Texte à méditer :  

VB Association pour la reconnaissance du vote blanc

« Un homme, une voix. L’équation simple s’impose à nous avec la force de l’évidence. L’égalité devant l’urne électorale est pour nous la condition première de la démocratie, la forme la plus élémentaire de l’égalité, la base la plus indiscutable du droit. »   Pierre Rosanvallon (Le sacre du citoyen)

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Prix Crétinerie d'Or

Prix Vote Blanc de la Crétinerie d'Or.
CONCOURS 2017

Le prix honore chaque année des personnalités qui, par la profondeur de leur pensée, la pertinence de leurs remarques, ont réussi à démontrer que le vote blanc n'a pas lieu d'être.
 Voir plus en détails les lauréats et les candidats

Edition 2017

Lauréat collectif. C'est le slogan "Voter blanc, c'est voter Le Pen" de l'entre-deux-tours de la présidentielle.

abstentionlepen.jpg

« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter pour Marine Le Pen » Manuel Valls BFM.TV 27 avril 2017
« C'est très grave de voter blanc. » Jean-Pierre Raffarin BFM TV
« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter le Pen. » François Bayrou BFM TV 24 avril 2017
« L'abstention ou le vote blanc, c'est un coup de pouce à Mme (Marine) Le Pen », Alain Juppé sur son blog intitulé "Non!".
« Voter ni Macron, ni Le Pen, c’est voter Le Pen » Jean-Christophe Cambadelis 27 avril 2017

Non Messieurs, voter blanc, c'est voter en conscience, pour des convictions, ici contraires autant à celles de Marine Le Pen qu'à celles d'Emmanuel Macron. Pointer du doigt des électeurs en caricaturant leur vote c'est rendre un mauvais service et accélérer le processus que l'on dit combattre.

 

Edition 2016
(pas de prix décerné)

Edition 2015

Le vainqueur est:

LE GROUPE EELV A L'ASSEMBLEE


Même les écologistes, face à des intérêts à court terme -entrer au gouvernement - s'assoient sur leurs convictions:

AVANT: «Nous, élus écologistes, nous continuerons à œuvrer pour la reconnaissance pleine et entière du vote blanc, comme je l’ai déjà dit en commission. » Sergio Coronado (EELV), jeudi 28 novembre 2013, Assemblée nationale.

AUJOURD'HUI: « Certes, les bulletins blancs ne sont toujours pas intégrés aux suffrages exprimés, mais ils sont désormais comptabilisés et communiqués séparément des bulletins nuls lors de la proclamation des résultats.» Proposition de loi du groupe écologiste à l’Assemblée, mars 2015

La réforme électorale du 21 février 2014, jugée très insuffisante par les écologistes pendant les débats au parlement, est considérée suffisante aujourd'hui (!!!).

 

VAINQUEUR 2014

«Si le menu de la cantine ne te plaît pas, passe de l’autre côté du zinc et cuisine toi-même! Et si tu ne veux pas accepter de prendre des responsabilités, milite pour le système politique le plus exigeant du monde: l’anarchie.» Charb, Charlie Hebdo, 13 décembre 2013.


Voir les autres candidats de l'édition 2014

Lauréat de l'édition 2013:

Pour la première fois, l'Association remet un prix à un collectif. L'UDI a amplement mérité le titre 2013 suite à sa magistrale initiative parlementaire, préparée de longue date et criante de cohérence. Lire le détail de cette candidature.

Lauréat de l'édition 2012: «En tout état de cause, même s'il y avait 40 millions  de votes blancs, il faudrait bien que quelqu'un soit élu.» Guy Carcassonne, constitutionnaliste vénéré, France-Info, 8 mai 2012. 39 999 999 bulletins blancs, un vote X: c'est X qui est élu !!!

Lauréat de l'édition 2011: «Ceux qui souhaitent comptabiliser les bulletins blancs ont une idée derrière la tête : démolir la république et l'Etat, mais sans dire au profit de qui ou de quoi.... » Michel Charasse, clown politique que l'on ne présente plus, La Montagne.fr, 19 août 2011.

Le vote blanc en 2017

Présidentielle

1er tour: 0 944 733 (2,55%)

2nd tour: 4 085 724 (11,52%)


Législatives

1er tour: 0 513 344 (2,21%)
2nd tour: 1 988 549 (9,86%)
 

Rappel

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

2nd tour: 2 154 956 (5,82%)

Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

2è tour: 1 568 426 (4,20%)

 

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Bons conseils

SAUVÉS DE L'OUBLI !

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Retrouvez les photos de bulletins annulés de Ludovic Lacreuse

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Le vote blanc en deuil
IL N’A PAS VOULU VOIR CA

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Le 27 février 2013, Henri Caillavet est mort, âgé de 99 ans. Le 28, les socialistes et les centristes se ridiculisaient au sénat en se glorifiant de prendre la mesure électorale la plus inepte, le vote blanc séparé des bulletins nuls mais toujours censuré et toujours invisible dans les bureaux de vote, le citoyen étant encore, pour ces élus, un être mineur, inapte à l’indépendance.

Le sénateur radical socialiste Caillavet, lui, en 1980, avait déposé la proposition de loi la plus complète sur le vote blanc.
Lire les propositions de loi

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Lire en seconde partie de cette page l'article de Vincent Huet sur les votes blancs et nuls à Paris lors des trois plébiscites de Louis Napoléon Bonaparte:

Le bulletin nul: une forme de résistance à la normalisation de la vie politique (Paris, 1851-1870)




LES DEPORTES DE 1852

LA MISE A L’ECART DU VOTE BLANC

N’EST PAS UNE TRADITION REPUBLICAINE

 

Pour le ministère de l’intérieur, quel que soit le locataire de la place Beauvau, il n’est pas question de reconnaître le vote blanc parce que son exclusion « est traditionnelle dans notre droit électoral. Elle a été codifiée pour la première fois codifiée dans l’article 30 du décret réglementaire du 2 février 1852. » Dès le début de l’Association nous avons rappelé que cette année 1852 était celle de la mise en place de la dictature impériale. Louis-Napoléon Bonaparte se fera sacrer dix mois après ce décret. Les administrateurs formés à l’ENA que l’on trouve dans les ministères ne le savent pas. Il faut dire que cette partie de notre histoire est très peu connue. Qui se souvient de la résistance républicaine au premier coup d’Etat de 1851, durement réprimée ? Voici un raccourci du récit qu’en fait le site www.1851.fr.

