Texte à méditer :  

VB Association pour la reconnaissance du vote blanc

«Un vote blanc, pour moi, en tant que photographe, c'est dire noir sur blanc le refus d'être coincé par des choix imposés.   Il est indispensable que l'on mette à la disposition des électeurs des bulletins de vote blanc et essentiel que ces votes soient comptabilisés et non amalgamés aux votes nuls. Où en est-on avec la démocratie ?   Je souhaite que l'on explique pour quelles raisons l'idée du vote blanc est impraticable. »   Henri Cartier-Bresson Le Monde, 1995

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Prix Crétinerie d'Or

Prix Vote Blanc de la Crétinerie d'Or.
CONCOURS 2017

Le prix honore chaque année des personnalités qui, par la profondeur de leur pensée, la pertinence de leurs remarques, ont réussi à démontrer que le vote blanc n'a pas lieu d'être.
 Voir plus en détails les lauréats et les candidats

Edition 2017

Lauréat collectif. C'est le slogan "Voter blanc, c'est voter Le Pen" de l'entre-deux-tours de la présidentielle.

abstentionlepen.jpg

« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter pour Marine Le Pen » Manuel Valls BFM.TV 27 avril 2017
« C'est très grave de voter blanc. » Jean-Pierre Raffarin BFM TV
« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter le Pen. » François Bayrou BFM TV 24 avril 2017
« L'abstention ou le vote blanc, c'est un coup de pouce à Mme (Marine) Le Pen », Alain Juppé sur son blog intitulé "Non!".
« Voter ni Macron, ni Le Pen, c’est voter Le Pen » Jean-Christophe Cambadelis 27 avril 2017

Non Messieurs, voter blanc, c'est voter en conscience, pour des convictions, ici contraires autant à celles de Marine Le Pen qu'à celles d'Emmanuel Macron. Pointer du doigt des électeurs en caricaturant leur vote c'est rendre un mauvais service et accélérer le processus que l'on dit combattre.

 

Edition 2016
(pas de prix décerné)

Edition 2015

Le vainqueur est:

LE GROUPE EELV A L'ASSEMBLEE


Même les écologistes, face à des intérêts à court terme -entrer au gouvernement - s'assoient sur leurs convictions:

AVANT: «Nous, élus écologistes, nous continuerons à œuvrer pour la reconnaissance pleine et entière du vote blanc, comme je l’ai déjà dit en commission. » Sergio Coronado (EELV), jeudi 28 novembre 2013, Assemblée nationale.

AUJOURD'HUI: « Certes, les bulletins blancs ne sont toujours pas intégrés aux suffrages exprimés, mais ils sont désormais comptabilisés et communiqués séparément des bulletins nuls lors de la proclamation des résultats.» Proposition de loi du groupe écologiste à l’Assemblée, mars 2015

La réforme électorale du 21 février 2014, jugée très insuffisante par les écologistes pendant les débats au parlement, est considérée suffisante aujourd'hui (!!!).

 

VAINQUEUR 2014

«Si le menu de la cantine ne te plaît pas, passe de l’autre côté du zinc et cuisine toi-même! Et si tu ne veux pas accepter de prendre des responsabilités, milite pour le système politique le plus exigeant du monde: l’anarchie.» Charb, Charlie Hebdo, 13 décembre 2013.


Voir les autres candidats de l'édition 2014

Lauréat de l'édition 2013:

Pour la première fois, l'Association remet un prix à un collectif. L'UDI a amplement mérité le titre 2013 suite à sa magistrale initiative parlementaire, préparée de longue date et criante de cohérence. Lire le détail de cette candidature.

Lauréat de l'édition 2012: «En tout état de cause, même s'il y avait 40 millions  de votes blancs, il faudrait bien que quelqu'un soit élu.» Guy Carcassonne, constitutionnaliste vénéré, France-Info, 8 mai 2012. 39 999 999 bulletins blancs, un vote X: c'est X qui est élu !!!

Lauréat de l'édition 2011: «Ceux qui souhaitent comptabiliser les bulletins blancs ont une idée derrière la tête : démolir la république et l'Etat, mais sans dire au profit de qui ou de quoi.... » Michel Charasse, clown politique que l'on ne présente plus, La Montagne.fr, 19 août 2011.

Le vote blanc en 2017

Présidentielle

1er tour: 0 944 733 (2,55%)

2nd tour: 4 085 724 (11,52%)


Législatives

1er tour: 0 513 344 (2,21%)
2nd tour: 1 988 549 (9,86%)
 

Rappel

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

2nd tour: 2 154 956 (5,82%)

Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

2è tour: 1 568 426 (4,20%)

 

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Bons conseils

SAUVÉS DE L'OUBLI !

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Retrouvez les photos de bulletins annulés de Ludovic Lacreuse

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Le vote blanc en deuil
IL N’A PAS VOULU VOIR CA

caillavet.jpg
 

Le 27 février 2013, Henri Caillavet est mort, âgé de 99 ans. Le 28, les socialistes et les centristes se ridiculisaient au sénat en se glorifiant de prendre la mesure électorale la plus inepte, le vote blanc séparé des bulletins nuls mais toujours censuré et toujours invisible dans les bureaux de vote, le citoyen étant encore, pour ces élus, un être mineur, inapte à l’indépendance.

Le sénateur radical socialiste Caillavet, lui, en 1980, avait déposé la proposition de loi la plus complète sur le vote blanc.
Lire les propositions de loi

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DES UNIVERSITAIRES REAGISSENT FACE
A LA PROPOSITION DU VOTE OBLIGATOIRE

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Notre réaction à l'article de Gilles Finchelstein
L'article de Gilles Finchelstein

Roseline Letteron dans Contrepoints + notre courrier à Roseline Letteron

Bruno Cautrès dans Atlantico
 

Notre réaction à l'article de Gilles Finchelstein

REFUS D’ABANDONNER TOUTE AMBITION DEMOCRATIQUE
Et contre ceux qui réfléchissent par temps de brouillard sans phares anti-brouillard
 
