguerite ne tenant plus assise s’est levée. Elle fait quelques pas en rond dans la pièce. Soudain elle saisit un tract et le tend à Brigitte :

« Regarde. Ca vaut pas le coup de voter pour Malicorne ça ? Plus d’emploi, plus d’égalité sociale, plus de sécurité, pl…

- Ce n’est pas avec plus de sécurité qu’il va supprimer les prisons. Non, il faut savoir être exigeant et je me dis que maintenant Malicorne se contente de gérer son image tout en gommant certains aspects trop risqués. Il rajoute quelques leurres au goût du jour pour assurer sa promotion. Je ne peux pas lui donner ma voix si son programme présente trop de sujets d’insatisfactions. »

Marguerite a retourné le tract vers elle et le regarde, en colère.

 

***

 

« Et là, c’est nous, au deuxième rang. »

Marguerite désigne du doigt deux personnages sur la diapositive.

«

Bouillonnant véritablement en son for intérieur, il lui avait fallu agir face à la résolution de Brigitte. Elle se souvenait que Lucien, son mari, avait utilisé l’écran de projection pour une représentation d’ombres chinoises qui devait envoûter les enfants. Le résultat ne répondit pas à ses espérances, Gaëlle et Cédric demandant au bout de quelques minutes à voir les dessins animés à la télé. Déçu par le manque d’intérêt que manifestait sa progéniture à l’égard d’un spectacle culturel fait maison et par sa préférence pour une distraction vulgaire, à laquelle s’adonnaient tous les morveux de la terre, Lucien s’était réfugié dans son bureau en ne prenant pas la peine de ranger l’écran. Marguerite l’avait fait, en pleine bataille spatiale. Elle savait donc où il était. Restait à trouver le projecteur et les diapositives. La salle de séjour déjà encombrée vit de nombreux cartons sortir des placards et joncher son sol. Marguerite s’entêta à aller jusqu’au bout de son idée ; la santé politique de son amie était en jeu. Son acharnement fut récompensé.

 

« Tu te souviens, c’était à une manif agricole.

- Tu parles que je me souviens. Ils ont failli nous éjecter quand on a sorti notre banderole.

- Heureusement que tu as crié : ‘Des femmes pour les agriculteurs’. Ca leur a plu. D’ailleurs, sur la photo, tu es en train de t’égosiller.

- C’était le bon temps.

- Mais ce n’est pas fini, la lutte continue.

- Ce ne sera pas de gaieté de cœur que je voterai blanc. »

A ces mots, Marguerite s’est retrouvée debout et entame le tour de la pièce. Mais elle s’arrête avant de l’avoir accompli. D’un geste théâtral elle pointe du doigt Brigitte.

« Abstiens-toi.

Jamais. Je sais trop combien ça a été dur pour les femmes d’acquérir le droit de vote, je ne peux pas tout bazarder comme ça. » Après un silence : « Je reste membre du parti. Et je te promets que j’en discuterai avec Delmey, du bureau régional.

Va le voir avant dimanche. Et puis non. Non, on ne sait jamais… Si c’était contagieux. On ne sait jamais. »

 

***

 

« Depuis quelques jours j’ai mal à la gorge, docteur.

- On va voir ça. Ouvrez la bouche s’il vous plaît. »

Trente secondes après elle la referme, comme le lui demande le médecin.

« Vous n’avez strictement rien. Je vais en profiter pour prendre votre tension. »

C’est vrai qu’avant hier ce n’était qu’une très légère irritation. A moins que ça n’ait commencé qu’hier… Mais hier elle avait mal en avalant sa salive. Elle n’a pourtant pas rêvé… Quant à aujourd’hui…

« En revanche votre tension est un peu faible. Un coup de fatigue sûrement. »

Et, tout en rédigeant l’ordonnance :

« Ah, les femmes, vous voulez tout faire. Il faut savoir choisir. »

 

***

 

« Bonjour Madame Delau. J’ai failli ne pas vous reconnaître.

Bonjour Madame Bellocanto. Comment allez-vous ? »

Brigitte aurait bien davantage préféré demander à la vieille épicière de son quartier, maintenant à la retraite, comment elle avait fait pour la reconnaître. Mais la question aurait été trop révélatrice.

« Ma foi ça peut aller. J’ai bien des problèmes d’articulation, mais à mon âge on ne se refait pas. Il ne fait pas trop froid mais vous avez bien fait de vous couvrir d’un grand manteau.

- Oui, j’ai des maux de gorge cette semaine. Quelque chose de bizarre, même le docteur n’a pas pu déterminer ce que c’est.

- Ma pauvre dame, si jeune. Vous arrivez à y voir avec vos lunettes de soleil ? Il ne fait pas bien beau aujourd’hui.

- J’y vois suffisamment. C’est le docteur qui m’a conseillé de les porter. Avec mon mal de gorge, les yeux sont fragilisés. »

A présent, Brigitte souhaitait surtout que Madame Bellocanto s’éloigne. Elle n’aimait pas mentir et encore moins prononcer de telles énormités. Mais l’ancienne épicière a déjà changé de sujet.

« Je suis sure que Monsieur Malicorne gagnera. Vous en avez de la chance de vous battre pour quelqu’un d’aussi bien. Quand j’étais jeune, la politique ne m’intéressait pas. Je le regrette. Aujourd’hui j’écoute tout ce qui se dit et j’ai été contente quand Monsieur Malicorne a déclaré qu’il y avait trop de délinquance dans le pays. Quand j’ai pris ma retraite, vous vous en souvenez, j’étais soulagée parce que j’avais trop peur, tous les jours, que mon magasin soit dévalisé par une bande de jeunes. »

Pendant que Madame Bellocanto parlait, Brigitte s’inquiétait d’autre chose. Si l’ancienne épicière l’avait reconnue les autres personnes présentes dans le bureau de vote en feraient de même. Marguerite avait peut-être déjà téléphoné à tout le monde pour les prévenir qu’elle allait voter blanc. Elle, réputée d’ordinaire pour sa force de caractère, faiblissait, cédait aux premières attaques du virus du doute.

« Et si nous entrions pour voter, Madame Bellocanto ? »

 

***

 

L’enveloppe tombée dans l’urne, Brigitte n’a pas regagné tout de suite son domicile. Des amis essaient peut-être de l’y joindre pour s’enquérir de sa santé. Elle préfère reporter à plus tard le moment où elle leur révèlera que le mal est fait. Elle n’est peut-être pas incurable mais sur l’instant ils ne le comprendront pas.

Son ardeur militante ne l’a pas abandonnée et elle entre peu avant huit heures pour connaître les résultats. Un seul message l’attend, enregistré sur son répondeur. Il reste dix minutes encore avant l’heure fatidique, largement le temps d’écouter l’appel fossilisé.