« Louis-Napoléon Bonaparte l'emporta facilement aux élections présidentielles de décembre 1848 sur ses concurrents : il avait obtenu 5,4 millions de voix. Le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, candidat des républicains modérés et favori de l'élection, n'en obtenait que 1,4 million : les conservateurs n'avaient pas voté pour lui, le trouvant trop républicain. Pour les ouvriers, il était l'homme de la répression sanglante des journées de Juin 1848. "Cavaignac, prince du sang", avaient écrit quelques ouvriers parisiens sur leur bulletin de vote. Mais beaucoup avaient directement voté pour Louis-Napoléon Bonaparte pour éliminer Cavaignac. (…)

Journal pour rire, 7 novembre 1851

« Permettez, vous dites qu’elle ne peut pas marcher, mais il me semble qu’en lui faisant suivre un autre traitement…

- Impossible mon cher Bonhomme, elle ne pourrait pas même se tenir debout ; j’en ai fait l’expérience, loyalement, parole d’honneur.

 

 

 

 

La gauche radicale subissait une sévère défaite : Ledru-Rollin n'obtenait que 371 000 voix et payait, lui aussi, les ambiguïtés de son attitude en juin 1848. Les socialistes étaient, eux, désorganisés par la répression, désemparés par l'arrestation de leurs chefs : Barbès et Blanqui étaient retournés en prison depuis la journée du 15 mai 1848 ; la candidature de Raspail, incarcéré lui aussi, était surtout symbolique. Il n'eut que 37 000 voix. Quant à Lamartine, il avait perdu toute popularité et fut ridiculisé par le scrutin, n’obtenant que 14 000 voix. (…)

Les élections législatives eurent lieu en mai 1849, avec 40 % d'abstentions qui montraient la désillusion de l'opinion :

- La province vota massivement pour les conservateurs, puissamment soutenus par le clergé. 500 furent élus : légitimistes, orléanistes et bonapartistes du Comité de la rue de Poitiers. C'était la revanche des ennemis de la République, la victoire des notables.

- Les républicains modérés subissaient une défaite complète : ils n'étaient plus que 80 contre 600 à l'assemblée constituante. (…)

- La surprise vint du résultat des Montagnards ou "démocrates-socialistes" ("les démoc.-soc.") qui rassemblaient radicaux et socialistes en faveur de l'établissement d'une "République démocratique et sociale". Ils avaient mené depuis plusieurs mois une ardente campagne de propagande et d'organisation, dans les villes mais aussi dans les départements, auprès des paysans pauvres (fermiers et métayers). Leurs forces étaient fédérées par la Solidarité républicaine, d'abord créée pour soutenir la candidature, en 1848, de Ledru-Rollin ; elle était présidée par Martin Bernard et regroupait députés montagnards, directeurs de journaux républicains et organisations locales. Ils avaient 180 députés. Plusieurs départements de province avaient donné leurs voix aux Montagnards, dans le sud-est de la France et dans le Massif Central.

Les Montagnards furent cependant immédiatement affaiblis par l'échec de la manifestation du 13 juin 1849 contre l'expédition romaine. Le 13 juin 1849, les Représentants de la "Montagne" appellent, à Paris, les démocrates à manifester contre l’expédition romaine. Le gouvernement français a, en effet, envoyé à Rome un corps expéditionnaire, commandé par le général Oudinot. Son intervention aboutit à l’écrasement de la République de Mazzini et Garibaldi et au rétablissement du pouvoir temporel du pape Pie IX. Ledru-Rollin, leader des députés de la Montagne, a dénoncé la violation de la constitution de 1848 qui interdisait que la République française employât ses armes "contre la liberté d’aucun peuple" et a demandé la mise en accusation de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la république, et de ses ministres. Celle-ci ayant été repoussée, il a appelé les Parisiens à descendre dans la rue pour appuyer la protestation de la "Montagne". Mais la manifestation, improvisée, est un échec. Les Représentants du peuple qui échappent à l’arrestation (Ledru-Rollin, Martin Bernard) doivent s’exiler. A Lyon, les ouvriers de la Croix-Rousse qui s'étaient soulevés furent durement frappés. L'assemblée vota des lois qui restreignaient la liberté de la presse et la liberté de réunion.

 

 

Le coup d’Etat

La date choisie pour l'opération Rubicon fut le 2 décembre, anniversaire du couronnement de Napoléon Ier (1804) et de la victoire d'Austerlitz (1805). Pour écarter les soupçons, le président se montra encore lors d’une réception à l’Elysée le soir du 1er décembre et Morny, "fauve en habit de soirée" (Jean-Marie Rouart), alla à l'Opéra-Comique. Le 2 décembre au matin, les murs de Paris étaient couverts d'une affiche - imprimée dans la nuit à l'Imprimerie Nationale gardée par la troupe - qui annonçait les mesures prises par décret du président :

L’assemblée était dissoute : c’était une mesure qui violait la constitution. Le coup d’état, c’est d’abord cette mesure inconstitutionnelle de dissolution.

La loi électorale du 31 mai 1850 est abrogée et le suffrage universel est rétabli : mesure démagogique qui vise à rallier au coup d’état les ouvriers privés de leur droit de vote.

Le peuple est appelé à voter pour confier au président, par plébiscite, le droit d’établir une nouvelle constitution.

L’état de siège est proclamé : l’armée est ainsi chargée de l’ordre public.

 

 

 

La réaction républicaine

Deux proclamations - à la population et à l'armée - furent aussi affichées. Pour que l'affaire réussît, les troupes avaient, sous la direction du colonel Espinasse, occupé, pendant la nuit, le Palais-Bourbon et arrêté les questeurs (Le Flô et Baze). Dans la nuit, on avait arrêté, chez eux, seize représentants : républicains (Cavaignac, Eugène Baune, Martin Nadaud, Perdiguier, Lagrange) et royalistes (Thiers, les généraux Changarnier et Lamoricière) ainsi que quatre-vingts militants révolutionnaires – parmi lesquels Aimé Baune, frère du représentant de la Loire -, possibles "chefs de barricades". Les tambours des légions de la garde nationale avaient été crevés pour éviter qu'ils ne servent à un appel à la résistance.