 
Où en sommes-nous de notre réflexion sur la démocratie électorale ? Admettons que la démocratie directe soit un objectif lointain, la démocratie représentative telle qu'elle s'exerce aujourd'hui est-elle satisfaisante ? Non, répondent les écologistes. A cause des citoyens électeurs qui oublient tous ceux qui sont morts pour le droit de vote et qui ne vont pas aux urnes. Notre démocratie électorale est donc gravement malade puisque c'est sa base, le peuple, qui dysfonctionne. Mais il y a le remède du docteur Diafoirus : le vote obligatoire. Nous serions donc proches de la guérison.
On peut voir le problème sous un autre angle. Notre démocratie représentative n'est pas aboutie parce que la place accordée à l'électeur est encore limitée. Le citoyen, quand il entre dans un bureau de vote, est considéré comme un être mineur, qui a besoin qu'on lui tienne la main. On a donc des hyper corps intermédiaires, qui s'accaparent la plus grande partie du débat politique, depuis un siècle (1) : les partis politiques. Ils sont utiles, nécessaires, mais au lieu d'être l'huile qui facilite le fonctionnement des rouages, ils sont devenus très vite hégémoniques : Electeur pousse-toi, comprime-toi, que je m'y mette. Et depuis, tout doit être fait pour leur satisfaction et surtout leur dire que quand quelque chose ne va pas, c'est la faute de l'électeur.
Notre démocratie représentative n'est qu'à mi-chemin alors que les formations politiques nous répètent qu'on est arrivé au maximum et que vouloir aller plus loin c'est être démocraticide. Aujourd'hui que la république est acquise – et ce n'est pas le score du FN qui doit être le prétexte pour brandir un chiffon rouge et crier que notre démocratie est en péril – il faut améliorer notre système représentatif en donnant plus de pouvoir aux électeurs. Défendre la prise en compte du vote blanc comme suffrage exprimé c'est un premier pas qui affirme que l'on considère l'électeur comme un être responsable. Si on arrivait même à fixer un seuil pas trop élevé à partir duquel une élection serait à refaire, c'est qu'enfin le pays admettrait que l'électeur n'est pas dangereux. Il ne se lève pas le matin de jour d'élection avec le malin plaisir de saboter les institutions. Un vote blanc reconnu comme dit ci-dessus ne serait d'ailleurs pas très élevé les premières années, les électeurs s'autocensurant plus qu'on ne le croit.  Un premier pas qui en appellerait d'autres : le vote graduel par exemple, qui serait l'étape où l'électeur serait considéré comme un être subtil. Et bien d'autres améliorations encore.
Alors que l'instauration du vote obligatoire c'est un coup de plus sur la tête de l'électeur, ce garnement qui reste à la maison quand des gens se décarcassent pour sauver le pays. On l'enfonce dans l'image d'un être irresponsable, à qui on ne veut plus accorder d'excuse de minorité. Pourtant, quand l'abstention est forte, il est probable que beaucoup de ces pêcheurs à la ligne sont des responsables d'associations, des gens qui s'investissent dans l'action sociale, qui innovent dans leur entreprise..., faisant fonctionner tout autant que le personnel politique le pays. Et ceux qui allaient toujours voter et qui pouvaient se sentir fiers de répondre à ce devoir ? Quand le vote sera devenu obligatoire, comment saura-t-on à leur entrée dans le bureau de vote s'ils sont là de leur plein gré ou si c'est la peur de l'amende qui les a poussés à faire le déplacement ? C'est comme un vote blanc enregistré dans les suffrages exprimés en même temps que le vote est obligatoire. Il perd de sa force puisqu'on pourra toujours l'accuser, en cas de résultat élevé, d'être le fait d'électeurs venus là pour se débarrasser de leur devoir électoral.
Le vote blanc intégré aux suffrages exprimés serait un aiguillon possible face au laisser aller des états majors des partis politiques. Aujourd'hui, ces formations sont à 10 % des laboratoires d'idées et à 90 % des machines à se faire élire. C'est ceci qui fait monter l'abstention. Si le vote blanc montait trop haut, ça pourrait les amener à rééquilibrer cette répartition de leurs activités. Et si les formations politiques reprenaient leur fonction de réflexion, cela inciterait peut-être plus de citoyens   à les rejoindre. C'est à un cercle vertueux qu'il faut réfléchir, et non se jeter comme des morts de faim sur des rustines qui n'empêcheront pas la chaloupe de couler.
Il ne s'agit pas de faire porter tout le poids du malaise électoral sur le personnel politique, mais quand François de Rugy appelle soudainement au vote obligatoire avec la version du vote blanc votée l'an dernier (2) alors que les Verts sont réputés pour leur attachement à la libre expression dans le fonctionnement démocratique – voir leurs élections internes - et que lors du débat sur la proposition de loi UDI sur le vote blanc de 2012 à 2014 (2), les parlementaires écologistes avaient critiqué cette réformette et avaient défendu un amendement demandant la reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé, on comprend que le co-président du groupe EELV à l'Assemblée - qui souhaite entrer dans le gouvernement et éviter que les prochains résultats électoraux ne soient trop catastrophiques pour son camp – agit par pur opportunisme, en n'hésitant pas à piétiner des convictions pour sauver ses meubles. François de Rugy veut enrégimenter l'acte électoral en faisant porter le chapeau aux électeurs alors que c'est lui – et beaucoup d'autres comme lui – qui, par ce genre d'attitude est responsable du mal qu'il dit vouloir soigner.
 
L'URSS voulait instaurer le communisme – plus d'Etat mais des soviets – en passant, dans le discours, à partir des années 1940, par l'étape du socialisme – dictature du prolétariat. La révolution est restée bloquée à cette première étape, avec un Etat hypertrophié, et en est morte. Notre démocratie – pouvoir du peuple – a commencé par confier le débat politique à des partis, en attendant l'époque lointaine où le peuple serait apte à se prendre en main. En 2015, on voit que ces partis ont largement prospéré et occupent tout l'espace. 130 ans après les lois de Jules Ferry, on ne veut toujours pas que, quelques dimanches par an, le peuple puisse se faire entendre comme bon lui semble, avec la possibilité, via le vote blanc, de rejeter en bloc l'offre politique. Maintenant on envisage même de l'empêcher de ne pas venir. A force de nier au peuple le moindre avenir d'autonomie, on risque de voir s'effondrer notre démocratie représentative. On ne peut pas vivre d'emplâtres.
La devise de l'Association pour la reconnaissance du vote blanc a toujours été : Rien ne sert de combattre l'abstention, il faut faire renaître la participation. Serions-nous vraiment devenus les derniers des Mohicans, la raison de Créon ayant gagné le reste des esprits ?
 