« Bonjour, c’est Marguerite. Dis-moi vite ce que ça fait de voter blanc. On ne sait jamais, ça peut m ‘intéresser pour la prochaine fois. Allez, bye. »

Le taux d’abstention est très légèrement supérieur à celui enregistré lors du même type d’élections, au second tour, cinq ans plus tôt, mais il s’avère plus faible qu’au tour précédent et encore plus que lors de la dernière consultation électorale en date. Les Français se passionnent donc toujours pour le choix de leur représentant suprême mais il faut dire aussi que la remontée de Legoriot dans les sondages a contribué à ce taux de participation élevé et ce malgré une campagne électorale peu porteuse d’idées nouvelles. Ainsi, la preuve est faite…

10, 9… La voix d’un journaliste interrompt brutalement le spécialiste des statistiques électorales chargé du remplissage avant l’annonce des résultats à huit heures. …4, 3, 2, 1…

La photo du vainqueur, après quelques pirouettes dans l’espace cathodique, vient s’afficher sur l’écran.

« Malicorne, dit tout haut Brigitte. Ca y est, c’est lui. »

Un sentiment de satisfaction et de tristesse se mêlent en elle. Il y a cinq ans elle aurait sauté de joie, embrassé les autres militants du parti, même Loïc Senvert, ce jeune arriviste qui représentait les nouvelles tendances adoptées par le parti, maintenant que la victoire n’apparaissait éloignée que de quelques compromis.

Aujourd’hui, la défaite de Legoriot la réjouit. Dix années d’une politique frileuse, dont les efforts consistaient surtout à ne pas prendre de décision, se terminent ce soir. Il y a tant de choses à faire dans le pays, qui ne sait même pas qu’il vit une profonde mutation.

Germain Malicorne, 51,2%. Jean Legoriot, 48,8%. C’est autour de ces pourcentages que tourne la dizaine d’instituts de sondage en compétition. Il y en a bien un qui persiste à annoncer la victoire de Legoriot avec 50,3% des voix mais il s’agit d’un organisme très récent qui doit encore effectuer quelques réglages.

Les 51,2% de Malicorne ne lui déplaisent pas non plus. Le voilà élu malgré la sanction de son vote blanc, mais face à un adversaire aussi terne que Legoriot on est loin d’un grand succès. Les Français ont eux aussi ressenti qu’ils plaçaient à la tête du pays un pis-aller et ne lui ont donné que le strict minimum ; leçon que ne saura pas entendre le nouvel élu. Et si on avait pris en compte les bulletins blancs, Malicorne n’aurait peut-être même pas eu la majorité absolue. Sa fierté aurait subi les conséquences de certains de ses reniements.

Brigitte se construit ainsi son propre commentaire des élections, n’écoutant que d’une oreille distraite celui des journalistes de la télévision. Elle attend en fait de leur part l’annonce du nombre de votes blancs. Il lui tarde de savoir combien de gens ont partagé son malaise. Mais rien. Le ministre de l’intérieur apparaît devant les caméras. Lui, sans aucun doute, apportera l’information ; sa mission exige l’exhaustivité.

Pour l’instant, la principale préoccupation du ministre semble être de se donner bonne contenance malgré la déception que lui procure la défaite. Il doit se répéter que la voix ne devra pas trembler quand il annoncera le score de Malicorne. Mais déjà il se perd dans son analyse des résultats.

« Ne t’inquiète donc pas, Malicorne ne va pas toucher à un seul des flics que tu as mis en place à tire-larigot. Il va même peut-être modifier leur uniforme pour qu’ils soient davantage craints.

- Tu es de mauvaise foi Brigitte, lui aurait sûrement répondu Senvert. Avec plus de policiers on œuvre pour plus d’égalité. Avant, quand ils n’étaient pas assez nombreux, ils avaient tendance à ne contrôler que les gens qui avaient un air étranger. Quant aux uniformes, plusieurs sondages ont montré que les Français considèrent que la sécurité passe par la virilité. D’ailleurs, il faudra envisager d’interdire à nouveau aux femmes l’accès à cette profession. Et ainsi, en permettant aux femmes de se consacrer aux tâches subtiles, nous leur redonnerons plus de dignité. »

Le ministre égrène les résultats : taux de participation, scores du vainqueur, du vaincu… et donne congé aux journalistes.

« Et les votes blancs ! C’est insensé, je n’existe pas, j’ai dû voter dans un autre pays. »

Elle zappe, furieusement, mais sur toutes les chaînes Malicorne affiche sa satisfaction.

« C’est dingue, ceux qui ne vont pas voter sont mieux considérés. »

De rage, Brigitte jette la télécommande en direction du téléviseur.

 

***

 

« Quel temps de chien ce matin. Faites attention de ne pas vous mouiller , dit la boulangère en remettant une baguette à une cliente.

- Temps de chien, en effet. La censure règne sur la France, répond en elle-même Brigitte qui ne décolère pas depuis hier soir.

- Et pour madame ?

- Si je passe devant la pâtisserie et que je ne m’arrête pas, je m’abstiens.

- Pardon ?

- Si j’entre et que j’achète des gâteaux, je vote.

- Euh… La politique c’est mon mari, vous savez.

- Mais si j’entre et que je repars sans rien acheter, je vote blanc.

- Robert.

- Deux croissants, s’il vous plaît. Je paierai ce soir. »

 

 

 

 

COLERE CLANDESTINE

 

Il faudra que vous prépariez le médicament à base de soufrine pour Mme Souab très vite… impérativement… Elle vient le chercher dans deux heures.

Mais j’ai mes examens universitaires à préparer. Et la soufrine arrivera demain seulement.

Mme Souab ne peut pas attendre et votre professeur est d’accord pour retarder la date de vos examens.

Je la retarderai d’un jour, je ne peux pas davantage. Je connais bien Mme Souab, il faut que vous lui prépariez très vite son médicament.

Mais je n’ai pas de soufrine.

Vous auriez dû la commander à temps, c’est de votre faute, débrouillez-vous.

Mets du cyanure dilué à la place, ça peut ne pas la tuer. Avec un peu de chance…

Qu’est-ce que tu fais là Charlotte ?

N’oublie pas que l’on doit faire l’amour ce soir. Dépêche-toi.

 

« … d’amour, le 3 Poulailler de mes rêves, le 12 Planisphério, le … »

« Font chier avec leur tiercé. »

Christophe a émergé de sous les draps et, encore dans le brouillard du sommeil, a réussi à soulever son bras lequel est retombé lourdement sur le réveille-matin posé sur la table de chevet.

Les objets aussi s’adaptent. Depuis plusieurs années la main de Christophe s’abat sur la radio. Laquelle ne prête plus attention à cet acte d’intimidation et continue d’émettre.

Le son d’une horloge retentit. Il est dix heures. Le flash d’information nous est présenté par Geneviève Larnaca. Sur un jingle haletant, la journaliste annonce les titres, au sprint.

« Mais commençons tout d’abord par le fait marquantde la journée, le premier tour de l’élection présidentielle. 38 millions d’électeurs sont appelés à se prononcer. Parmi eux les candidats en lice. M. Saint-Victor, du Parti Economiste, s’est montré le plus matinal… J’entends Thierry Briand qui nous appelle de Jacouty-la-Motte où M. Croulebarde, des Forces démocratiques et libérales, s’apprête à voter.