L'article 68 de la Constitution disposait : "Toute mesure par laquelle le président dissout l'Assemblée nationale […] est un crime de haute trahison. Par ce seul fait, le président est déchu de ses fonctions ; les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance ; le pouvoir exécutif passe de plein droit à l'Assemblée nationale. Les juges de la Haute Cour de justice se réunissent immédiatement, à peine de forfaiture".

Quelques représentants, qui avaient trouvé le Palais-Bourbon occupé par la troupe, battirent le rappel de leurs collègues et allèrent, dans la matinée du 2 décembre, à la mairie du Xe arrondissement (aujourd'hui le VIe arrondissement). 220 députés se réunirent finalement sous la présidence de Benoist d'Azy, représentant légitimiste. Un autre légitimiste, l'avocat Berryer, grande voix du barreau qui resta constamment ferme dans sa position hostile au coup d'état, proposa aussitôt que les députés présents ne se contentent pas d'une protestation mais, puisqu'ils étaient assez nombreux pour siéger valablement, qu'ils fassent "un acte d'Assemblée" ; les représentants présents votèrent donc à l'unanimité un texte décrétant que, "aux termes de l'article 68 de la Constitution", "Louis Napoléon Bonaparte est déchu de la présidence de la République et qu'en conséquence le pouvoir exécutif passe de plein droit à l'Assemblée nationale". Ils votèrent aussi la réquisition de la 10e légion de la garde nationale et de l'armée de Paris, placée sous les ordres du général Oudinot qui était représentant du peuple. Résistance digne mais purement symbolique car les conservateurs opposés au coup de force ne souhaitaient pas faire appel à la rue. Un régiment encercla la mairie et arrêta les 220 représentants : parmi eux, Berryer, Falloux, Tocqueville, Barrot,

Rémusat. Ils furent conduits à Mazas. Ils furent ensuite rapidement libérés mais le souvenir de cette incarcération pesa lourd dans les rapports de l'Empire et de la bourgeoisie libérale car beaucoup de ces notables légitimistes ou orléanistes n'avaient guère apprécié de passer un ou deux jours en prison. Dans la matinée du 2 décembre, la troupe pénétra aussi dans le Palais de Justice et dispersa les magistrats membres de la Haute Cour qui s'étaient réunis - d'ailleurs sans beaucoup de conviction.

 

 

 

 

La réaction en province

Les principales régions où se manifeste une résistance au coup d’état sont les suivantes :

 

- Le Nord du Massif central : l’Allier, la Nièvre, le Cher, l’Yonne. La principale insurrection se produit à Clamecy qui est occupé par les insurgés.

- Le Sud-Ouest a des centres nombreux mais qui ne parviennent pas à faire leur jonction : Bédarieux (Hérault), Béziers, Auch, Mirande, Marmande, la région d’Agen, les Hautes-Pyrénées.

- C’est surtout le Sud-Est qui s’est soulevé, un véritable « incendie provençal » qui embrase le Var et les Basses-Alpes. L’Ardèche et la Drôme mais aussi l’Hérault connaissent aussi d’importants mouvements.

 

La répression

La répression fut à la mesure de la frayeur éprouvée par le parti de l'ordre. Les insurgés, pris les armes à la main, ont été fusillés, comme le permettait le régime de l'état de siège : c'est un aspect de la répression qui échappe en partie à l'historien et qui n'a pas fait l'objet de statistiques (les journaux de marche des régiments sont très discrets sur ce point).

A Paris, quelques témoignages confirment les exécutions. Dans une lettre publiée par La Patrie du 14 décembre 1851, le caporal Vincent N. raconte : "A la 2e barricade, nous avons trouvé trois cents insurgés. On aurait pu les passer à la baïonnette [mais] il n'y a que ceux qui n'ont pas voulu se rendre qui ont été fusillés sur le champ"[1][1]. Dans l'un des ses rapports, le général Magnan note que "les soldats, malgré ses ordres, ont fait des prisonniers"[2][2]. Le comte Rodolphe Apponyi, secrétaire à l'Ambassade d'Autriche-Hongrie à Paris qui a laissé de passionnants souvenirs sur cette période et qui s'est promené dans Paris pour constater les événements, signale à plusieurs reprises des massacres d'insurgés ou des exécutions sommaires. Le 4 décembre 1851, après avoir raconté la prise d'une barricade rue Saint-Denis, Apponyi écrit : "Ceux qui ont échappé se sont repliés sur la porte Saint-Martin, où ils se sont trouvés pris entre deux feux. Les troupes n'ont épargné aucun insurgé". Le 6 décembre : "D'une maison [boulevard des Italiens], on a tiré sur la troupe. Elle est entrée et, comme elle a trouvé beaucoup de gens armés et des fusils encore chauds, elle a passé par les armes tous les individus qu'elle suspectait".

En province, les exécutions eurent souvent lieu lors de la véritable "chasse à l'homme" qui s'exerça après la fuite des insurgés vaincus. Lors de leur arrivée à Saint-Etienne-les-Orgues, les soldats du colonel Vinoy arrêtèrent trois républicains qui furent fusillés sur le champ. D'autres compagnons d'André Ailhaud, arrêtés dans la montagne de Lure furent aussi fusillés sans jugement. Le colonel Travers, après avoir repris Cuers et être passé à Draguignan, fit fusiller tous les traînards au cours de la poursuite menée contre les "rouges". Louis Martin, dit Martin Bidouré, un jeune peigneur de chanvre de Barjols qui servait comme

estafette fut même fusillé deux fois : une fois par un coup de pistolet tiré par l'officier qui commandait les soldats qui l'avaient arrêté ; laissé pour mort, il fut fusillé une seconde fois par les soldats auxquels le livra le paysan chez qui il s'était réfugié. Dans certains départements, comme le Gers, l'Allier, la Drôme les gendarmes cernèrent des villages pour arrêter les suspects. A Clamecy, cerné par la troupe, les deux parlementaires envoyés par les insurgés pour négocier leur reddition furent immédiatement fusillés. Des insurgés du Var et des Basses-Alpes réfugiés dans les grottes du comté de Nice - alors piémontais, furent repris par les gendarmes alors qu'ils regagnaient leurs fermes. (…)

32 départements furent mis en état de siège. Une immense "rafle" décapita pour 20 ans le parti républicain. Pour l'ensemble de la France, 27 000 arrestations furent opérées, même dans des départements où il n'y avait eu aucun mouvement. Les prisons étaient pleines et les prisonniers parfois traités très durement.