  1. En prenant comme point de départ l'année 1919 qui voit la gauche révolutionnaire se séparer de la gauche réformiste.
  2. Il a été décidé de distinguer les bulletins blancs des bulletins nuls tout en laissant ces deux catégories hors des suffrages exprimés.



L'article de Gilles Finchelstein

Gilles Finchelstein, Directeur général de la Fondation Jean-Jaurès

Le temps est venu d'adopter le vote obligatoire     
15/03/2015

POLITIQUE - Il s'agit, dira-t-on, d'un débat ancien ? Oui, aussi ancien, même, que l'instauration du suffrage universel. D'un débat récurrent ? Oui, avec ses pics et ses creux, rapports et propositions revenant dans la vie publique à un rythme irrégulier. D'un débat saturé? Oui, et la lecture du rapport publié il y a presque cent ans par Joseph Barthélémy (1) atteste de ce que les arguments, pour défendre comme pour rejehter le vote obligatoire, n'ont guère changé.
Et pourtant, le contexte, lui, a profondément changé et c'est à l'aune de trois éléments nouveaux qu'il convient de revisiter le débat sur le vote obligatoire.
Le premier élément est politique, c'est la spectaculaire progression de l'abstention (2). Elle ne touche que marginalement l'élection présidentielle: à l'exception de rares accidents (3), le taux de participation y reste élevé - aux alentours de 80 %. Mais elle touche massivement toutes les autres élections, sans exception aucune - européennes, législatives, régionales, départementales (4), municipales: durant les trente dernières années, le taux de participation a chuté de 20 à 30 points en moyenne.
Le deuxième élément est législatif, c'est la reconnaissance du vote blanc. Depuis la loi promulguée le 21 février 2014, les votes blancs - c'est-à-dire les enveloppes vides ou les bulletins blancs - sont décomptés séparément des votes nuls et annexés en tant que tels
au procès verbal. La non-reconnaissance des votes blancs - jusqu'alors assimilés à des votes nuls - était considérée à juste raison comme incompatible avec l'existence du vote obligatoire. La contrepartie à l'obligation de voter, c'est que l'insatisfaction par rapport à l'offre électorale puisse être exprimée. Cet obstacle est levé - au moins partiellement.
Le troisième élément est idéologique. Au-delà de toutes les interprétations sur leur sens profond (6), les manifestations des 10 et 11 janvier ont témoigné a minima d'une volonté de réaffirmation des valeurs républicaines dans une mobilisation d'une ampleur sans
précédent. Spectaculaire progression de l'abstention, reconnaissance récente du vote blanc, volonté de réaffirmation des valeurs républicaines; pris ensemble, ces trois éléments ont
indéniablement créé un contexte nouveau.
Nombreux sont ceux qui ont été réservés, voire hostiles, au principe du vote obligatoire, sensibles aux arguments de la démocratie libérale : le vote était un droit qu'il était loisible à chacun d'exercer ou de ne pas exercer - et chacun était même libre de ne s'intéresser en rien aux affaires publiques. Longtemps convaincu par ces arguments, je plaide aujourd'hui pour que, après l'adoption du suffrage universel masculin en 1848, après son extension successive aux femmes en 1946, aux jeunes de dix-huit ans en 1974, après l'inscription obligatoire sur les listes électorales en 1997, nous fassions un pas supplémentaire en adoptant le vote obligatoire.
Pourquoi et comment arriver à une telle position?
Bien des disciplines peuvent être mobilisées pour réfléchir à ce débat : la philosophie politique, l'histoire, la géographie, le droit. Or, ce qui est frappant, c'est que toutes débouchent sur une même conclusion : le vote obligatoire est une option possible - tout autant que le vote non obligatoire...
L'abstention pourrait être record lors des élections départementales - © JACQUES DEMARTHON / AFP
La philosophie politique ? Le débat est ancien. Il y a, d'un côté, ceux qui, après Rousseau, voient dans le vote un droit individuel. Il y a, d'un autre côté, ceux qui, avec Sieyès, y attachent une fonction sociale. Dans la première acception, le vote obligatoire serait inacceptable ; dans la seconde, il serait légitime. Le problème, c'est qu'aucune des deux ne peut pleinement convaincre. Le suffrage n'est évidemment pas seulement une fonction rs 2015 sociale, il est aussi et d'abord un droit individuel. Mais ce droit est d'une nature différente des autres droits : il est ainsi impossible de le louer ou de l'aliéner; et il est loisible au législateur de fixer, à chaque époque, les conditions d'exercice de ce droit. Comme l'écrit William Benessiano, « le droit de suffrage n'est pas un droit absolu mais un droit relatif (7). Partir des principes, c'est-à-dire de la réflexion sur la démocratie, ne permet pas de trancher le débat. L'histoire ? L'analyse de l'histoire de France illustre la récurrence du débat sur le vote obligatoire. Plus de cinquante propositions de loi se sont ainsi succédé depuis 1871 (8). Le début du XIXe siècle a marqué un pic - thèses, rapports et propositions ont foisonné. Le début du XXIe siècle constitue un nouveau pic. Ainsi, après l'élection présidentielle de 2002, on a vu des propositions de loi émanant aussi bien de l'UDF, de l'UMP que du PS (9) ; le Sénat, quant à lui, a consacré au même sujet une étude de législation comparée en mai 2003. Plus récemment encore, Luc Carvounas défendait l'instauration du vote obligatoire dans un essai publié par la Fondation Jean-Jaurès (10). Ainsi donc, un débat récurrent depuis plus d'un siècle - mais toujours sans conclusion; ou, plutôt, toujours sans autre décision que de n'en point prendre.
La géographie? Elle montre que, là où il existe, le vote obligatoire est ancien - trouvant son
origine entre la fin du XIXe siècle et les années 1920. Elle illustre que le vote obligatoire est une réalité relativement marginale : une trentaine de pays le pratique - Belgique, Luxembourg, Grèce, Autriche, Turquie, Australie, Brésil, Chili, Argentine, Uruguay, Venezuela notamment (11). Elle témoigne enfin de ce que la dynamique n'est pas en faveur du vote obligatoire - aucun pays ne l'a récemment adopté ; plusieurs, en revanche, l'ont abandonné : Mexique, Russie, Hongrie, Espagne et, en 1970, Pays-Bas.
Le droit ? La Cour européenne des droits de l'homme a été saisie de la compatibilité du vote obligatoire avec la liberté de conscience. À plusieurs reprises, elle l'a jugé conforme, considérant que la liberté de conscience concerne le choix du vote et pas le choix de voter. Le vote obligatoire est donc juridiquement une option. Il est d'ailleurs courant qu'un droit soit assorti d'une obligation - pour ne prendre qu'un seul exemple, la scolarité est à la fois un droit et une obligation.
Conclusion ? Le choix du vote obligatoire est un choix de nature purement politique - au sens le plus noble de ce mot, c'est-à-dire un choix prenant appui sur une certaine conception de la vie de la Cité. Un choix dont nous pourrions attendre trois bénéfices collectifs.