- Tout à fait Geneviève, nous sommes en direct. M. Croulebarde, un des prétendants les plus sérieux à la succession de M. Touatel va enfin pouvoir voter. Je dis enfin parce que M. Croulebarde est arrivé depuis une demi-heure mais une mauvaise coordination ne lui a pas permis de pénétrer dans le bureau de vote. En effet, toute la population du village est venue voir l’enfant du pays en passe d’accéder à la fonction suprême. Dans l’enthousiasme, ils sont tous entrés dans la petite école qui sert de bureau de vote et qui, du coup, était pleine à craquer. Il a fallu que le chef de la gendarmerie locale, le lieutenant Duplat, intervienne avec un haut-parleur et explique aux gens qu’ils devaient sortir pour laisser M. Croulebarde voter. J’ai d’ailleurs le lieutenant Duplat à mes côtés. Lieutenant, comment cela s’est-il passé ?

- Très simplement. Je me suis souvenu qu’on avait un haut-parleur dans la remise de la gendarmerie…

- Je vous interromps...Merci lieutenant… A l’instant même M. Croulebarde met son pied droit dans une bouse de vache, sous le crépitement des appareils photos. C’est une vieille coutume ici – et on sait toute l’importance que M. Croulebarde accorde aux traditions. Depuis des temps immémoriaux, chaque fois que l’on désigne le chef du village, tous les postulants doivent aussi mettre le pied dans une bouse de vache pour démontrer devant la population que leur principal souci sera d’assurer la fertilité des terres. La chaussure droite toute crottée, M. Croulebarde est entré dans l’école, suivi d’un garde du corps et d’une femme de ménage armée d’une serpillière. Nous nous avançons nous aussi…

- Très bien Thierry dit en resurgissant à l’écran Geneviève Larnaca. Nous allons poursuivre le flash d’information. Rappelez-nous si M. Croulebarde ne devait pas mettre d’enveloppe dans l’urne.

200 000 morts au Turkménistan… »

Christophe se livre à son rituel matinal. Il sort le bol pendant que le reste de café de la veille réchauffe. Ses biscottes préférées attendent qu’il les recouvre de miel. Mais comme aujourd’hui c’est dimanche et que rien ne le presse, Christophe peut se permettre de les beurrer initialement. Le café commence à être bien chaud quand la première biscotte se brise en menus morceaux sous la caresse du couteau. Christophe retire la cafetière puis s’empare d’une seconde biscotte. Celle-ci se contente de se diviser en deux parts. La troisième… Pour la quatrième, Christophe abandonne le beurre et la recouvre simplement d’une légère couche de miel.

La petite cuillère fait danser le sucre au fond du bol.

« C’est vrai, il faut aller voter aujourd’hui. J’avais oublié. »

Christophe mouille ses doigts en trempant les débris de biscotte dans le café.

« Ils m’ont pas envoyé ma carte d’électeur cette fois. Il va falloir que je retrouve l’ancienne. Cette idée ne le réjouit pas ; il sait dans quel désordre il vit.

« Et pour qui voter ? Mieux vaut beurrer des milliers de biscottes que de choisir parmi un de ces incapables. Quand on les entend on a l’impression de devenir con. Voter pour l’un d’eux c’est comme si on disait : ‘Merci de m’avoir pris pour un con’. Les ignorer, c’est rester digne. »

C’est fou ce que le café refroidit vite, surtout quand on réfléchit politique.

« Kennedy… ouais, ce devait être un type valable, quelqu’un qui devait donner envie d’aller voter. Un type valable, surtout si on le compare à Croulebarde… De Gaulle. Peut-être… Pas en 58, mais aujourd’hui, maintenant qu’il est mort ; j’aimerais bien voter De Gaulle aujourd’hui. Ou alors Hitler, pour voter en faveur du candidat concurrent. »

Christophe pense un instant laver la vaisselle du petit déjeuner tout de suite. C’eut été une première. Mais il se dit qu’il doit réfléchir à son engagement électoral de la journée. Le bol peut attendre quelques jours, comme d’ordinaire.

Allongé sur le lit, l’idée du vote blanc le courtise. Manière de leur dire : « Je suis là, mais vous ne m’aurez pas. Je suis la qualité et vous ne pouvez m’atteindre. » C’est ça, il se souvient maintenant, c’est ce qu’il avait inscrit dans son intime la veille des dernières élections, l’an dernier. Christophe quitte le lit d’un bond, il lui faut retrouver tout de suite le cahier. Heureusement il se trouve dans un meuble rangé récemment par Charlotte et dans lequel il n’a pas eu encore le temps de jeter la pagaille. L’idée qu’il a tort de ne pas montrer plus de constance dans l’écriture de ses états d’âme lui traverse bien sûr l’esprit jusqu’à ce que la découverte de l’objet la chasse.

Un samedi du mois de mai, l’an dernier, Christophe s’épanchait :

« Lestuère, ils t’ont parachuté un beau matin. En arrivant au sol tu as écrasé nos platebandes mais nous sommes flattés de ta venue : devenir maire de notre ville est un bon marchepied vers un ministère, c’est trop d’honneurs pour nous, France profonde. Jusqu’à présent nous tirions notre notoriété de notre gloire. Certains pensent que la commune bénéficiera de ton éventuel et inévitable accès au gouvernement. Si tu décroches les sports, j’espère que l’équipe de foot quittera grâce à toi la promotion ligue. Et si tu devais te contenter des relations avec le Parlement ? N’ayez crainte citoyens ! Je te fais confiance pour obliger tous les députés et les sénateurs à acheter une fleur de chez nous par jour à leur épouse et leurs maîtresses.

 

Lestuère, tu ne sais même pas où se trouve le bureau principal de l’ANPE ; Mortagne, lui, oui. Il habite dans l’immeuble d’en face. Et tous les jours, de sa fenêtre, il voit les chômeurs maçons arpenter le trottoir dans l’attente d’un emploi. Il consacre tous ses efforts ou presque à tous les sans emploi. Mais il préfère les maçons. Il nous promet un palais des congrès, comme il y a six ans. Sûrement pour y organiser des colloques internationaux, à moins que les congressistes venus de tous les coins du monde n’acceptent de se déplacer en planeur pour pouvoir atterrir sur notre aérodrome municipal. Non, le but est de donner du travail aux maçons locaux. Et il est vrai que ceux-ci pointent l’air plus serein même si, en six ans de mandat, on n’a pas vu l’ombre de la moindre pierre. Il attend l’aide de l’Etat, dit-il, mais il n’attend pas pour augmenter les impôts locaux. Les fleuristes lui demandent de restaurer les halles ; quand le palais sera terminé leur répond-on.