Dix mille personnes environ furent condamnées à la transportation : 239 étaient envoyées au bagne de Cayenne, les autres en Algérie : "Algérie +" (10 ans en résidence forcée) ou "Algérie -" (5 ans en résidence libre). La condamnation au bagne était particulièrement redoutée car peu de condamnés survivaient au delà de cinq ans.

 

Ajoutons que 66 représentants (Hugo, Schoelcher, Baune, Raspail, Nadaud, Quinet et d'autres) furent frappés de proscription, par simple décret présidentiel.

Le gouvernement fit croire à l'opinion qu'il avait sauvé le pays de « l'anarchie » et de la subversion « rouge ».

Le gouvernement rallia les conservateurs et le clergé. Le plébiscite des 21 et 22 décembre 1851 accorda par 7,4 millions oui contre 646 000 non le droit au président d'établir une nouvelle constitution qui ressembla beaucoup à celle du Consulat. Même si le suffrage universel était maintenu, les libertés fondamentales étaient supprimées et rendaient donc difficile le libre débat qui doit précéder un vote.

Le 2 décembre 1852, l'Empire est rétabli et Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III. »

 



 

  • 1  La loi du 31 mai 1850 avait restreint le suffrage universel adopté en 1848. Pour être électeur, il (...)
  • 2  L’article 68 de la Constitution de 1848 stipule qu’en cas de coup d’Etat, les citoyens sont tenus (...)
  • 3  Voir Hastings, Michel, « Révoltes populaires et répressions électorales », Révolte et société, t. (...)
  • 4  Caricature d’Honoré Daumier publiée dans Le Charivari le 20 novembre 1869.
  • 5  Cette notion a été développée par Charles Tilly, notamment dans « Les origines du répertoire de l’ (...)
  • 6  Pour reprendre le titre d’un ouvrage qui s’est intéressé à la question (Romanelli Raffaele, How di (...)





Le bulletin nul: une forme de résistance à la normalisation de la vie politique (Paris, 1851-1870)

1   Après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, le premier geste de Louis-Napoléon Bonaparte est de restaurer dans son intégralité le suffrage universel masculin1 et d’annoncer la tenue d’un plébiscite pour ratifier une nouvelle Constitution. Les Parisiens sont informés au matin de ces décisions par de nombreuses affiches collées sur les murs de la cité. Ces deux décisions font sens. La force qui a présidé à la prise de pouvoir est censée réassurer et renforcer un droit accordé aux citoyens, mais par là-même elle leur enjoint d’accepter la nouvelle donne politique et d’exprimer leur opinion lors d’un vote – et accessoirement, de ne pas respecter la Constitution de 18482. On impose un devoir civique, une façon d’agir politiquement ; les nombreuses arrestations préventives, ainsi que la répression sanglante qui touche ceux qui veulent s’insurger pour défendre la Constitution, sont là pour rappeler que le pouvoir entend bien que le vote soit le seul mode d’action politique utilisé par les citoyens. On retrouve dans ces décisions la volonté des groupes dominants d’encadrer l’expression par le peuple de sa volonté souveraine, et de confiner cette expression dans des formes jugées « acceptables ». Le bulletin de vote est censé remplacer le fusil3. Honoré Daumier représente dans une célèbre caricature un homme du peuple montrant son bulletin de vote avec comme légende « V’là ma cartouche »4. Cette volonté de « normaliser » la vie politique est donc conjointe, tout en en étant l’une des causes, à un changement de « répertoire d’actions collectives »5 utilisé par les hommes et femmes de l’époque pour faire entendre leur voix dans le champ politique. Ces acteurs n’utilisent plus des actions où la violence tient un grand rôle, comme les rébellions ou les saisies de grains, mais des actions comme la grève ou la manifestation, qui sont autonomes dans leur rapport aux puissants et qui peuvent avoir une portée politique plus générale. Comme cette transition de répertoire s’est effectuée de façon concomitante à l’adoption du suffrage universel, et comme le nouveau répertoire d’actions est encore en grande partie le nôtre, on considère souvent que ce processus de transition qui concerne les comportements politiques s’est réalisé sans véritable difficulté et que, après une acclimatation plus ou moins longue au suffrage universel, les citoyens sont devenus des électeurs6. Mais ce n’est pas parce que le vote s’est peu à peu imposé comme moyen légitime d’exprimer son opinion politique que cela s’est produit sans résistance, notamment de la part d’hommes attachés à d’autres formes d’actions politiques.

  • 7  Yves Déloye et Olivier Ihl, deux politistes, ont déjà interrogé les significations des votes blanc (...)
  • 8  A Paris, le vote oui représente 62,2 % en 1851, 75,5 % en 1852 et 41,3 % en 1870 ; le vote non 37, (...)

2   Cependant, les traces de ces résistances sont très difficiles à exhumer. L’examen des bulletins blancs et surtout des bulletins nuls qui ont été conservés constitue dès lors une opportunité documentaire de premier plan. Ces sources permettent en effet d’appréhender directement les réactions d’une partie des électeurs à l’imposition du suffrage universel sans passer par la médiation de discours normatifs qui ont souvent tendance à ne faire de ce type de vote qu’un signe de mécontentement ou d’immaturité politique7. Nous nous intéresserons plus particulièrement ici aux Parisiens, traditionnellement grands faiseurs de révolutions, lors des plébiscites qui suivent la restauration intégrale du suffrage universel masculin : les 20 et 21 décembre 1851, les 21 et 22 novembre 1852 et le 8 mai 1870. Les questions posées sont toutes trois d’ordre constitutionnel. En 1851, il s’agit de statuer sur le maintien au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte après le coup d’Etat, et de lui déléguer les pouvoirs nécessaires pour établir une Constitution qui permette le maintien du chef de l’Etat au pouvoir pour une durée de dix ans ; en 1852, il s’agit de rétablir l’Empire ; en 1870, d’approuver les réformes libérales entreprises par l’Empire depuis 18608. Nous laissons ici de côté les élections législatives, ce qui nous permet d’éviter ce qui relève des inimitiés personnelles, afin de nous intéresser exclusivement à la résistance au régime et à ses prescriptions politiques.