Le premier bénéfice serait de renforcer la légitimité de notre démocratie. L'abstention est à la fois une cause et une conséquence du sentiment - de plus en plus répandu - de dysfonctionnements de la démocratie. Le vote obligatoire aurait évidemment pour effet d'accroître la participation électorale. La suppression du vote obligatoire, là où il existait, confirme a contrario ce premier bénéfice : le taux de participation a drastiquement chuté aussi bien dans le canton de Vaud en Suisse qu'aux Pays-Bas - ainsi, s'agissant dans ce dernier pays de l'élection du Parlement européen, la participation est passée de 58% en 1979 (neuf ans après la suppression du vote obligatoire) à 30% en 1999 (soit 20 points en dessous de la moyenne européenne) quand, dans le même temps, il restait aux alentours de 90 % en Belgique et au Luxembourg.
Le deuxième bénéfice serait d'enclencher une dynamique vertueuse. Il y aurait, pour les citoyens, une incitation à s'intéresser, au moins un peu, à la chose publique. Il y aurait, pour les élus, une obligation à s'intéresser, bien davantage, à tous les citoyens - et donc à
tous les quartiers, y compris ceux dans lesquels le taux de participation était jusqu'à présent
si faible qu'il en devenait un non-enjeu électoral. Le vote obligatoire est, d'abord et avant tout, un levier pour réintégrer dans le jeu les milieux populaires et les jeunes générations.
Le troisième bénéfice, d'ordre symbolique, serait de défendre une certaine conception de la
République. Il s'agit de montrer, dans une période où elle est attaquée, que la République sait mobiliser; que, si elle donne des droits, elle impose aussi des devoirs; que, last but not least, la République a confiance dans son peuple.
Toutes les conditions sont réunies pour que le vote obligatoire soit adopté. Les événements de janvier ont servi d'électrochoc. Les élus y sont réceptifs. L'opinion y est prête - alors que 55% des Français étaient hostiles au vote obligatoire en 200612, la dernière enquête, bien antérieure aux attentats, traduisait un renversement de tendance avec 57 % de Français qui y étaient favorables(13).
Reste à trancher, si le principe du vote obligatoire emportait la conviction, deux questions
qui lui sont liées.
Première question : comment peut-on améliorer l'exercice du suffrage ? Il faut apporter de nouvelles réponses à la question de l'inscription sur les listes électorales - il y a encore, en dépit de la loi de 1997, beaucoup trop de « non-inscrits » ou de « mal-inscrits » (14). Il faut également faciliter le vote lui-même en rendant plus aisé le vote par procuration voire, comme cela se fait en Belgique, en réfléchissant au transport en commun gratuit pour aller voter. Il faut enfin aller jusqu'au bout de la reconnaissance du vote blanc en ne le décomptant pas seulement mais en le considérant comme un suffrage exprimé - en assumant donc qu'un candidat, y compris un président de la République, puisse n'être élu qu'avec une majorité relative et non plus absolue.
Deuxième question : quelle doit être la sanction qui accompagne le vote obligatoire ? La nécessité même de l'existence d'une sanction peut être discutée : il y a des pays, comme l'Italie, le Portugal ou la Grèce, dans lesquels le vote est un devoir dont l'inaccomplissement n'emporte pas de sanction - il s'agit donc simplement d'une injonction morale. Dans le cas de la France et dans la situation actuelle, adopter le vote obligatoire sans l'accompagner de sanction serait certainement perçu comme, au choix, une indécision, une faiblesse ou une demi-mesure - au risque que le symbole se retourne négativement. Une sanction est donc inévitable. Le débat sur la nature de la sanction doit donc être ouvert en gardant à l'esprit que celle-ci ne peut être qu'insatisfaisante : Joseph Barthélémy, à nouveau, le résumait d'une formule éclairante il y a un siècle : « sévère, elle est odieuse, légère, elle est inopérante ». L'étude de législation comparée réalisée par le Sénat montre que la sanction est toujours financière, toujours fixe - une sanction proportionnelle contrevenant aux principes du droit pénal -, souvent graduée - c'est-à-dire aggravée en cas de récidive -, parfois substantielle - jusqu'à être supérieure à 1000 euros au Luxembourg. Il faut réfléchir à ce que pourrait être une sanction significative à l'échelle de notre pays - du type d'une contravention de 2e, 3e ou 4e classe, le débat reste ouvert. Mais il faut réfléchir aussi à ce que pourrait être une sanction de substitution cohérente avec l'obligation elle-même, par exemple, la possibilité de transformer la sanction financière en travail d'intérêt général.
Nul ne peut penser que le vote obligatoire constituerait la panacée. Chacun mesure que le vote obligatoire ne traiterait que les effets et pas les causes de l'abstention. Chacun mesure qu'il existe d'autres formes de démocratie que la démocratie politique et d'autres modes d'expression des citoyens que le suffrage. Chacun mesure donc que bien d'autres initiatives sont nécessaires pour enraciner les valeurs républicaines et faire vivre la démocratie. Mais ce serait déjà un grand pas, à la fois symbolique et pratique, que d'adopter le principe du vote obligatoire.
__________________________
(1) Joseph Barthélémy, Pour le vote obligatoire, Rapport fait au nom de la Commission du suffrage universel, Revue de droit public, 1922.
(2) Sur le sens de l'abstention, il faut lire les travaux d'Anne Muxel. Dans un article du numéro 120 la revue Pouvoirs, intitulé L'abstention, déficit démocratique ou vitalité politique ?, elle montre par exemple la « généralisation d'un abstentionnisme intermittent » et, surtout, distingue les abstentionnistes « hors du jeu » politique des abstentionnistes « dans le jeu » politique et dont l'abstention est une forme d'expression.
(3) Le premier tour de l'élection de 2002 ou le second tour de l'élection de 1969.
(4) Nous risquons d'en avoir une illustration supplémentaire avec les élections départementales des 22 et 29 mars prochains.
(5) Il faut toutefois souligner que le nombre de votes blancs n'est pas pris en compte pour déterminer le nombre des suffrages exprimés.
(6) La Fondation Jean-Jaurès publiera dans quelques semaines un essai de Jérôme Fourquet et Alain Mergier sur la réception et l'interprétation des attentats et des manifestations dans les milieux populaires.
(7) William Benessiano, « Le vote obligatoire », Revue française de droit constitutionnel, n° 61, mars 2005.
(8) Le chiffre est avancé par William Benassiano dans l'article précité.
(9) Celle du groupe socialiste a été déposée le 16 janvier 2003 par Laurent Fabius et Jean-Marc Ayrault et soutenue notamment par Manuel Valls.
(10) Luc Carvounas, La politique autrement. Réinventons nos institutions, Fondation Jean-Jaurès, novembre 2014 (
www.jean-jaures.org/Publications/Essais/La-politique-autrement).
(11) La France connaît aussi le vote obligatoire mais seulement pour l'élection des sénateurs - il faut noter que la sanction en cas d'abstention s'élève à 100 euros.
(12) Sondage LH2 pour Vingt minutes, 2006.
(13) Sondage TNS Sofres pour le Cran, 2011.
(14) Terra Nova a fait en 2013, dans un rapport de Matthias Fekl, Kevin Chaussin, Fabien Duquesne et Grégoire Potton des propositions utiles : Contre la crise démocratique, moderniser l'exercice du droit de vote.