Germier, le candidat révolutionnaire. Du moins, appartient-il à un parti qui se dit révolutionnaire. Dans sa profession de foi, on a du mal à savoir ce qui changerait avec lui. Tout sans doute, puisqu’il est contre tout ce que fait le gouvernement et tout ce que fait Mortagne. Quelle politique mènerait-il à sa place ? Sur un plan local il ne sait pas trop. Les instances nationales de son parti n’ont pas réfléchi à la question et l’équipe qui entoure Germier a du mal à avoir des idées seule. N’oublions pas toutefois le projet de dresser une statue en l’honneur de Gracchus Babeuf ; Babeuf qui citerait soit disant notre ville dans un de ses écrits. Fabre d’Eglantine nous siérait davantage : « Il pleut, il pleut vacher, rentre tes rouges Baboeufs. »

Quel crédit accorder à tous les autres, dissidents de pacotille ? Ils sont bien ‘assis à côté’, mais à côté de leurs pompes. Pour comprendre les raisons de ces divorces faut-il savoir qui a cocufié l’autre ? Les lecteurs de Détective seront-ils les mieux placer pour voter ?

Il y a les Chlorophylles. Je l’aime bien Pouzanville. Son projet de faire stationner et circuler toutes les voitures sous la ville nous coûtera fort cher mais il est nécessaire. Je ne pense pas que le programme ‘Les bouquets de la solidarité’ marchera mais il est original. Tous les habitants seraient invités à acheter régulièrement des fleurs. Une fois celles-ci fanées , ils devraient les rapporter en des lieux spécifiques tenus par des RMIstes et verser deux francs par fleur récupérée. Toutes ces fleurs seraient concentrées et recyclées en papier grâce à une nouvelle machine mise au point en Suède. Le magazine municipal serait fabriqué à partir de et serait vendu 5 francs à la population, toujours par les RMIstes. Les habitants seraient récompensés de ce sympathique effort par une réduction des impôts locaux au bout de trois ans. Cette action bénéficierait à tous les marchands de fleurs de la ville et il serait prévu, justement, de les inciter à embaucher un demandeur d’emploi de l’ANPE dès que leur volume de vente augmenterait. Surtout, le programme ‘Les bouquets de la solidarité’ permettrait à des personnes en difficulté de se réinsérer dignement dans la société.

Malheureusement, les Chlorophylles ont placé en deuxième position sur leur liste l’infâme Clouey, l’homme à l’idéologie magmatique. Il y a vingt ans, il applaudissait les quartiers de béton construits en bordure de la ville affirmant que le XXIè siècle serait massif ou ne serait pas. Puis il s’acoquina avec le ‘Groupement des vigiles vigilants’ qui faisait régner la terreur dans les cités, et, voici deux ans, il écrivait un livre où il démontrait que Karl Marx était écologiste. Depuis, il a abandonné Karl Marx et a gardé l’écologie. Jusqu’à quand ? Avec un type pareil, jamais leur programme ne sera respecté. Je n’oublie pas qu’il n’a pas rendu les 50 000 francs prêtés par ma mère.

Et demain nous votons. Un de ceux-là va gagner, parce que nous les laissons faire. Nous connaissons leurs défauts mais nous sommes fatalistes. Et sinon eux, qui d’autre ? La qualité messieurs et mesdames les électeurs, ni plus ni moins. Demain je voterai blanc pour qu’ils sachent que la qualité conserve des partisans.

Je me demande si Charlotte ne devient pas frigide… »

 

Les réflexions politiques de Christophe s’arrêtaient là en ce samedi de mars. Il tourne les pages pour passer au dimanche.

 

« Qu’il est dur de croiser la connerie sur son chemin ; je ne m’y ferai jamais. Cette femme dans le bureau de vote… Certes, je suis faible, mais il faut me comprendre. On devrait retirer la carte d’électeur à de telles personnes. Hautaine, méprisante, fière d’elle, se croyant sûrement très intelligente, elle n’a pris que le bulletin du candidat qu’elle choisissait, Lestuère, et, sans dire un mot, a bien fait comprendre que tout le reste c’est de la merde. Elle n’est même pas passée dans l’isoloir. J’arrivais derrière elle et son attitude m’a particulièrement mis en rogne. Je n’aime pas les scandales, je n’ai rien dit. C’eut été aux officiels présents dans la pièce de le faire. Je n’ai rien dit mais j’ai agi. Je devais empêcher que ce Lestuère, aux électeurs si indignes, soit élu. J’ai bien pris tous les électeurs et, dans l’isoloir, j’ai glissé dans l’enveloppe celui du candidat qui pouvait battre Lestuère : Mortagne.

A cause de cette femme je n’ai pas exprimé mon opinion. Peut-être avais-je peur de voter blanc et ai profité de la première occasion pour m’esquiver. Je ne crois pas. Les Français ne savent pas encore ce qu’est la démocratie et, face à une telle ignorance, l’efficacité doit savoir écarter l’intégrité. Mais c’est juré, la prochaine fois je voterai blanc si les circonstances l’imposent. »

Il n’y avait pas eu de second tour.

Christophe allait donc pouvoir respecter son engagement écrit, aujourd’hui, un an plus tard. Mais on ne prend jamais trop de précaution. Des feuilles traînent sur une chaise. Parmi elles il en trouve une qui offre une partie blanche suffisamment grande pour pouvoir confectionner un bulletin. Christophe débarrasse la table, s’installe. Comme il n’arrive pas mettre la main sur le double-décimètre, il se saisit d’un livre. Il trace quatre traits qui composent un rectangle d’environ quinze centimètres sur dix. Il vaut mieux arriver sur place avec son bulletin prêt. Il ne l’avait pas fait l’an dernier ce qui avait peut-être facilité son brusque revirement.

Ecrire quelques mots dessus le tente. Des phrases de Ferré par exemple : « Quand on est seul et armé on n’est plus seul. Quand on est seul et désarmé on fait une demande pour être CRS. » Non, ce serait un bulletin ‘nul’. Christophe n’a jamais vraiment cherché à savoir pourquoi mais il préfère le ‘blanc’. La tentation persiste pourtant. Ecrire en blanc sur du blanc, ça donne toujours un bulletin blanc ; sans aucun doute. Il découpe de petites lettres, sans savoir où se trouve la colle, ni même s’il lui en reste d’ailleurs. Il assemble sur le bulletin les petits bouts de papier indisciplinés. Il les dompte, les ordonne. Sous ses doigts habiles apparaît son message, invisible aux yeux des autres :

ATTENTION

IDEE NEUVE

 

 

  

 

 

UN DE DANS L’URNE

 

Le verre lancé avec hargne n’a pas atteint sa cible. Il a fini sa course contre un mur et s’est brisé. Des ‘Ho la’ de désapprobation ponctuent ce geste d’énervement. Au bar ‘Les platanes’ on élève souvent la voix mais jamais on n’en vient à briser la vaisselle. Le patron, après quelques secondes de stupéfaction, réagit :

« Ca va pas Roger. Qu’est-ce qui t’arrive ?

- Ils vont se battre pour des élections », ricane un habitué, debout au comptoir.

La tension est retombée, même si Roger tempête encore un peu.

« C’est ces cons, ils arrêtent pas de dire des conneries et ça m’énerve. »

Les cons en question, au nombre de deux, ne s’attendaient pas à la réaction de Roger. Ils retrouvent leur aplomb après cet incident.