« Merde à Louis Napoléon ! 9» 

3   Les bulletins blancs, comme d’ailleurs l’abstention10 tant redoutée par le nouveau pouvoir en place, sont des témoignages d’une résistance au régime, puisqu’ils entravent l’appel au peuple lancé par le pouvoir dans la forme fermée du plébiscite. Contrairement aux abstentionnistes, ceux qui votent nul signifient par ce geste qu’ils désirent participer à la vie politique et se l’approprier. Refusant cependant de répondre simplement par l’opposition en votant non, des citoyens entrent en résistance au scrutin en produisant des bulletins nuls, acte de provocation et de refus envers le régime, acte de résistance interne puisqu’il consiste à subvertir le sens du scrutin organisé tout en y participant. Les bulletins nuls constituent alors un exutoire où il est possible d’exprimer des opinions politiques que les votants sont obligés de taire dans la cité. Le régime leur impose de s’exprimer par les urnes et ils saisissent ce moyen qu’ils investissent en vecteur de résistance. La première résistance est celle au régime lui-même : les bulletins « République » ou « Vive la République ! », République qui peut de plus être qualifiée de « démocratique et sociale », sont extrêmement nombreux parmi les bulletins nuls conservés11, et indiquent clairement le souhait d’un autre régime. « Non é vive la contituon »12 écrit sur son bulletin en 1851 un électeur d’origine sûrement populaire et imprégné de l’idée de respect des formes républicaines. Bien moins nombreux mais néanmoins présents, certains bulletins royalistes, qu’ils soient légitimistes – « Vive Henry V » – ou orléanistes, contestent eux aussi la nature du régime. D’autres votants ne se contentent pas d’affirmer leur préférence quant au régime politique, mais se moquent ouvertement et ad hominem de Louis-Napoléon Bonaparte et de son pouvoir, sur un mode humoristique qui peut parfois être très cru. Le bulletin « Non c’est un infâme »13 rejoint les nombreux messages disant « Merde à Louis-Napoléon Bonaparte » ou plus tard, « Merde à l’Empereur », qui peut aussi être traité de « Du Flan »14, entre autres. Ces électeurs associent ou non le régime et son chef dans des insultes souvent scatologiques : « REPUBLIQUE J’INCAGUE L’EMPEREUR ET SES PLEBISCITES »15, écrit ainsi un opposant en 1870. Ce faisant, ces électeurs profitent d’un espace de liberté et de parole qui leur est donné, ou plutôt qu’ils s’approprient subversivement puisqu’ils ne peuvent pas s’exprimer comme ils le désirent dans la vie publique, pour dire leurs sentiments profonds vis-à-vis de l’homme au pouvoir et de son régime, retrouvant peut-être dans les mots une potentialité de violence qu’ils ne peuvent plus mettre en œuvre sur la place publique. Ce premier niveau de résistance, mêlée de provocation, est évident : il s’agit de contourner les mesures de censure en toute légalité, grâce à un acte que ces mêmes lois instituent et encouragent : le vote, censé « absoudre » le coup d’Etat de 185116. Cette pratique iconoclaste constitue l’un des très rares espaces où la liberté d’expression et d’opposition politique est encore possible, notamment en 1851 et en 1852. Après le coup d’Etat et l’écrasement dans le sang d’un début de résistance à Paris, la ville est en état de siège, les arrestations préventives se multiplient puisque le pouvoir décrète que toute résistance effective est liée à un complot républicain issu des sociétés secrètes, si bien que les prisons regorgent de détenus. La presse est muselée. Faire part publiquement d’opinions hostiles à Louis-Napoléon est extrêmement périlleux dans ce contexte. Après la libéralisation du régime, que les historiens s’accordent généralement à voir débuter au début des années 1860, il existe d’autres espaces où exprimer légalement ses opinions politiques, que ce soit dans la presse, lors de procès, ou dans les réunions publiques. Le mouvement des réunions publiques permet notamment une libération de la parole qui mène à une critique souvent radicale du régime en place, même si ces réunions peuvent toujours être interrompues par un commissaire de police qui toujours y assiste et note ce qui s’y déroule17. La résistance par les urnes perd alors de son exclusivité et de son originalité, mais les bulletins nuls proclamant « République » restent fort nombreux, ce qui est logique dans une cité acquise à l’opposition. Ils refusent, finalement, de soumettre leur voix à tout ce qui a pour origine un régime honni et qui pourrait, ne serait-ce que de loin, signifier qu’il a une légitimité quelconque quand il décide d’ interroger le peuple souverain.

  • 9  Archives Nationales (A.N.), B II 1206 A, 1er arrondissement. Nous respectons toujours l’orthograph (...)
  • 10  Encore plus que les votes négatifs, c’était bien l’abstention que craignait par-dessus tout Louis- (...)
  • 11  Nous avons choisi ici de ne pas faire une étude statistique qui catégoriserait différents votes bl (...)
  • 12  A.N., B II 1118, 12e arrondissement.
  • 13  A.N., B II 1118, 6e arrondissement.
  • 14  A.N., B II 1118, 4e arrondissement.
  • 15  A.N., B II 1298, 5e arrondissement.
  • 16  « La France a compris que je n’étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit. Plus de (...)
  • 17  Voir Dalotel, Alain, Faure, Alain et Freiermuth Jean-Claude, Aux origines de la Commune. Le mouvem (...)