Lire l'article sur le site original


 

L'article de Roseline Letteron, contre le vote obligatoire

Le vote obligatoire ou la démocratie coercitive

Publié Par Roseline Letteron, le dans Droit et justice

Par Roseline Letteron? Professeur de droit public à l'université Paris-Sorbonne

Vote élections urne (Crédits JaHoVil, licence Creative Commons)

Urne électorale

« Lorsque les peuples, il y a cinquante ans, élevaient des barricades et renversaient les gouvernements pour obtenir le droit de suffrage, ils auraient cru à une plaisanterie si on leur avait dit que, par un retour imprévu des choses, les souverains voudraient à leur tour mettre à l’amende ou jeter en prison tous ceux qui n’useraient pas du droit conquis. »

Cette citation fait-elle allusion à l’actuelle suggestion de François de Rugy, co-président du groupe écologiste à l’Assemblée nationale qui annonce le dépôt d’une proposition de loi rendant le vote obligatoire dans notre système électoral ? Nul n’ignore en effet qu’il n’hésite pas à appuyer « ceux qui élèvent des barricades », à Notre-Dame des Landes ou au barrage de Sivens. Aujourd’hui, il envisage donc sérieusement de « mettre à l’amende » ceux qui auraient la malencontreuse idée de choisir l’abstention lors des consultations électorales.

Eh bien, non… Cette citation est extraite d’une thèse signée de F. Sauvage, intitulée De la nature du droit de vote et soutenue en 1903. Ceux qui « élevaient des barricades » cinquante ans avant n’étaient pas de joyeux soixante-huitards, mais plutôt les quarante-huitards se battant pour la conquête du suffrage universel.

L’article 3 de la Constitution pose aujourd’hui que « la souveraineté nationale appartient au peuple ». Dans son alinéa 3, ce même article ajoute que « le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. » Quant à l’alinéa 4, il précise que « sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques ». Dès lors que ces conditions sont respectées, l’organisation concrète du droit de suffrage relève donc du législateur. Cette idée revient d’ailleurs périodiquement, la dernière proposition de loi en ce sens ayant été déposée le 6 juin 2014, le plus souvent à l’initiative de petits partis dont les responsables espèrent que les abstentionnistes contraints de se rendre aux urnes voteront finalement pour eux. Mais pourquoi ces électeurs rétifs voteraient-ils précisément pour ceux-là même qui sont à l’origine de la contrainte ?

La lutte contre l’abstention

François de Rugy justifie son choix de manière relativement sommaire. Il explique d’abord que le vote obligatoire a pour objet de lutter contre l’abstention. Le raisonnement a le mérite d’être simple : si l’on interdit aux électeurs de s’abstenir, il y aura sans doute moins d’abstentions. Mais un raisonnement trop simple peut être tout simplement faux. Rien ne dit que les abstentionnistes ne préféreront pas payer l’amende plutôt que se rendre aux urnes. De toute manière, le problème ne sera pas résolu car les anciens abstentionnistes mettront sans doute dans l’urne un bulletin blanc. Certes, la loi du 21 février 2014 prévoit désormais un décompte séparé des votes blancs qui ne sont évidemment pas des « suffrages exprimés » mais qui sont désormais mentionnés dans le résultat du scrutin. Il n’empêche que le recours au vote blanc sous la contrainte ne semble pas constituer un substantiel progrès démocratique.

Électorat-droit, électorat-fonction

L’élu sent qu’il lui faut développer quelques arguments moins conjoncturels et il déclare alors que « la République, ce sont des droits et des devoirs ». La formule rappelle la distinction traditionnelle entre l’électorat-droit et l’électorat-fonction.

L’électorat-droit repose sur l’idée que le suffrage est un droit attaché à la qualité de citoyen. Jean-Jacques Rousseau évoque ainsi un droit « que rien ne peut ôter aux citoyens ». Le droit constitutionnel français le rejoint sur ce point : le droit de suffrage est, avant tout, un droit du citoyen. Il peut donc en user, ou ne pas en user, voter ou ne pas voter.

L’élection-fonction repose sur l’idée que la qualité d’électeur est une fonction permettant de désigner ceux qui vont voter la loi et  exercer un mandat représentatif. La théorie de l’électorat-fonction n’implique donc pas le suffrage universel. Sièges déclarait ainsi en 1791 : « Tous les habitants d’un pays ont droit à la protection de leur personne, de leur propriété, de leur liberté ; mais tous n’ont pas le droit de prendre une part active dans la formation des pouvoirs publics. » C’est l’affirmation claire de la distinction entre citoyens passifs, titulaires des droits consacrés par la Déclaration de 1789, et citoyens actifs qui exerçaient aussi le droit de suffrage. Seuls étaient habilités à exercer ce droit ceux qui payaient l’impôt. Autrement dit, l’élection-fonction s’accommode parfaitement d’un suffrage censitaire. On retrouve la même idée dans la Constitution de l’an III (1795) qui consacre aussi un suffrage censitaire (art. 35) et qui est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs. En insistant sur le « devoir » de voter, François de Rugy renoue ainsi avec les conceptions électorales du Directoire.