« Faut pas t’énerver, on fait ce qu’on veut.

Pas de politique chez moi », intervient le patron avant que Roger ne réponde. Il menace les belligérants du balai qu’il avait automatiquement saisi en même temps qu’une pelle pour réparer les dégâts. Le temps du far west date de plus d’un siècle maintenant mais certains réflexes demeurent chez les patrons de bistrot.

 

« Il est bien gentil Roger, mais un peu trop sérieux. Avec lui on peut pas rigoler. » Bertrand et son acolyte Jérôme, les deux cons, ont trouvé asile à la terrasse du ‘Père tranquille’.

« C’était pas un jeu. Dimanche, je vote pour Daniel Leblet.

- Et, tu déconnes !

- Pas du tout. On va lui montrer qu’on est libre de voter pour qui on veut. Toi t’as fait ‘5’ avec le dé alors tu votes pour Champy.

- Ca va pas. Je le connais pas ce type.

- Et les autres, tu les connais ?

- Et bé ouais, Mistouflot.

- Tu l’as jamais vu.

- Mais toi tu le connais et tu voulais voter pour lui.

- Un cousin de ma copine travaille avec le fils Mistouflot, c’est tout. Je voterai pour Leblet parce que sa préoccupation première c’est la lutte contre le chômage.

- Mistouflot aussi.

Ouais mais Leblet a dit qu’il allait créer 120 emplois en embauchant des gens pour nettoyer le Goudouli au niveau de Carcas. C’est très bien. Ca fait cinq ans que j’ai pas pu y pêcher tellement c’est dégueulasse.

Mais c’est moi qui est au chômage, pas toi. Je vote pour Leblet et toi pour Champy.

Tu n’as jamais pêché. »

Bertrand rumine cette dernière contradiction puis :

« Est-ce que Champy veut lutter contre le chômage lui aussi ?

- Ouais, il veut même l’enrayer.

- Comment ?

- Le franc fort je crois.

- C’est bien, ça ?

- Bien sûr. Tout ce qui est fort c’est mieux que ce qui est faible. »

Bertrand porte à ses lèvres son verre de pastis, pourtant vide. La logique de son ami l’a toujours séduit mais, cette fois-ci, son regard perdu dans le vide révèle sa perplexité. Tout était si simple pour dimanche avant qu’ils ne discutent avec Roger. Ils allaient porter leurs deux voix à Mistouflot et participer ainsi à sa victoire. Jusqu’à ce que Roger leur dise avec suffisance qu’ils étaient bien bêtes de perdre du temps à aller voter.

« Tu sais Jérôme, l’autre fois à la télé ils ont montré une réunion à l’assemblée. Y avait presqueaucun député, c’est lamentable…

- Ca y est, tu te dégonfles. Tu vas devenir un moins que rien comme Roger. Quand je pense que ton grand-père s’est battu…

- Laisse mon grand-père tranquille. Il est mort dans son lit comme le tien. J’ai pas dit que j’irai pas voter dimanche.

- Et puis Roger il se vante toujours qu’il va voter, n’empêche la dernière fois y est allé et il a même voté pour le Menton Patriotique.

- Comment tu le sais ?

- J’ai mes sources. »

 

Au début de leur discussion, dans le bistrot, Roger a simplement voulu taquiner la susceptibilité de Jérôme. Mistouflot, candidat sortant, part largement favori. Beaucoup de gens vont d’ailleurs voter pour lui uniquement par suivisme. Roger regrette que Jérôme et Bertrand se mêlentau troupeau alors qu’il les croyait plus intelligents. Ils devraient savoir que Mistouflot rassure la population parce qu’il ne prend aucune initiative. Il donne l’impression d’agir, règle l’ordinaire, assoit sa situation sociale et prépare sa réélection. La crise, elle, s’étend toujours. Il parvient à se faire réélire grâce à des électeurs comme Jérôme et Bertrand qui se croient des adultes responsables mais sont aisément manipulés. Ne participez pas à cette mascarade, ne votez pas.

Et Jérôme a pris la mouche. Son grand-père… C’est parce qu’il y a des gens qui vont voter qu’il y a la démocratie en France… Il se ferait tuer pour la démocratie… Bertrand approuve, Roger défend avec acharnement maintenant l’abstention, la résistance face aux magouilles bourgeoises, élections piège à cons. Le débat tourne en rond, chacun s’enferme ses convictions.

« Si t’es si sûr de ton coup affronte le hasard, dit de façon abrupte Jérôme.

- Il délire maintenant.

- Non. On va tirer au sort pour dimanche.

- Ca nous avancera à quoi ?

- La vérité descend du ciel. Marcel ! Apporte-nous un dé.

- Et avec ça, qu’est-ce que je vous sers ?

- La même chose.

- Encore une prune Roger ?

- Ouais. » Roger ne comprend toujours pas où veut en venir Jérôme mais déjà son idée lui déplaît.

Le patron revient avec les consommations et le dé, sorti d’on ne sait trop où.

«Pour le 421, il en faut trois. » Par cette remarque qui se veut anodine le patron aimerait bien savoir ce qui se trame. Mais il n’obtient aucune réponse et s’en retourne servir le ‘perroquet’ commandé au bout du comptoir.

Sur une partie non imprimée du journal local, Le Républicain joyeux, Jérôme a noté le nom de cinq candidats.

« Le 6 c’est l’abstention. Vas-y Roger. » Il lui tend le dé. Bertrand ne comprend pas beaucoup plus que Roger mais il jubile. Roger, bougon, s’exécute. A sa propre surprise il prend même bien soin de frotter le dé entre ses paumes avant de le lancer. Le dé qui ne roule presque pas, arrêté par le verre de Jérôme.

Aussitôt Bertrand et Jérôme poussent des cris de joie, rient grassement.

« 1, tu es un as Roger, tu vas pouvoir voter pour Terrier. A moi maintenant. »

Toujours hilare et excité, Jérôme lance le dé qui termine sa course sur le rebord du journal. Roger a à peine pu crier ‘6’ que Jérôme a déjà repris le dé.

« Cassé, ça compte pas.

Ouais, cassé, je l’ai vu », confirme un pilier de bar qui ne s’attendait pas à un pareil divertissement aujourd’hui ; et il en profite. Roger s’est levé, furieux. Il ne regarde plus la table mais les deux autres continuent.

« 4, et va pour Leblet ! Youpi ! A toi Bertrand, c’est ton tour. 5, mais c’est Champy ! Tu vas voter pour Champy dimanche. »

Un bruit de verre brisé interrompt net cet enthousiasme.

 

***

 

« T’as vu la tronche de Champy ? »

Devant l’école, les panneaux exhibent les affiches électorales.

« Elle est comme celle des autres, et alors ?

- ‘Le Haut-Goudouli fort dans une France forte’. Où est-ce qu’il va chercher tout ça Champy ? - Qu’est-ce qu’il a mis le tien sur son affiche ?