« De quel droit m’interroges-tu ? »18

4   Les formes de résistance que permettent ces bulletins « annexés » ne se limitent cependant pas à une insulte envers l’Empire ou à une proclamation d’amour à la République ou à la Monarchie. Plus profondément, ces bulletins marquent une résistance à la volonté affichée par le pouvoir de normaliser la vie politique, volonté affirmée par les acteurs dominants de l’espace public depuis que la souveraineté du peuple a été proclamée, notamment en restreignant la catégorie du « politique » au moment même où elle a tendance à s’enrichir dans les pratiques concrètes des acteurs, et surtout des acteurs populaires. Les électeurs décident de ne pas exécuter correctement le devoir civique qu’on leur a enjoint de remplir. La question qui se pose d’emblée, surtout si l’on tient compte de la courte expérience du peuple auprès des urnes, est de savoir si cette résistance est consciente ou non. Plusieurs indices permettent de déclarer que dans la grande majorité des cas, elle est bel et bien consciente, et donc volontaire. Il y a tout d’abord la très large diffusion des manuels électoraux19 qui indiquent comment voter, consignes qui peuvent être réitérées oralement lors du vote par les membres du bureau si le besoin s’en fait sentir. Bien sûr, un électeur analphabète ou sachant à peine lire et écrire – ce qui n’est pas le cas à Paris où la grande majorité de la population est alphabétisée20 – peut ne pas oser demander ces indications aux membres du bureau présents dans la salle du vote. Les indices permettant d’identifier ce type de bulletin sont alors clairs puisque l’orthographe, la rédaction et la calligraphie y sont très défectueuses ; ces indices ne sont d’ailleurs pas univoques quant au fait de déterminer si l’auteur avait ou non l’intention de commettre une transgression en écrivant des commentaires sur son bulletin. En tout état de cause, il n’existe, proportionnellement au nombre de l’ensemble des « bulletins annexés », que très peu de bulletins de ce type, bien que l’attitude des personnes signant leur bulletin pourrait parfois rentrer dans cette catégorie d’ignorance des règles du jeu électoral. On peut donc estimer que la plupart des électeurs ont choisi sciemment et en connaissance de cause de ne pas voter « justement », et qu’ils savaient pertinemment que leur bulletin ne serait pas comptabilisé au final. Les manuels électoraux donnent les mêmes indications quel que soit le positionnement politique de leur auteur : les partisans de l’Empire et les opposants républicains légalistes dénoncent avec véhémence le fait de ne pas se rendre aux urnes ou d’y donner un bulletin qui ne pourra pas être comptabilisé. Les plus radicaux des républicains, quelquefois, ont pu donner des indications allant dans le sens de l’abstention, mais pas dans celui de produire un bulletin nul : ce n’est pas la pratique du vote en elle-même qui leur pose problème mais bel et bien le cadre institutionnel dans lequel il est effectué. Seuls les révolutionnaires appellent encore le peuple à la prise d’armes mais globalement, l’ensemble des groupes dominants, politiquement, mais aussi socialement et culturellement, se retrouvent dans la volonté de cantonner les citoyens dans un seul type d’action politique, le vote, au détriment d’autres pratiques. Les électeurs qui choisissent de mettre un bulletin nul dans l’urne estiment quant à eux que le message qu’ils veulent faire passer par ce biais prévaut sur leur voix effective, ce qui est déjà un premier indice de l’illégitimité qu’ils confèrent au pouvoir qui leur pose des questions. Un bulletin résume ces critiques : « De quel droit m’interroges-tu ? »21. L’illégitimité du recours au suffrage populaire est ainsi dénoncé pour plusieurs raisons qu’il s’agit maintenant d’examiner.

  • 18  A.N., B II 1298, 5e arrondissement.
  • 19  Voir à ce propos Quéro, Laurent, « Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790-19 (...)
  • 20  Louis Girard estime que, « globalement, 20 pour cent seulement des Parisiens sont illettrés » dans (...)
  • 21  A.N., B II 1298, 5e arrondissement.
  • 22  Voir notamment Ménager Bernard, Les Napoléons du peuple, Paris, Aubier, 1988.
  • 23  Par exemple, « oui mais soyez sage sinon vous perdrez tout » (A.N., B II 1118, 4e arrondissement). (...)
  • 24  Par exemple, « Oui mais sache que 1789 ! 1793 ! 1848 ! » (A.N., B II 1118, 4e arrondissement). (...)

5   Les bulletins nuls montrent la volonté des électeurs d’utiliser d’autres moyens pour exprimer leurs opinions et tisser des liens politiques. Certains bulletins témoignent de l’envie d’un rapport plus direct avec le pouvoir politique, comme ceux faisant preuve d’un bonapartisme populaire bien connu par ailleurs22, surtout en 1851 et 1852. « Oui pour louis napoleon Bonaparte Mon na mi » écrit par exemple un électeur sur un bulletin qu’il signe, ne voyant sûrement pas l’intérêt de cacher son identité quand il s’agit d’indiquer son adhésion au « Prince-Président ». On retrouve cependant peu de bulletins de ce type, et ce pour deux raisons. Lors des plébiscites de 1851 et 1852, consigne avait été donnée de compter comme bulletins exprimant un oui ceux qui plébiscitaient directement Louis-Napoléon Bonaparte. Quand c’est le cas, ils ont été brûlés avec les bulletins positifs et négatifs et n’ont donc laissé aucune trace dans les archives. En 1870, le bonapartisme populaire s’est en outre grandement effrité à Paris, et une plus grande habitude de la procédure du vote a sûrement eu pour conséquence de faire voter ce type d’électeurs dans les formes prescrites par la loi. Reste que se fait sentir dans ces bulletins comme une volonté d’acclamation, en tout cas la volonté d’une immédiateté dans la désignation du chef qui est bien différente de l’acte du vote démocratique, devoir civique procédant d’une délibération rationnelle et impersonnelle du citoyen sur laquelle les passions humaines sont censées ne pas avoir de prise. L’impatience transparaît dans les points d’exclamations que contiennent nombre de ces bulletins. Cela montre une volonté de passer par-dessus les procédures constitutionnelles, que ce soit lors de la désignation d’un élu ou pour approuver une constitution ou une réforme de celle-ci. Ces votants veulent manifestement un rapport plus direct avec leur chef, qui passerait outre toute forme de médiation politique. Certains bulletins apostrophent directement Napoléon Bonaparte, en employant la deuxième personne, soit pour lui donner des conseils23, soit pour le menacer24, soit encore pour lui faire des demandes particulières, qu’on pourrait rattacher aux suppliques de l’ancien temps.

  • 25  A.N., B II 1118, 6e arrondissement.
  • 26  A.N., B II 1298, 10e arrondissement.
  • 27  Par exemple, A.N., B II 1298, 5e arrondissement.
  • 28  A.N., B II 1298, 10e arrondissement.