Il subsiste dans notre système juridique quelques vestiges de cet électorat-fonction, dans le cas très particulier des élections sénatoriales. Les grands électeurs chargés de désigner les sénateurs sont en effet obligés de voter et ils risquent une amende de cent euros en cas d’abstention. Mais précisément, le vote aux sénatoriales est une fonction attribuée à des personnes déjà élues dans le cadre des scrutins locaux.

Serait-il possible d’envisager l’évolution vers l’électorat-fonction et l’adoption d’un système de vote obligatoire ? Certes, l’article 34 de la Constitution précise que « la loi fixe les règles concernant (…) le régime électoral des assemblées parlementaires », mais encore faut-il que cette loi soit conforme à la fois à la Convention européenne et à la Constitution.

La Cour européenne des droits de l’homme

Le droit de vote ne figure pas directement dans la Convention européenne, mais dans son Protocole n° 1 adopté en 1952. Son article 3 impose aux États parties d’ « organiser, à des intervalles raisonnables, des élections libres au scrutin secret, dans les conditions qui assurent la libre expression de l’opinion du peuple sur le choix du corps législatif ». Observons que la Convention ne s’intéresse qu’aux élections législatives et que l’organisation concrète du scrutin est laissée à leur discrétion. Elle déclare ainsi, dans sa décision Mathieu, Mohin et Clerfayt c. Belgique du 2 mars 1987 qu’ « aucun système ne saurait éviter le phénomène des voix perdues ».

L’analyse de la jurisprudence montre cependant que la Cour européenne penche vers le principe de « l’électorat droit ». En témoigne sa position sur le droit de vote des détenus britanniques. Depuis une jurisprudence Hirst c. Royaume-Uni du 6 octobre 2005, elle considère que le droit de suffrage est attaché à la citoyenneté et qu’une condamnation pénale à une incarcération n’a pas pour effet, en soi, d’en priver le détenu. Cette privation ne peut intervenir que si elle est considérée comme une peine autonome et prononcée par un juge.

Le Conseil constitutionnel

De son côté, le Conseil constitutionnel ne s’est jamais prononcé sur le vote obligatoire. Dans l’hypothèse de l’adoption d’une telle réforme, il serait probablement saisi. Sa jurisprudence actuelle montre que des éléments d’inconstitutionnalité pourraient être relevés.

D’une part, le Conseil affirme, et c’est une formule délibérément choisie, l’existence d’une « liberté de vote » ou d’une « liberté de scrutin ». Dans sa décision du 30 novembre 1983 sur une élection sénatoriale dans les Pyrénées Orientales, il affirme ainsi que si « certains électeurs se sont dispensés de recourir à l’isoloir, il n’est pas établi que cette circonstance ait été l’effet d’une contrainte ; qu’ainsi, la liberté du scrutin n’a pu s’en trouver affectée ». Pour le Conseil, le fondement de cette liberté se trouve dans les dispositions conjointes de l’article 3 de la Constitution et de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ce dernier énonce : « La Loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. » Le vote est un droit personnel attaché à la qualité de citoyen, ce n’est pas un devoir impératif. Autrement dit, le citoyen a le droit de voter, ou de ne pas voter.

Il n’est pas inintéressant de constater que dans ses « tables analytiques » de la jurisprudence du Conseil, document établi par le Conseil lui-même, une section est consacrée au « caractère facultatif du vote » dans un chapitre intitulé « La liberté de l’électeur ». Pour le moment, la section est vide, mais elle montre bien que ce caractère facultatif est d’ores et déjà perçu comme un élément de la liberté.

Si une telle réforme était adoptée, ce qui est assez improbable, on ne peut qu’espérer que le vote obligatoire sera censuré par le Conseil constitutionnel. Supposons en effet qu’une telle réforme soit mise en œuvre, quels en seraient les effets les plus immédiats ? François de Rugy suppose que les Français, que l’on sait fort disciplinés, accepteront d’aller voter sous la contrainte. Mais la menace d’une amende que l’intéressé évalue lui-même à trente-cinq euros est-elle réellement dissuasive ? Dans la situation actuelle, le corps électoral se compose de quarante-quatre millions d’électeurs. Si l’on évalue à 60% le pourcentage d’abstentionnistes à des élections départementales, et que ces derniers décident d’affirmer leur volonté de s’abstenir en ne se rendant pas aux urnes, faudra-t-il dresser contravention à vingt-cinq millions de personnes ? Le recouvrement risque fort de tourner à la catastrophe. Ceci dit, la France disposera désormais d’une nouvelle force politique : le parti des abstentionnistes militants. Son existence même démontrera la crise de la représentation dont souffre notre pays. À moins, bien entendu, que les vingt-cinq millions d’abstentionnistes ne décident de voter pour Europe Écologie les Verts.

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Notre courrier à Roseline Letteron

Madame,

Tout d'abord, je tiens à vous remercier d'avoir exhumé cet extrait de la thèse de Francis Sauvage, auteur et travail de recherche que nous ne connaissions pas.

Nous aussi, à l'Association pour la reconnaissance du vote blanc, sommes opposés au vote obligatoire. En effet, ce qui fait la force d'un bulletin blanc, c'est que la personne qui l'a déposé n'était pas obligée de venir voter. Alors qu'avec le vote obligatoire, si le score du vote blanc venait à prendre de l'ampleur, on l'attribuerait à ces électeurs venus uniquement pour échapper à l'amende.

Sur ce point, je ne suis pas d'accord avec vous quand vous affirmez: "le problème ne sera pas résolu car les anciens abstentionnistes mettront sans doute dans l’urne un bulletin blanc.". Pendant longtemps, le CEVIPOF (Lancelot, Perrineau, Zulfikarpasic) a décrété que si le vote blanc était plus important dans les zones rurales, c'était qu'on y trouvait un électorat obligé d'aller voter à cause de la pression sociale dans le village alors qu'il n'était pas motivé par la politique et que, du coup, il déposait un bulletin blanc. Des analyses de la répartitions du vote blanc, l'étude de petites communes ont largement montré que cette vision dénote plus un point de vue méprisant de Parisiens qu'une réalité. L'électeur obligé de venir penchera le plus souvent pour le camp dominant.

Je vous rejoins quand vous raillez les écologistes qui croient que leurs petits scores sont dus à ce que parmi les abstentionnistes se trouveraient beaucoup de gens proches de leurs idées. Si on avait 100% d'électeurs, ils seraient dépités de voir leur résultat toujours aussi bas, et pas parce que ces électeurs 'nouveaux' auraient voté blanc.

Vous me rassurez quand vous expliquez que nos textes en France et en Europe vont dans le sens de l'électorat droit et non de l'électorat fonction. Mais dans la tête de la classe politique, des leaders d'opinion dans les médias et même dans celle des milieux universitaires autorisés (Carcassonne, Reynier...) on considère et on affirme qu'une élection cela sert uniquement à désigner un vainqueur. C'est donné comme fin de non recevoir à toute demande de prise en compte parmi les suffrages exprimés par tous les ministres de l'intérieur, quelle que soit leur étiquette. Pour nous, une élection doit certes, in fine, aboutir à l'élection de personnes, mais elle doit aussi avoir une autre fonction, symbolique, de rappeler que dans une démocratie le peuple doit primer, ne serait-ce que trois ou quatre dimanches par an. Cette vision bêtement utilitariste du vote est tout autant responsable de la forte hausse de l'abstention (à quoi bon aller voter quand mon bulletin ne changera pas le score final) qu'une soi disant irresponsabilité du peuple électeur.

Depuis longtemps, nous choyons ce passage du livre Qu'est-ce que la démocratie ? de Dominique Schnapper: "Par-delà même la consécration du lien social, le vote manifeste concrètement l'existence de l'espace politique abstrait, dans lequel, contrairement à toute expérience sociale réelle et observable, chaque citoyen est l'égal de l'autre. En traduisant en acte la vérité de la formule: 'un homme, une voix', les élections fondent à nouveau l'idée de l'égalité formelle de la citoyenneté et légitiment l'ordre politique."





La position de Bruno Cautrès, défavorable au vote obligatoire

Quelle estime les politiques ont-ils pour le peuple quand ils répondent à l’abstention par le vote obligatoire ?
 

Publié le - Mis à jour le 20 Mars 2015

Quelle estime les politiques ont-ils pour le peuple quand ils répondent à l’abstention par le vote obligatoire ?

Le vote va-t-il devenir obligatoire ? Crédit Reuters

Atlantico : Quelles sont les motivations des politiques comme EELV, voire Marine Le Pen, à vouloir rendre le vote obligatoire ? Quel rapport cela peut-il traduire entre les politiques et ceux qu'ils représentent ?

Bruno Cautrès : Les citoyens délèguent leur pouvoir souverain à ceux qui les représentent. Dans les démocraties pluralistes, cela s’opère par une élection concurrentielle dont les institutions garantissent la sincérité, la transparence et la légalité. Mais il y a toujours eu une abstention ; parfois c’est d’ailleurs le système politique lui-même qui organisait une forme de suffrage censitaire (pas de droits de vote pour les femmes pendant très longtemps par exemple). Vouloir rendre le vote obligatoire part donc a priori d’une bonne idée : si le droit de vote a été une conquête de haute lutte, pourquoi ne pas le "sacraliser" en faisant du vote devoir civique obligatoire ?

Mais cette bonne idée peut s’avérer être une "fausse bonne idée".

Dans une tribune publiée sur le site du magazine Books le 18 avril 2012, le sociologue Michel Wieviorka, évoquant son changement de position sur le vote obligatoire, se le demandait de manière très pertinente; je ne suis pas loin de partager cet avis. Il indiquait, avec raison, que le vote obligatoire ne peut rien changer s’il n’est pas accompagné de tout un ensemble de réformes de structure de notre vie politique : lutte contre la corruption, contre le cumul des mandats, etc. Car ce qui rend les citoyens défiants et distants vis-à-vis de la politique, c’est aussi le sentiment d’un gouffre qui sépare leur vie et celle des hommes et femmes politiques. Cette représentation sociale est sans doute injuste et exagérée et ne rend pas justice à l’immense majorité des élus, notamment locaux. Néanmoins, elle est fortement ancrée dans les mentalités. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans une autre interview, il est temps, peut-être même urgent, que notre pays et nos dirigeants réfléchissent aux conditions dans lesquelles un véritable "audit démocratique" pourrait être réalisé. Et cela est autrement plus complexe que le fait de rendre le vote obligatoire. Aux yeux de ceux qui s’y opposent, cette dernière proposition pourrait même paraître un peu paradoxale, une sorte d’inversion des choses : plutôt que de donner envie aux électeurs de voter, par la qualité et le suivi des propositions et le passage des paroles aux actes, on reporterait les choses sur l’électeur "sommé" (sous peine d’amendes !) d’être civique alors que dans le même temps il verrait encore parfois des politiques ne pas être toujours exemplaires…..C’est là où l’on voit que cette proposition, isolée et non accompagnée de réformes touchant au mode de fonctionnement de la vie politique, est une "fausse bonne idée".

Dans l’histoire politique française, on n’a pas manqué de propositions, notamment de loi et venant de la gauche comme de la droite, pour rendre le vote obligatoire. Les arguments sont aussi bien historiques que civiques : il s’agirait de redonner force à l’expression de la citoyenneté par le vote, de lutter contre l’abstention et contre le supposé manque d’appétit des citoyens. Les arguments rappellent fréquemment que les droits du citoyen impliquent des devoirs et comme cela est d’ailleurs écrit sur nos cartes d’électeurs que "voter est un droit mais c’est aussi un devoir civique". Il n’est pas impossible que les arguments civiques en masquent d’autres : cela permet à ceux qui proposent le vote obligatoire de montrer qu’ils sont plus que d’autres soucieux de la vitalité de notre démocratie.

Considérer qu'il faut forcer les Français à voter parce qu'ils ne semblent pas en saisir l'importance, n'est-ce pas une erreur d'interprétation des motivations de l'abstention ? De quel sentiment politique est-elle le signe ?

L’abstention est un phénomène qui a été très largement analysé par les spécialistes des études politiques et électorales. Ils distinguent habituellement deux grandes explications. L’une est sociologique et montre que l’abstention est plus fréquente dans les : les exclus, les chômeurs, les milieux sociaux économiquement fragiles sont davantage abstentionnistes. L’autre explication est politique : si les abstentionnistes seraient en général moins intéressés par la politique, une partie d’entre eux (par exemple chez les jeunes) exprimerait aussi à travers son abstention une insatisfaction vis-à-vis des politiques et un doute sur l’utilité des élections pour changer les choses. En ce sens, si le vote obligatoire permettrait de réduire le "gap" sociologique et presque "censitaire"  que les élections traduisent lorsque l’abstention est élevée, il ne modifierait par lui-même pas grand-chose de la crise de la représentation politique que nous connaissons.

Le dernier baromètre du Cevipof montrait que les Français continuaient de croire en la politique mais étaient déçus par les leurs. Finalement, qu'est-ce que cela révèle sur ce qui pousserait les Français à retrouver le chemin des urnes ?

La dernière vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF montre que les français, s’ils sont intéressés par la politique et font confiance aux institutions publiques, expriment une vraie défiance vis-à-vis des partis et des professionnels de la politique.  Mais nos attentes vis-à-vis des politiques sont aussi faites de contradictions : nous exprimons le doute, le scepticisme, voire le rejet vis-à-vis des hommes et femmes politiques et dans le même temps nous attendons beaucoup d’eux et d’elles. Dans un tel contexte, il ne faut pas oublier que les deux dernières élections présidentielles ont beaucoup mobilisé avec des taux de participations supérieurs à 80% aux deux tours. Mais en dehors de cette élection, qui est le cœur de notre système semi-présidentiel, les autres élections ont du mal, voire beaucoup de mal à mobiliser. Le chemin des urnes est pavé de bonnes intentions et l’on peut faire crédit à ceux qui veulent rendre le vote obligatoire qu’ils sont convaincus des bonnes raisons civiques de le faire. Ils sont sans doute sincères.

Mais pour que les électeurs reviennent aux urnes et retrouvent une image plus positive de la politique et des hommes politiques, il faudrait d’abord poser les bonnes questions sur le fonctionnement de la vie politique : être élu est-ce une "profession" où l’on peut faire carrière durant de nombreuses années? quelle doit être la rémunération de cette fonction ? peut-on la cumuler avec d’autres ? ne faut-il pas être plus modeste avec la "machine à promesses" ? etc…La reconnaissance du vote blanc, décompté séparément des votes nuls même s’ils ne sont pas pris en compte dans les suffrages exprimés, les réformes constitutionnelles qui ont donné plus de pouvoir de contrôle au Parlement ont été des mesures allant dans la bonne direction pour que les citoyens ressentent que le système évolue ; mais ceci est insuffisant.

Quels résultats concrets obtiennent les pays qui ont rendu le vote obligatoire ?

Même dans ces pays à vote obligatoire (par exemple la  Belgique, le Luxembourg, la Grèce, Chypre) si les taux de participation restent élevés (parfois autour 90%) on constate une érosion de la participation, certes bien moindre que dans les pays où le vote n’est pas obligatoire. Cela traduit d’une part que le vote obligatoire n’est pas la panacée ultime et d’autre part que les démocraties européennes sont à peu près touchées par un phénomène d’érosion et de transformation en profondeur du rapport des citoyens à l’espace public. Il n’y a donc pas de réponse simple ou simpliste. 
 
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Date de création : 23.03.2015 @ 00:25
Catégorie : Pour approfondir - Analyses et prises de position
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Présidentielle

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2nd tour: 1 988 549 (9,86%)
 

Rappel

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

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Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

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Contre le vote obligatoire
« Lorsque les peuples, il y a cinquante ans, élevaient des barricades et renversaient les gouvernements pour obtenir le droit de suffrage, ils auraient cru à une plaisanterie si on leur avait dit que, par un retour imprévu des choses, les souverains voudraient à leur tour mettre à l’amende ou jeter en prison tous ceux qui n’useraient pas du droit conquis ». thèse signée de Francis Sauvage, intitulée De la nature du droit de vote et soutenue en 1903
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Le livre défend la prise en compte comme suffrages exprimés des bulletins blancs. Il démontre que cette évolution est indispensable dans une démocratie qui se veut moderne.
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Comme le volume 1, ce volume défend la prise en compte comme suffrages exprimés des bulletins blancs. Notre république se dit laïque mais c’est une laïcité chrétienne. L’acte électoral est sacralisé et l’électeur profane ne peut y accéder qu’en respectant des formes précises. Le vote blanc qui est une tentative de certains électeurs de s’approprier ce moment démocratique est rejeté parce que sacrilège.
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Bulletins blancs

de Olivier Durand

206 pages
 

 Ce livre prend la suite de celui publié en 1999. Il défend la comptabilisation des bulletins blancs comme des suffrages exprimés. Il présente l'évolution politique en France et ce qui se passe à l'étranger. Présentation

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  A QUOI BON ALLER VOTER AUJOURD'HUI ?
Sous la direction de Olivier Durand     préface d'André Gerin

Questions contemporaines

ACTUALITÉ SOCIALE ET POLITIQUE

Le vote utile est devenu une panacée pour les professionnels de la politique. Il faut à tout prix dégager un vainqueur. Et tant pis si l'électeur se sent floué. On commente énormément les résultats électoraux mais on étudie rarement le rôle et les motivations de l'électeur entré dans le bureau de vote. C'est tout l'objectif de ce livre : retrouver l'esprit de l'acte électoral

Préface du livre

Couvertures


 LE VOTE BLANC
Pour un suffrage vraiment universel

Olivier Durand
Préface d'Hervé De Charette

Questions contemporaines

Premier livre sur le vote blanc, cet ouvrage se veut avant tout une synthèse engagée. Il défend sans ambiguïté l'idée qu'il faut aujourd'hui donner plus de poids aux individus à l'occasion des consultations électorales en respectant scrupuleusement leur opinion, et donc en intégrant dans la catégorie des suffrages exprimés les bulletins blancs.

ISBN : 2-7384-7628-7 • 1999 • 240 pagesPrix éditeur : 19,85 €    


  La Lucidité

 de José Saramago

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   The probability broach

de L. Neil Smith

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Science fiction américaine publiée en 1980 dans un monde parallèle où le vote blanc (none of the above) va de soi.

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