- ‘Halte au chômage, oui à la majorité présidentielle.’ Tu sais, les affiches, c’est pas ça le plus important. »

Bertrand et Jérôme sont exacts à leur rendez-vous. Ils ne se lèvent pas toujours aussi tôt le dimanche. Ils auraient pu aller voter l’après-midi mais, et sans savoir eux-mêmes pourquoi, ils ont convenu de venir à dix heures. Peut-être pensent-ils que ce sont les gens sérieux qui votent le matin.

« Tu sais Jérôme, cette nuit j’ai réfléchi. On vote dans les isoloirs et donc Roger ne pourra pas savoir pour qui on a voté. On va donc pouvoir pour Mistouflot.

- Fais ce que tu veux, moi je vote pour Leblet. »

 

Bien avant l’incident du bistrot, quelques semaines auparavant même, son enthousiasme à l’égard de Mistouflot se pavanait dans l’entreprise où ils travaillaient tous deux et que dirigeait le père. Le fils Mistouflot responsable des achats, par piston, toujours selon le cousin. Cela n’empêchait pas Aurore, la copine de Jérôme, d’apprécier Alexandre. Alexandre Mistouflot bien sûr. Elle lui trouvait un air de conquérant, devinait chez lui de bonnes manières, de la culture. Jérôme ne l’avait jamais rencontré mais il se persuadait qu’il ne l’aimerait pas. Et comme le cousin prétendait qu’il ressemblait à son père…

Tout ce qu’avait dit Roger sur le compte de Mistouflot, il aurait pu le prononcer. Il ne l’avait pas fait pour ne pas voir Roger triompher.

Mais pour qui voter alors ? Jusque là il ne voyait pas parmi les autres candidats quelqu’un qui lui aurait donné l’impression de choisir en fonction d’une conviction précise. Le jour où, au bistrot, Roger le contredisait, lui était soudain venue l’idée d’utiliser le hasard. Celui qui fait bien les choses. Leblet.

Comme il l’avait dit à Bertrand, Leblet proposait de faire nettoyer les abords du Goudouli. Il n’allait plus à la pêche non pas à cause de la saleté de certains lieux mais plutôt parce qu’il n’avait plus la patience de pratiquer ce loisir. Certes. Qui dit toutefois que l’aménagement du Goudouli ne le ramènerait pas à cette saine pratique ? Du moins aurait-il agi dans ce sens.

 

« N’oublie pas de prendre tous les bulletins, c’est la règle.

- Je sais. Je pourrais voter pour une femme aujourd’hui ; ça m’est encore jamais arrivé. Janine Porte. Elle est pas terrible mais pourquoi pas ?

- Tais-toi. Tu ne dois pas influencer les autres électeurs.

- J’ai toujours dit que tu devrais faire flic. »

Dans l’isoloir, Jérôme sélectionne Leblet puis rejoint Bertrand.

« Tu t’es décidé ? lui demande-t-il.

- Ouais.

- T’as pas l’air sûr.

- Si. » Bertrand se ressaisit. « Regarde, il y a un bulletin dans l’enveloppe.

- Tu as choisi qui ?

- Euh… Pas Mistouflot.

- Et qui alors ?

- Bof…

- Montre-moi ça. » Jérôme saisit promptement l’enveloppe de son ami et l’ouvre.

« Tu fais chier… J’en étais sûr.

- Un peu moins de bruit s’il vous plaît messieurs. »

Jérôme vient de s’apercevoir qu’il a presque crié en prononçant ces paroles. Bertrand en profite pour tenter de se justifier.

« Tu m’as dit que je pouvais voter comme je voulais.

- Mais pourquoi tu me copies toujours ? Vote pour Porte, pour Champy, pour Mistouflot, mais pas pour Leblet. Leblet c’est moi. »

Jérôme retrouve son calme petit à petit.

« Retourne dans l’isoloir et choisis quelqu’un d’autre.

Mais j’ai déchiré les autres bulletins. Comme toi d’ailleurs. »

Jérôme regarde la corbeille où il a jeté les bulletins non utilisés.

« Pars en prendre d’autres. Pendant ce temps je vais déposer le mien dans l’urne.

Regarde, c’est Roger. Qu’est-ce qu’il fait là ? »

Roger passe près d’eux, pour les narguer. Il se dirige vers l’urne, un bulletin dans la main, non glissé encore dans l’enveloppe. Au passage il le leur montre et arbore un grand sourire.

« Il va voter pour le parti communaliste. C’est vraiment un enfoiré.

- C’est du n’importe quoi. Il fait juste ça pour nous provoquer. Ignorons-le. »

Roger a déjà regagné la sortie quand Jérôme laisse tomber l’enveloppe dans l’urne. Une guillotine semble lui trancher quelques doigts, la main, lorsque le clapet clôt à nouveau l’urne et que la sentence tombe : « A voté ». Il aimerait bien reprendre l’enveloppe ; l’embellissement du Goudouli n’égale peut-être pas la valeur d’une voix. De sa voix surtout. Mais on lui demande de signer le registre. Le citoyen tant convoité par le système voici quelques secondes encore redevient un être ordinaire.

Bertrand se présente à son tour. L’air ennuyé il regarde son ami. L’enveloppe qu’il tient n’a pas été refermée. Il donne l’impression de chercher de l’aide.

« Monsieur, s’impatiente l’officiel.

- Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Bertrand ne répond pas. Il fixe toujours du regard son ami, dans l’attente d’une réponse. Finalement il tourne la tête vers le responsable chargé de l’urne :

« Pardon monsieur, vous n’auriez pas un bulletin d’Arlette Laguiller ? »

 

 

  

 

LE VOTE BLANC COMME EVIDENCE (1)

 

« Alors, ça vote ?

- Ca mord. »

Le premier interlocuteur s’esclaffe ; sincèrement ou par politesse, nul ne saurait le dire et ne cherche à le savoir. Instinctivement, Ernest a trouvé cette réponse à la question ritournelle. Depuis que le droit de suffrage, censitaire ou universel, existe, les dévoués citoyens qui acceptent de donner de leur temps pour assurer le bon déroulement des élections (des assesseurs) doivent utiliser ce bon mot. Il fait mouche à chaque fois pourrait-on dire. Il assure, en cet instant solennel, une connivence entre le pouvoir – représenté par les assesseurs – et le peuple qui s’exprime. Ernest sent bien qu’il n’innove pas mais ce n’est pas cela qui l’attriste. Tant qu’il y aura des électeurs pour poser la question, cette réponse sera la bienvenue. Elle lui a même permis de disserter quelques minutes (ce qui n’est pas négligeable au cours de cette longue journée d’attente) sur sa portée politique, tout en faisant signer le registre à ceux qui venaient d’accomplir leur devoir civique. On dit que les citoyens qui s’abstiennent les dimanches d’élection sont allés à la pêche. L’enjeu de la République est d’en soustraire suffisamment de ce loisir pour conserver sa légitimité. Les électeurs sont ceux qui ont cédé au leurre. Un poisson est perdant quand il s’accroche à l’hameçon et libre s’il l’ignore. Les abstentionnistes auraient-ils raison ?

Après son aparté, Ernest s’en était voulu d’avoir utilisé cette boutade faussement innocente. Lui qui n’avait jamais manqué un tour d’élection en une trentaine d’années. Son attachement à la démocratie l’avait même amené à accepter ce rôle d’assesseur. S’il défend des idées politiques bien précises, qui ont peu varié avec le temps, il n’a jamais milité dans un parti. Inconnu de ce fait des états-majors locaux, on ne lui avait donc pas proposé de se retrouver de l’autre côté de l’urne ; et sa haute opinion de cette place lui interdisait d’en formuler la demande. Jusqu’à ce qu’un voisin, technicien au service des eaux de la mairie, ayant entendu évoquer la désaffection qui annonçait une pénurie de volontaires lui en parla alors qu’il taillait sa haie.

Assis maintenant parmi les officiels, Ernest n’était pas déçu mais s’ennuyait un peu. Il s’agissait d’élections cantonales, considérées par beaucoup de gens comme secondaires. Des présidentielles lui auraient donné l’impression de participer à l’Histoire, derrière son registre. Non pas que les cantonales soient dénuées d’ardeur, d’acrimonie. Ce matin, un homme entra avec sa jeune fille. Arrivé au milieu de la salle, après avoir présenté une pièce d’identité à l’entrée, il expliqua à son enfant son choix :

« Ca, c’est le bulletin du candidat de l’extrême haut. Ils veulent empêcher que les enfants de moins de dix ans sortent du pays, même accompagnés de leurs parents, pour éviter que leur spécificité culturelle ne soit altérée, c’est à dire qu’ils n’attrapent pas de mauvaises habitudes en jouant avec des enfants d’ailleurs. C’est un méchant, on le jette au panier…

-vC’est à cause de parents comme vous que le pays décline » l’avait interrompu une des personnes qui assistaient au déroulement du vote depuis le début.

Le père, ravi, se tourna vers lui.

« Je plains vos enfants si vous avez trouvé une femme pour en faire.

- Messieurs, vous êtes dans un bureau de vote, pas dans un forum, s’interposa le président du bureau. »

Et à l’initiateur du trouble :

« Vous expliciterez tout ceci à votre enfant à l’extérieur. »

L’homme le regarda de travers :

« Ce que je dis vous gène, vous êtes dans l’extrême haut vous aussi.

Je suis le président du bureau et je fais respecter le règlement.

Je vous approuve, monsieur. » Et il sortit sans voter.

Des électeurs présents félicitèrent le président. Un assesseur lui dit sur le ton de la plaisanterie, pour détendre l’atmosphère :

« On aurait dû lui proposer de venir nous aider au dépouillement. »

La main d’œuvre manquait toujours en effet et le président demandait à certains électeurs de venir prêter main forte le soir. Ernest lui-même l’avait suggéré à un jeune homme qu’il imaginait être un étudiant appliqué et qui, après avoir voté, restait quelques instants en bordure de la pièce, comme si le processus électoral auquel il venait de prendre part l’attirait ; les autres assesseurs semblaient ne pas l’avoir vu.

« Oh non, je ne veux pas que ça me brûle les doigts », avait-il répondu.

Ernest n’avait plus retenté sa chance de toute la journée.

A la suite de l’épisode du père propagandiste, Ernest comprit, et les autres assesseurs aussi, que l’homme qui avait réagi était l’observateur du parti d’extrême haut. Il le regarda dorénavant avec un soupçon de dégoût. L’assesseur le plus proche de l’être devenu suspect avait tourné sa chaise de façon à lui tourner le dos. Cet épisode mit également fin au petit jeu de divination auquel se livraient parfois les assesseurs. Quand aucun électeur n’était proche de la table, il s’agissait de deviner pour qui allait voter la personne qui entrait. Ernest n’y participait qu’occasionnellement mais grâce à ce jeu il avait acquis l’estime de tous. Une jeune femme, les cheveux hirsutes, vêtue d’un jean troué en de nombreux endroits, agitée, venait accomplir son devoir de citoyenne. Elle prit les bulletins, les reposa, les reprit, les plaça dans son sac, s’avança dans la salle avant de faire demi-tour pour demander à la préposée aux cartes d’électeurs où aller. Elle prit la direction opposée à celle indiquée puis fit volte face et s’engouffra finalement dans un isoloir.

Vote blanc pronostiquèrent plusieurs parieurs. Extrême haut annonça, seul, Ernest.

La jeune femme resta plus longtemps que le commun des électeurs dans l’isoloir. Elle en sortit avec la mine d’avoir obtenu ce qu’elle voulait. Elle fonça vers l’urne et avança le bras pour y déposer l’enveloppe. Sereinement, le président du bureau arriva à l’immobiliser et à procéder règlementairement. La jeune femme tenait à la main le bulletin de Jean Amédé, l’adversaire du candidat d’extrême haut. Tous les assesseurs le virent. Quand l’électrice eut quitté le bureau, Ernest recueilli de ses voisins des regards admiratifs. En fait, Ernest connaissait le père de cette jeune femme. Il habitait non loin de chez lui. Il vitupérait souvent contre les gens de l’extrême haut, et quand il avait trop bu – ce qui lui arrivait assez souvent – il employait des termes d’une rare violence à leur égard qui résonnaient dans tout le quartier. Son épouse et sa fille vivaient mal ces bruyantes manifestations d’alcoolique. Ernest n’avait pas montré une grande audace en imaginant que la fille évacuait son malaise en votant pour le grand ennemi de son père.

 

« Alors, ça vote ? »

La question revenait et la réponse fusa. Chassez la commodité, elle revient au galop.

Les habitués du bureau de vote, qui passaient à plusieurs reprises dans la journée pour connaître les dernières nouvelles, s’adressaient en priorité au président du bureau. En revanche, les électeurs humbles mais curieux attendaient la fin du circuit, c’est à dire la signature qui suit le dépôt de l’enveloppe dans l’urne, pour tenter de récolter, en avant première, une information. Ils s’adressaient donc plus facilement à Ernest.

« Vous savez pourquoi j’ai voté Jean Amédé ? »

Ernest fut surpris par la question de la vieille dame. Elle voulait sûrement lui parler sur le ton de la confidence mais la surdité la faisait élever le ton. Elle n’attendit pas la moindre réaction d’Ernest pour continuer :

« C’est Monsieur le Maire qui m’a envoyé une lettre, personnalisée, pour me demander de voter pour le candidat CL. J’ai voté pour lui bien qu’il soit un connard. Vous entendez, Monsieur, un connard. »

Cette déclaration fit sourire ceux qui l’entendirent sauf Ernest, parce qu’elle lui était adressée et il devait réagir, comme l’avait fait le président du bureau plus tôt. Il aurait dû tancer la vieille dame et lui rappeler que l’article L.59 stipule que « le scrutin est secret ». Mais la vieille dame n’aurait sûrement pas ce qu’il voulait lui dire, aurait peut-être même cru qu’il s’intéressait à son cas et aurait poursuivi sa confession.

Ernest n’aurait pas employé l’injure proférée par la vieille dame pour caractériser Amédé, mais il partageait son antipathie pour le candidat CL. Entre haut et bas, Ernest soutenait sans hésitation le bas. De rares fois il avait porté sa voix à un représentant du rez-de-chaussée mais pour l’essentiel sa vision du monde le rapprochait du Parti de l’Avancée. Et il était triste, malgré la responsabilité que l’on venait de lui confier pour la première fois. En ce second tour, il n’y avait plus que des candidats du haut. Les électeurs qui se déplaçaient ce dimanche avaient le choix entre un candidat du haut et un candidat d’extrême haut. Ernest avait eu le cafard toute la semaine.

La visite de bonne heure d’Amédé n’arrangea rien. Il avait la faveur des pronostics et sa démarche montrait qu’il s’imaginait déjà montant les marches de la gloire locale. Il lança un bonjour jovial à tous les présents dans la salle, chercha du regard un éventuel photographe mais ne montra pas son irritation de ne pas en trouver un. Il vint serrer la main du président du bureau, membre du Parti Conservateur Libéral lui aussi, et négligea les autres assesseurs. Ce n’est pas Ernest qui s’en serait plaint. Cela le conforta dans son appréciation d’Amédé : un minable apparatchik, sans la moindre aura. Sa reprise de la principale entreprise du canton allait lui donner aujourd’hui un siège au conseil général.

« Alors, ça vote ? » demanda-t-il à son collègue de parti. Puis il le prit à part pour lui confier de grands secrets sans aucun doute.

Le maire, lui, passa plus tard dans la matinée. Il possédait sûrement un sens inné du contact puisqu’il se présenta à un moment où de nombreux électeurs étaient en train de donner leur verdict. Il n’en serra pas moins les mains de tout le monde. Son mandat arrivait à terme l’année suivante, il ne l’oubliait pas.

Quant au candidat de l’extrême haut, on ne le vit apparaître que l’après-midi. Poli, mais d’une politesse toute martiale, il s’en alla lui aussi conter quelques messes basses à son observateur. Avant de partir, il dit, sans parler à quelqu’un de précis :

« Ils sont en train de payer. »

Cette visite accentua l’hostilité passive des autres à l’égard de l’observateur. Heureusement qu’elle se produisit après le déjeuner. Sinon, qui sait si on lui aurait apporter les sandwichs ?

Le journaliste-photographe des Premières informations du Luthérois, qu’aurait aimé croiser Amédé , rata de peu le candidat de l’extrême haut. Il le cherchait depuis le matin. En effet, dans la nuit, la permanence de ce parti avait brûlé.

« Un coup de l’extrême haut avant les élections. Ils cherchent à faire monter la tension », analysa-t-il avant de partir. L’observateur n’avait pas réagi et on ne lui demanda rien.

 

« Alors, ça vote ?

- Ca mord.

- Ah, ah, toujours le mot pour rire, Ernest. »

Joseph, un collègue de travail d’Ernest, était venu le saluer.

« Est-ce qu’on pourrait se voir… à part, maintenant ? » lui avait-il demandé plus bas. Il vit la surprise de son copain. « C’est pour savoir pour qui voter, tu comprends. »

Ernest comprenait. On lui accorda, à l’unanimité, une pause.

« Allons dehors. »

Au moment où ils passèrent devant la préposée aux cartes d’électeurs et aux bulletins, celle-ci était en train d’expliquer à quelqu’un qu’il n’y avait pas de bulletin du candidat du parti communaliste parce qu’il avait été éliminé au premier tour. La personne repartit sans voter.

« Tu as vu ce type qui voulait voter pour le communaliste ? » C’est Joseph qui avait lancé la discussion une fois dehors. « Moi aussi j’ai ma carte d’électeur dans ma poche. Et je me demande si je vais pas repartir comme ce type. »

Joseph partageait les opinions politiques d’Ernest, ce qui les avait amenés à mieux se connaître. Quand ils se rencontraient, ils n’hésitaient pas à commenter les derniers événements de l’actualité politique.

« L’Unité Démocratique appelle à voter Amédé, continua Joseph. Jusqu’à hier, j’avais idée de faire comme ça.

- C’est normal qu’ils demandent ça. S’ils ne l’avaient pas fait on les aurait accusés de complicité avec l’extrême haut. J’ai voté pour l’Unité Démocratique au premier tour et je les soutiens le plus souvent mais je ne suis pas un militant. Ni toi. On n’est pas obligés de faire tout ce qu’ils disent.

- C’est ce que je me suis dit aussi, d’accord. Ce serait pas la première fois que je serais abstentionniste, mais les autres fois j’allais pas voter pour des raisons d’empêchement. Tandis que là j’ai un gosse malade et on est donc restés à la maison. J’ai pas la moindre excuse.

- Moi, j’ai voté ce matin et j’ai voté blanc. Puisque le candidat que je soutiens n’est plus en course, c’est un vote normal.

- Ca sert à rien de voter blanc.

- Je voterai toujours, où que je sois, pour n’importe quelle élection. Mais je ne donne pas ma voix à n’importe qui.

- Ca sert à rien le vote blanc, ils le comptent pas. Si l’extrême haut est près d’arriver au pouvoir, c’est pas avec ton blanc que tu l’empêcheras.

Je vote pour exprimer mon opinion, et tant pis si au sommet de l’Etat ils s’en moquent. Pour eux nous ne sommes que des moucherons, quoi qu’on dise. Mais à chaque élection, le moucheron Ernest il a sa conscience avec lui.

Avec des propos pareils tu aurais dû écrire sur ton bulletin : « Vive la révolution ». Le vote blanc, c’est pas mon truc.

Réfléchis encore. Il faut que j’y retourne. »

Joseph votait dans le bureau où se trouvait Ernest. Il ne vint pas signer le registre que tenait son copain.

 

***

 

Jean Amédé rejoindrait demain le conseil général, élu dans le canton de Luthiers-sur-Gazouille. Ernest était fatigué après cette longue journée. Il brancha malgré tout l’autoradio pour connaître les résultats à l’échelon national. L’Unité Démocratique s’en sortait assez bien.

Sur la droite de la route surgit un cycliste, démuni de toute signalisation lumineuse. Ernest le vit au dernier moment et pila. Le cycliste, surpris, perdit quelque peu la maîtrise de son engin, parvint malgré tout à retrouver sa voie, qui allait dans le sens opposé à celle d’Ernest, ses pieds récupérèrent les pédales, il rajouta trois zigzags à sa trajectoire avant de crier :

« Connard ! »

 

(1) Cette nouvelle s’est partiellement inspirée d’un article de Paul Bacot : « Sociologie de la politisation : " Conflictualité sociale et geste électoral. Les formes de politisation dans les lieux de vote " », Revue française de Science politique, 1993, 43 (1), février, p. 107-135.

 

 

 


Date de création : 26.11.2007 @ 19:45
Dernière modification : 09.12.2007 @ 10:51
Catégorie : Pour approfondir - Littérature et vote blanc
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