6   D’autres bulletins, tout à fait défavorables au régime, dénoncent l’action même de voter comme injustifiée tant que n’aura pas éclaté une révolution produisant la République sociale, ou tant que n’aura pas été rétablie la République qu’un parjure a profanée par son coup d’Etat. C’est globalement le sens des nombreux bulletins marqués « République ». L’usurpation du pouvoir lors du coup d’ Etat, bien qu’« absoute », selon les bonapartistes, par le plébiscite de 1851, empêche certains républicains et même certains libéraux attachés au respect des lois d’accepter de donner leur voix – comme part de la souveraineté nationale – lors des plébiscites. Cela reviendrait de fait à légitimer le régime en lui reconnaissant le droit d’interroger directement le peuple souverain. Les bulletins blancs et nuls font alors état du refus d’entrer dans le jeu politique légal, ce qui reviendrait, même par un vote négatif, à reconnaître la légitimité du pouvoir en place. « Je proteste contre ce vote et maintien la Constitution »25 écrit un citoyen en 1851, refusant de répondre à un parjure ayant enfreint son serment et se réclamant d’une légitimité supérieure à celle de la force répressive. Cet aspect redouble en 1870, car la formule sur laquelle les électeurs sont appelés à se prononcer – « Le peuple approuve les réformes libérales opérées dans la Constitution depuis 1860 par l’Empereur, avec le concours des grands corps de l’Etat, et ratifie le sénatus-consulte du 20 avril 1870 » – est ambivalente puisque elle sous-entend que le régime lui-même est déjà accepté. « Question obscure, répondre est impossible »26 note alors un électeur, alors que beaucoup d’autres écrivent « oui et non » sur leur bulletin, signalant ainsi la complexité de la formule qui implique plusieurs questions à distinguer. Plusieurs choisissent de citer un vers de l’Enéide de Virgile : « Timeo Danaos et dona ferentes »27, « je crains les Grecs et les cadeaux qu’ils apportent », reprenant les paroles d’avertissement de Laocoon voyant entrer le cheval, présent des ennemis, dans la ville de Troie. Cette citation antique témoigne à la fois d’une culture littéraire humaniste, et de la conscience d’inscrire les actions contemporaines dans la geste de l’histoire politique de l’humanité et de la liberté. Les évolutions libérales sont ici comparées à un cadeau séduisant et faussement pacifique, leurre qui vise à abdiquer la liberté politique. Dans le même esprit mais dans un style moins cultivé, une carotte en couleurs est dessinée sur un bulletin28. L’homme refuse d’utiliser les mots, si ce n’est pour intituler son dessin « plébiscite de 1870 » afin de relier explicitement son dessin au vote, et partant, son intention à la politique. L’électeur veut-il dénoncer par ce biais le fait que le pouvoir prenne les citoyens pour des ânes en leur offrant des carottes, des promesses insignifiantes ? Ou bien veut-il signifier que la carotte n’est que l’auxiliaire plus hypocrite du bâton, c’est-à-dire de la répression ?

  • 29  A.N., B II 1298, 10e arrondissement
  • 30  A.N., B II 1298, 10e arrondissement.

7   Certains bulletins semblent quant à eux n’accorder aucun intérêt au vote : « Oui ou non je m’en moque »29 déclare avec mépris et indifférence un électeur voulant sans doute dénoncer par là le mépris et l’indifférence qu’il ressent de la part du pouvoir qui l’interroge. Dans une vraisemblable et énigmatique désinvolture, un autre électeur a par exemple donné pour bulletin une publicité pour une maison parisienne de lait de chèvres30 pouvant laisser à penser qu’il ne se sent pas concerné par le scrutin. Néanmoins, il faut ne pas oublier que ces citoyens ont fait la démarche de se déplacer au bureau de vote ; cela indique manifestement qu’ils ont un intérêt, si lointain soit-il, pour la chose politique et pour ce scrutin qu’ils prennent malgré tout au sérieux par leur participation, acte politique indéniable. La désinvolture affichée face à l’élection signifie que pour eux, la demande qui leur est faite d’aller voter à cette occasion est illégitime et qu’ils entendent le dénoncer publiquement, pour ne pas y adhérer ni s’en désintéresser. Nous pouvons donc en déduire que leur choix d’action politique prend sens en tant qu’acte de résistance, résistance individuelle, interne et subversive.

8   Les bulletins nuls que certains Parisiens ont choisi de mettre dans l’urne lors des plébiscites de 1851, 1852 et 1870 constituent donc non seulement une résistance par rapport au pouvoir, puisque par leur geste, les électeurs refusent de reconnaître la légitimité du régime en place à interroger le peuple souverain, mais ils marquent aussi la volonté de certains citoyens de ne pas se laisser emprisonner dans un champ politique légal imposé, et de garder le champ des possibles en politique ouvert. Ces bulletins témoignent de la possibilité de concevoir une résistance en se saisissant du système lui-même et en investissant ses brèches, afin de faire, malgré tout, entendre sa voix. Bien sûr, cette résistance a été inefficace ; le oui l’a toujours emporté largement et sans surprise lors des plébiscites, et la pratique du suffrage universel s’est peu à peu imposée comme la forme non seulement légale mais aussi légitime d’exprimer son opinion en politique. Mais il reste néanmoins essentiel de comprendre la logique de cette résistance par le vote nul à Paris de 1851 à 1870. L’existence même de ces bulletins offre un accès direct à la façon dont certains électeurs concevaient leur rôle politique dans la cité, un accès qui n’est pas médiatisé en se retrouvant imbriqué dans des discours d’une culture politique officielle. Cet accès direct aux voix du peuple et à ses ressentis de la donne politique est très rare ; il nous montre des résistances très éloignées du schéma de l’avènement plus ou moins réussi de la démocratie qu’on nous décrit souvent. D’autres formes de comportements politiques pouvaient être envisagées à l’époque. Pour beaucoup des citoyens dont nous avons examiné les bulletins, d’autres futurs étaient possibles, notamment des scénarios où des formes de démocratie directe domineraient dans une ville bénéficiant de larges libertés communales. La Commune se fera d’ailleurs l’écho de ces signes épars, sa défaite et sa délégitimation participant de l’imposition de comportements politiques normés.

 

 

 

Notes

1  La loi du 31 mai 1850 avait restreint le suffrage universel adopté en 1848. Pour être électeur, il fallait désormais être inscrit au rôle de la taxe personnelle et avoir trois ans de domicile continu. Cela excluait de fait ceux que Thiers appelait « la vile multitude », en premier lieu les indigents et les migrants. A Paris, la proportion d’électeurs radiés du fait de la loi du 31 mai 1850 se situe autour de 57 %.

2  L’article 68 de la Constitution de 1848 stipule qu’en cas de coup d’Etat, les citoyens sont tenus de refuser obéissance au Président de la République et que le pouvoir exécutif passe de plein droit à l’Assemblée Nationale.

3  Voir Hastings, Michel, « Révoltes populaires et répressions électorales », Révolte et société, t. II, Paris, Publications de la Sorbonne, 1989, pp. 231-238.

4  Caricature d’Honoré Daumier publiée dans Le Charivari le 20 novembre 1869.

5  Cette notion a été développée par Charles Tilly, notamment dans « Les origines du répertoire de l’action collective contemporaine en France et en Grande-Bretagne », Vingtième siècle, n° 4, octobre 1984, pp. 89-108 et « How protest modernised in France, 1845-1855 », The dimensions of quantitative research in history, sous la direction d’ Aydelotte William, Bogue, Allan G., Fogel Robert W., Princeton, Princeton University Press, 1972, pp. 192-255.

6  Pour reprendre le titre d’un ouvrage qui s’est intéressé à la question (Romanelli Raffaele, How did they become voters ? The history of franchise in modern european representation, La Haye, Kluwer Law International, 1998). En France, ce sont les politistes qui se sont les premiers intéressés à ces questions, en déplaçant la focale des résultats électoraux vers la pratique du vote et les significations qu’elle recouvre. Un ouvrage pionnier en ce domaine est celui d’ Alain Garrigou, Le vote et la vertu. Comment les Français sont devenus électeurs, Paris, P.F.N.S.P., 1992.

7  Yves Déloye et Olivier Ihl, deux politistes, ont déjà interrogé les significations des votes blancs, mais dans une perspective légèrement différente de la nôtre, en insistant sur la valeur du suffrage envisagé du point de vue de l’électeur (« Des voix pas comme les autres. Votes blancs et votes nuls aux élections législatives de 1881 », Revue française de science politique, 1991, vol. 41, pp. 141-170).

8  A Paris, le vote oui représente 62,2 % en 1851, 75,5 % en 1852 et 41,3 % en 1870 ; le vote non 37,8 % en 1851, 24,5 % en 1852, et 58,7 % en 1870. A l’échelle de la France, le oui l’emporte toujours très largement.

9  Archives Nationales (A.N.), B II 1206 A, 1er arrondissement. Nous respectons toujours l’orthographe des bulletins, de même que nous reproduisons ceux qui sont écrits en lettres capitales. Nous n’indiquons pas les sections de vote à l’intérieur des arrondissements car en 1851, les bulletins nuls de l’ensemble de l’arrondissement ont été conservés de façon indistincte. Les bulletins du plébiscite de 1851 ont été conservés en B II 1118, ceux de 1852 en B II 1206, et ceux de 1870 en B II 1298.

10  Encore plus que les votes négatifs, c’était bien l’abstention que craignait par-dessus tout Louis-Napoléon Bonaparte et ses compagnons. Voir à ce sujet Delyfer, Henriette, « Une comédie de suffrage universel ? », Le Prince, le peuple et le droit. Autour des plébiscites de 1851 et 1852, sous la direction de Bluche, Frédéric, Paris, PUF, pp. 46-49. A Paris, le taux d’abstention s’élève à 25,7 % lors du plébiscite de 1851, à 14,9 % en 1852 et à 20,3 % en 1870.

11  Nous avons choisi ici de ne pas faire une étude statistique qui catégoriserait différents votes blancs et nuls pour nous intéresser à la signification même du geste de l’électeur. De plus, les bulletins nuls de certains arrondissements et de certaines sections d’arrondissement n’ont pas été conservés, ce qui nuirait à la qualité d’une étude statistique globale.

12  A.N., B II 1118, 12e arrondissement.

13  A.N., B II 1118, 6e arrondissement.

14  A.N., B II 1118, 4e arrondissement.

15  A.N., B II 1298, 5e arrondissement.

16  « La France a compris que je n’étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre », déclare Louis-Napoléon Bonaparte après l’appel au peuple de 1851.

17  Voir Dalotel, Alain, Faure, Alain et Freiermuth Jean-Claude, Aux origines de la Commune. Le mouvement des réunions publiques à Paris 1868 - 1870, Paris, François Maspero, 1980.

18  A.N., B II 1298, 5e arrondissement.

19  Voir à ce propos Quéro, Laurent, « Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790-1995) », Scalpel. Cahiers de sociologie politique de Nanterre, n° 2-3, 1997, pp. 21-58.

20  Louis Girard estime que, « globalement, 20 pour cent seulement des Parisiens sont illettrés » dans les années 1860 (Girard, Louis, Nouvelle histoire de Paris : La Deuxième République et le Second Empire 1848-1870, Paris, Hachette, 1981, p. 285). Il est difficile d’être plus précis, car sous le Second Empire, seulement un Parisien sur trois est né dans la ville, les autres étant des migrants de plus ou moins fraîche date parfois difficiles à appréhender pour l’historien.

21  A.N., B II 1298, 5e arrondissement.

22  Voir notamment Ménager Bernard, Les Napoléons du peuple, Paris, Aubier, 1988.

23  Par exemple, « oui mais soyez sage sinon vous perdrez tout » (A.N., B II 1118, 4e arrondissement).

24  Par exemple, « Oui mais sache que 1789 ! 1793 ! 1848 ! » (A.N., B II 1118, 4e arrondissement).

25  A.N., B II 1118, 6e arrondissement.

26  A.N., B II 1298, 10e arrondissement.

27  Par exemple, A.N., B II 1298, 5e arrondissement.

28  A.N., B II 1298, 10e arrondissement.

29  A.N., B II 1298, 10e arrondissement

30  A.N., B II 1298, 10e arrondissement.

 

 

Pour citer cet article

Référence électronique

Vincent Huet, « Le bulletin nul : une forme de résistance à la normalisation de la vie politique (Paris, 1851-1870) », Amnis [En ligne], 9 | 2010, mis en ligne le 30 janvier 2010, consulté le 23 mai 2011. URL : http://amnis.revues.org/312

 

 

Auteur

Vincent Huet

Université Paris-Sorbonne, Centre de recherches en histoire du XIXe siècle, France

 

 


Date de création : 08.12.2007 @ 13:47
Dernière modification : 30.05.2011 @ 10:43
Catégorie : Pour approfondir - Le monde politique et le vote blanc
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Le livre du Prix Nobel Saramago où le vote blanc est le héros.

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   The probability broach

de L. Neil Smith

 The Probability Broach

Science fiction américaine publiée en 1980 dans un monde parallèle où le vote blanc (none of the above) va de soi.

Notre analyse du système démocratique présenté dans le roman:


Long résumé du roman: