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Texte à méditer :  

VB Association pour la reconnaissance du vote blanc

« Celui qui est convoqué n'a plus à se demander : ‘’Que voulait-on de moi, en m'appelant?' mais bien : ‘’Que veux-je, maintenant que je suis présent à l'appel ?’»   Max Stirner L'Unique et sa Propriété


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Prix Crétinerie d'Or

Prix Vote Blanc de la Crétinerie d'Or.


Le prix honore chaque année des personnalités qui, par la profondeur de leur pensée, la pertinence de leurs remarques, ont réussi à démontrer que le vote blanc n'a pas lieu d'être.
 Voir plus en détails les lauréats et les candidats


EDITION 2019

Premier candidat: Laurent Joffrin. " Que veulent-ils ? Dans quel sens amender l’action gouvernementale pour les écouter ? Mystère. Un bulletin blanc est un bulletin muet. Quand on ne dit rien, peut-on obtenir quelque chose ? " Libération 10 janvier 2019
Deuxième candidat: Jean-Louis Bourlanges, député MoDem: "La popularité croissante du vote blanc est significative de la puissance grandissante de deux pulsions psychosociales à l'oeuvre dans notre pays: l'égocentrisme et le négativisme" L'Obs, 17 janvier 2019.
Troisième candidate, une candidate ! Julia de Funes (philosophe): « Descartes se trompait en disant "Cogito ergo sum " En France, c’est " Deploro ergo sum " ». FigaroLive, 12 février 2019.
Quatrième candidat. Olivier Duhamel (politologue): Les bulletins nuls sont le vote des "alcooliques graves". FigaroLive, 12 février 2019.
Cinquième candidat. Philippe Moreau-Chevrolet (communicant): " Institutionnaliser le vote blanc revient à dire que l'on va voter pour ce que l'on croit vraiment, c'est-à-dire pour rien." RTL, 3 mars 2019
Sixième candidat: Eric Ciotti, député LR. Le vote blanc, "est-ce que ça va apporter du pouvoir d'achat à ceux qui en manquent ?", RTL 10 mars 2019. Est-ce que le droit de voter accordé aux femmes a-t-il augmenté le pouvoir d'achat de qui que ce soit. Les "Gilets jaunes" n'ont pas simplement demandé plus de pouvoir d'achat mais aussi d'être entendus.


EDITION 2018

Lauréat: Richard Ferrand. "Le vote blanc pourrait être un mouvement de dévoiement de la démocratie où tous les ronchons de la terre pourraient venir tout simplement s'opposer à tout et faire vivre leur insatisfaction perpétuelle. Ne souhaitons pas cela à notre démocratie et à nos citoyens. Ne les incitons pas démissionner ou à nier au fond la capacité à choisir, faisons-en plutôt des candidats." Les électeurs  sont, pour celui qui depuis est devenu président de l'Assemblée, de mauvais citoyens, des aigris, des déserteurs, des frustrés qu'il faut éduquer.
 

Edition 2017

Lauréat collectif. C'est le slogan "Voter blanc, c'est voter Le Pen" de l'entre-deux-tours de la présidentielle.

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« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter pour Marine Le Pen » Manuel Valls BFM.TV 27 avril 2017
« C'est très grave de voter blanc. » Jean-Pierre Raffarin BFM TV
« S’abstenir ou voter blanc, c’est voter le Pen. » François Bayrou BFM TV 24 avril 2017
« L'abstention ou le vote blanc, c'est un coup de pouce à Mme (Marine) Le Pen », Alain Juppé sur son blog intitulé "Non!".
« Voter ni Macron, ni Le Pen, c’est voter Le Pen » Jean-Christophe Cambadelis 27 avril 2017

Non Messieurs, voter blanc, c'est voter en conscience, pour des convictions, ici contraires autant à celles de Marine Le Pen qu'à celles d'Emmanuel Macron. Pointer du doigt des électeurs en caricaturant leur vote c'est rendre un mauvais service et accélérer le processus que l'on dit combattre.

 

Edition 2016
(pas de prix décerné)

Edition 2015

Le vainqueur est:

LE GROUPE EELV A L'ASSEMBLEE


Même les écologistes, face à des intérêts à court terme -entrer au gouvernement - s'assoient sur leurs convictions:

AVANT: «Nous, élus écologistes, nous continuerons à œuvrer pour la reconnaissance pleine et entière du vote blanc, comme je l’ai déjà dit en commission. » Sergio Coronado (EELV), jeudi 28 novembre 2013, Assemblée nationale.

AUJOURD'HUI: « Certes, les bulletins blancs ne sont toujours pas intégrés aux suffrages exprimés, mais ils sont désormais comptabilisés et communiqués séparément des bulletins nuls lors de la proclamation des résultats.» Proposition de loi du groupe écologiste à l’Assemblée, mars 2015

La réforme électorale du 21 février 2014, jugée très insuffisante par les écologistes pendant les débats au parlement, est considérée suffisante aujourd'hui (!!!).

 

VAINQUEUR 2014

«Si le menu de la cantine ne te plaît pas, passe de l’autre côté du zinc et cuisine toi-même! Et si tu ne veux pas accepter de prendre des responsabilités, milite pour le système politique le plus exigeant du monde: l’anarchie.» Charb, Charlie Hebdo, 13 décembre 2013.


Voir les autres candidats de l'édition 2014

Lauréat de l'édition 2013:

Pour la première fois, l'Association remet un prix à un collectif. L'UDI a amplement mérité le titre 2013 suite à sa magistrale initiative parlementaire, préparée de longue date et criante de cohérence. Lire le détail de cette candidature.

Lauréat de l'édition 2012: «En tout état de cause, même s'il y avait 40 millions  de votes blancs, il faudrait bien que quelqu'un soit élu.» Guy Carcassonne, constitutionnaliste vénéré, France-Info, 8 mai 2012. 39 999 999 bulletins blancs, un vote X: c'est X qui est élu !!!

Lauréat de l'édition 2011: «Ceux qui souhaitent comptabiliser les bulletins blancs ont une idée derrière la tête : démolir la république et l'Etat, mais sans dire au profit de qui ou de quoi.... » Michel Charasse, clown politique que l'on ne présente plus, La Montagne.fr, 19 août 2011.

Le vote blanc en 2019

Européenne

26 mai: 1 076 833 (4,5%)

Rappel

Européennes 2014
792 132 blancs et nuls (4,1%)
Présidentielle 2017

1er tour: 0 944 733 (2,55%)
2nd tour: 4 085 724 (11,52%)

Présidentielle (2012)

1er tour : 0 701 190 (1,92%)

2nd tour: 2 154 956 (5,82%)

Présidentielle (2007)

1er tour: 0 534 846 (1,44%)

2è tour: 1 568 426 (4,20%)

 

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Bons conseils

SAUVÉS DE L'OUBLI !

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Le vote blanc en deuil
IL N’A PAS VOULU VOIR CA

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Le 27 février 2013, Henri Caillavet est mort, âgé de 99 ans. Le 28, les socialistes et les centristes se ridiculisaient au sénat en se glorifiant de prendre la mesure électorale la plus inepte, le vote blanc séparé des bulletins nuls mais toujours censuré et toujours invisible dans les bureaux de vote, le citoyen étant encore, pour ces élus, un être mineur, inapte à l’indépendance.

Le sénateur radical socialiste Caillavet, lui, en 1980, avait déposé la proposition de loi la plus complète sur le vote blanc.
Lire les propositions de loi

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Episode 5 de la collection sonore « Expression, vote blanc ».

A L’ORIGINE DE L’ANNULATION DU VOTE BLANC

Le 26 juin 2018 : Christophe Voilliot, maître de conférences en science politique à l’université Paris-Nanterre.

Olivier Durand. « Expression, vote blanc », c’est la nouvelle collection sonore de l’Association pour la reconnaissance du vote blanc, en partenariat avec Synopia. Il s’agit de réfléchir sur l’avenir que l’on pourrait donner à l’acte électoral, à notre démocratie représentative. Pour cela, nous rencontrons des parlementaires, des acteurs de la société civile ou des chercheurs. C’est ainsi que nous recevons aujourd’hui Christophe Voilliot qui enseigne la science politique à l’université Paris-Nanterre. Il a publié un livre sur le département de l’Yonne à une année clef, celle de 1848 qui voit l’instauration en France du suffrage universel masculin. A travers ce travail on peut voir comment on votait à ce moment-là, quelle était la façon de voir une élection et on peut ainsi faire des ponts avec notre façon de voter aujourd’hui.

Tout d’abord cette année 1848. Elle peut nous paraître assez exotique parce qu’on a une façon de voter que l’on n’imagine plus aujourd’hui. J’aimerais que vous nous rappeliez comment ces électeurs de l’Yonne, qui sont appelés deux fois à voter en cette année 1848, pour élire tout d’abord les membres de l’assemblée constituante mise en place puis le premier président de la république. Des gens qui n’avaient jusque-là jamais voté sont invités deux fois de suite dans des bureaux de vote. Aujourd’hui, on pourrait se dire quel bonheur ils ont puisqu’ils peuvent écrire des noms, en ajouter, en enlever, ils peuvent faire des listes. Ils fabriquent leur bulletin, c’est vraiment un bulletin personnel. Est-ce une façon de voir trop idéalisée ?

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Christophe Voilliot. Votre question est double en fait. Ce qui caractérise les élections de 1848, outre ce que vous avez rappelé, c’est-à-dire l’introduction du suffrage universel masculin, c’est que, en partie à cause de l’augmentation du nombre d’électeurs, on va voter dans un bureau. On va aussi voter d’une manière très libre. C’est une élection qui est peu encadrée. Il n’y a pas de formalités préalables à la candidature ; tout électeur peut être candidat. Il est possible d’utiliser des bulletins imprimés au préalable mais tout un chacun peut rédiger sur un morceau de papier. Même s’il existe des listes électorales qui recensent les électeurs inscrits, les bureaux ont accueilli assez largement l’ensemble des hommes adultes qui se sont présentés devant eux pour voter. Cette très grande liberté est liée à des conditions d’organisation très particulières : les élections pour l’assemblée constituante ont eu lieu les 23 et 24 avril alors que le décret ne datait que du 5 mars. En un mois et demi, on a organisé sur l’ensemble de la France des élections avec des modalités tout à fait différentes, alors que la France avait connu un épisode révolutionnaire, ce qui est quand même une performance. J’ajouterai un aspect très important : avant 1848, on votait dans le cadre d’assemblées. Je pense que cela a à voir avec la question du vote blanc sur laquelle nous reviendrons plus tard parce que le vote dans un bureau et le vote en assemblée sont, d’un point de vue pratique, très différents. Lorsque vous allez, comme nous le faisons aujourd’hui, dans un bureau de vote, vous avez un comportement qui reste malgré tout relativement prescrit. Vous y passez un temps limité et le but n’est pas de s’attarder dans ce bureau de vote. Alors que le vote en assemblée réunit des personnes qui vont échanger, discuter, parfois pendant de longues heures et même, notamment à l’époque de la Révolution française, pendant des jours entiers. On est passé d’élections qui se déroulaient dans un lieu clos, sur une durée assez longue, à des élections qui, pour chacun des électeurs pris séparément, sont un acte assez bref, qui n’a pas vocation à durer.

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OD. Est-ce que dans l’Yonne on retrouve cette image habituelle que l’on a pour les élections de 1848, celle de groupes de villageois emmenés par le notable local qui, tous ensemble, vont à l’endroit où se déroule l’élection ? Il y a la joie mais cela reste encore une action collective et non le geste individuel qui est le nôtre aujourd’hui.

CV. C’est également un aspect important. Bien d’autres chercheurs avant moi ont insisté sur cette dimension collective en reprenant le texte célèbre des Souvenirs de Tocqueville qui évoquait effectivement les habitants de son petit village de la Manche allant voter au chef-lieu de canton. Je n’ai pas retrouvé de description équivalente pour les élections dans le département de l’Yonne mais il y a tout lieu de penser que les choses se sont passées ainsi dans la mesure où les électeurs des communes les plus éloignées du chef-lieu de canton, qui devaient donc faire une marche à pied parfois de plusieurs kilomètres, étaient convoqués à des heures différentes. Il y avait en quelque sorte une organisation qui n’a pas toujours été bien respectée mais ces scènes telles qu’elles ont été décrites par Tocqueville ont sans doute eu lieu dans les cantons ruraux. Dans le chef-lieu Auxerre, qui était, même pour l’époque, une petite ville, il est possible que les électeurs aient eu un comportement électoral plus individualisé.

De manière générale, en ce qui concerne le comportement des électeurs – je ne parle pas des choix électoraux – l’Yonne ne se distingue pas de la majorité des autres départements. Il n’y a pas eu d’incidents voire d’incidents très graves comme on a pu le constater dans certains départements, en particulier en Seine inférieure.

OD. Je reviens sur le fait que l’électeur peut inscrire lui-même le nom des candidats et qu’ainsi peuvent apparaître le nom de gens très proches qui ne seront cités que de très rares fois et qui, du coup, ne se retrouvent même pas cités dans les registres finaux parce que c’est trop marginal ; les gens peuvent même voter pour eux-mêmes. Est-ce que cela traduit une forme d’incompétence ou bien est-ce plus fort que cela : serait-ce l’appropriation de ce pouvoir nouveau donné ?

 

CV. Le phénomène que vous décrivez, on le retrouve déjà lors des assemblées électorales de la Révolution française où les suffrages, en l’absence de candidature préalable se dispersent de manière parfois assez extraordinaire. Il y a parfois un tiers des électeurs qui ont pu recevoir des suffrages lors d’un tour de scrutin au moment des assemblées primaires à l’époque révolutionnaire. Là, on observe un grand nombre de candidatures et de suffrages qui se portent sur des noms qui n’avaient pas jugé bon de se porter candidat. C’est l’interprétation qu’ont faite les contemporains de la liberté électorale. Pour eux, c’est avant tout la liberté d’être candidat et de voter pour le candidat de leur choix. Comme il s’agit de quelque chose de nouveau dans un contexte d’effervescence, dans un contexte révolutionnaire, ils ont usé de cette liberté en étant nombreux à se porter candidats d’une manière ou d’une autre et, dans ce scrutin de liste de 1848, et en associant des noms qui parfois n’avaient pas grand-chose à voir entre eux ; mais il s’agissait de personnes qu’ils estimaient ou qu’ils jugeaient dignes de confiance. On voit même parfois apparaître des noms quelque peu surprenants sur des bulletins qu’on a retrouvés, ce qui explique d’ailleurs que des documents officiels aient quelque peu filtré les résultats de ce vote. S’agit-il d’une incompétence ? Pour moi, non. Le taux de participation est assez élevé – le mode de calcul est rendu complexe mais on pense, généralement, qu’il était en moyenne de 83% - et on a beaucoup de bulletins qui sont écrits à la main, ce qui révèle un certain niveau de compétence et on voit très distinctement apparaître des préférences politiques à travers l’agrégation des différents suffrages. S’il n’y a pas à proprement parlé d’incompétence, il a pu y avoir des difficultés pratiques dans les bureaux de vote et dont on n’a pas véritablement trace. Mais comme vous l’avez précédemment mentionné, il s’agissait d’un acte collectif et ceux qui avaient des difficultés à voter se sont sans doute vus aidés par les autres. Cela n’exclut pas des logiques d’influence. Mais dans le contexte de l’époque, je pense qu’elles ont été limitées. Je parle là strictement des élections de 1848. Il faudrait peut-être nuancer pour les élections postérieures et même celle du 10 décembre, pour l’élection du président.

OD. Vous anticipez ma question. Combien de temps a duré cette liberté ? Serait-ce dès 1852 et le début de l’installation du Second Empire où les élections deviennent très encadrées et formalistes ou est-ce que cela a continué un peu plus longtemps ?

CV. Globalement, les repères chronologiques que vous proposez sont les bons. Ensuite, il faut un peu nuancer suivant les lieux. D’une manière générale, dès les élections complémentaires de juin 1848, on voit un certain nombre de circulaires qui viennent préciser l’organisation des élections : par exemple les listes électorales – qui étaient encore très imprécises en avril – deviennent plus fiables dès ces consultations de juin et du coup on peut mieux évaluer la participation électorale. Cette liberté, il en est fait un grand usage au mois d’avril. Par la suite, les électeurs vont se détourner des bureaux de vote. Beaucoup d’élections sont organisées pendant l’été 1848. Il y a les élections complémentaires pour l’assemblée constituante mais aussi toutes les élections locales. Les scrutins se succèdent à une date rapprochée, et on voit la participation très vite décliner. Elle va juste remonter ponctuellement pour l’élection présidentielle du 10 décembre, du fait du travail de propagande et de mobilisation des électeurs des différents partis qui commencent à se structurer. On observe également une diminution rapide du nombre de candidatures. Un an après, en mai 1849, pour les premières élections législatives organisées après l’adoption de la nouvelle constitution, on est dans une situation qui s’apparente à celle que l’on connaît aujourd’hui, c’est-à-dire qu’il y a pour chaque siège à pourvoir – toujours dans le cadre d’un scrutin de liste – trois, quatre ou cinq listes au maximum ; plus dans des départements très peuplés comme la Seine ou le Rhône. Mais dans les départements ruraux, on a déjà une limitation très forte de l’offre électorale parce qu’elle est désormais structurée par des entreprises partisanes - ou partis politiques si vous préférez. On est passé en un an d’une situation où cette liberté de candidature est très largement utilisée à une situation où l’activité politique et l’activité électorale sont organisées, voire monopolisées par un nombre plus limité d’acteurs.

OD. On reviendra sur le département de l’Yonne et un personnage important de cette époque. Faisons un premier bond de l’année 1848 à la fin du XXè siècle. On a donc l’impression pour 1848 d’une grande liberté accordée aux électeurs, d’une joie de leur part de pouvoir bénéficier de cet acte électoral et pourtant un siècle plus tard on va avoir une critique venant de la part de la gauche radicale. Celle-ci va toujours se méfier de l’acte électoral. On retrouve ceci à travers des écrits de Pierre Bourdieu. En 2001, sa revue avait consacré un numéro au thème du vote et Pierre Bourdieu en avait écrit l’introduction. On y retrouvait tout ce qui est le discours de la gauche révolutionnaire au XXè siècle : « En faisant exister, un jour déterminé, la succession des individus "qui vont les uns derrière les autres défiler devant l’urne", et en suspendant "pour un moment", le temps d’un choix, tous les liens sociaux, entre le mari et la femme, le père et le fils, le patron et l’employé, le paroissien et le curé, le maître et l’élève, et, du même coup, les dépendances et les promesses (comment vérifier, même au sein d’un groupe d’interconnaissance ou d’un corps, si tel ou tel a tenu ses engagements ?), il réduit les groupes à une série détotalisée d’individus dont l’opinion ne sera plus qu’une agrégation statistique d’opinions individuelles individuellement exprimées. » On retrouve ici l’idée de « Election, piège à con », selon laquelle celui qui est en bas de l’échelle se fait avoir en participant à une élection. Comment voyez-vous ce passage de la période de 1848 où l’on semble donner un droit nouveau en ouvrant les portes du pouvoir à la population même la plus simple puis ce revirement d’interprétation traduit par exemple par Pierre Bourdieu.

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CV. Le parallèle est saisissant. Il existe un autre texte de Pierre Bourdieu qui est contemporain de l’article de Jean-Paul Sartre dans Les Temps modernes, c’est une conférence qu’il avait donnée en septembre 1973. Ce qu’ils expriment, au fond, c’est le rapport de délégation que l’on retrouve dans ces opérations électorales, où un grand nombre d’électeurs va avoir à choisir entre nombre assez limité de candidats et ces candidats sont de plus en plus choisis, sélectionnés, par des partis politiques. On a d’un côté des électeurs qui vont voter à dates régulières, en fonction des calendriers électoraux et de la durée des mandats, et de l’autre une activité politique continue et très largement monopolisée par les partis politiques. A tel point que notre actuelle constitution fait référence dans un de ses articles à leur rôle. Ce rôle des partis s’est construit dans la durée. Ils apparaissent en France assez tardivement avec la loi de 1901 sur les associations. Le plus ancien, le Parti radical et radical socialiste date de 1901 alors même que les élections ont été organisées en France depuis 1789. Progressivement, les opérations électorales sont devenues un monopole collectif avec, au sein de ce monopole, une concurrence féroce entre les partis politiques. La liberté qui est laissée dans ce cadre est uniquement de choisir entre les candidats présentés par les partis politiques. Il y a toujours ce que l’on appelle les « petits candidats » – l’expression est d’ailleurs en elle-même intéressante – et ces « petits candidats » ont généralement très peu de chances et comme leurs chances sont aujourd’hui évaluées à partir de dispositifs du type sondages d’opinion, eh bien ces dispositifs qui anticipent le vote des électeurs vont renforcer ce monopole collectif des partis sur les opérations électorales.

OD. On pourrait dire que cette gauche s’est retirée de la réflexion pour améliorer l’élection parce  que pour elle c’est un élément suspect de la démocratie et elle n’a donc jamais agi pour essayer de la transformer. On peut donner une autre phrase de l’introduction de Pierre Bourdieu : « les dominés n’ont quelque chance de s’arracher à l’alternative de la démission (à travers l’abstention) ou de la soumission qu’à condition d’échapper à la logique, pour eux profondément aliénante, du choix individuel. » Soit je choisis un candidat et je me soumets à ce parti et à tout ce qu’il y a derrière lui, soit je fuis en m’abstenant de voter. Je ne sais pas ce que Pierre Bourdieu aurait pensé de la question du vote blanc mais on peut imaginer qu’il aurait considéré cela comme un détail insignifiant et qui ne mérite pas d’être creusé puisque le mieux est de se détourner de l’élection pour privilégier l’insurrection. La réflexion est abandonnée, ce qui fait que l’élection est devenue un acte très formel. On est très encadré au moment où l’on vote.

Je reviens en arrière pour retrouver un personnage qui opère dans l’Yonne en 1848. Nous l’avons découvert grâce à vous et nous vous remercions vivement de cela. Pouvez-vous nous situer dans le panorama politique du XIXè siècle ce Louis-Marie de Cormenin ? Pourrait-on dire qu’il est républicain parce qu’il s’est opposé à Louis-Bonaparte sur certains points au départ et du coup il a pu être écarté de certaines fonctions ? Mais il avait été anobli au moment de la Restauration – d’abord sous Louis XVIII puis sous Charles X – et c’était quelqu’un de bien installé.

CV. C’est une question redoutable. Il est assez inclassable. C’est un esprit libre. C’est un homme du XVIIIè siècle égaré dans le XIXè siècle. Un homme qui obéit à sa seule raison et qui évolue dans un siècle où l’on doit prendre parti. Il le fera mais il le fera d’une manière souvent paradoxale, agissant vis-à-vis de ses interlocuteurs par des sortes de contrepieds. C’est très difficile de le situer. Quand il a été à plusieurs reprises élu député de l’Yonne sous la monarchie de Juillet, il réunissait sous son nom des suffrages opposés. Imaginez quelqu’un aujourd’hui qui se ferait élire par les voix de l’extrême droite et de la France Insoumise. Cela nous apparaîtrait comme bizarre, voire comme dangereux. Lui le faisait. Il était à la fois apprécié et respecté des républicains qui constituaient à l’époque l’extrême gauche puis, de par ses origines, de par son appartenance à la noblesse, par le fait qu’il était un catholique avec une foi qu’il ne dissimulait pas, à une époque où c’était un peu compliqué d’apparaître comme tel publiquement dans les années qui ont suivi la Révolution.

Pour comprendre son action, il faut partir non pas de ses idées politiques mais de l’importance qu’il va accorder au droit, à la constitution d’un droit nouveau adapté à la mise en place d’institutions nouvelles issues de la Révolution française. C’est ce rôle de jurisconsulte qui le caractérise le mieux. Aujourd’hui, on parlerait d’expert, c’est-à-dire quelqu’un dont la compétence juridique très large lui permettait sur toute une série de questions, en particulier les questions électorales. Ce qui explique pourquoi quand il a été membre du gouvernement provisoire en février 1848, c’est vers lui que l’on s’est tourné pour rédiger le fameux décret du 5 mars dans lequel on trouve ce que nous appelons l’expression du suffrage universel. Il a pris pratiquement seul cette décision et il en profitera d’ailleurs parce qu’il sera bien élu, à la fois dans le département de l’Yonne et dans le département de la Seine. C’est d’abord un juriste exceptionnel dont le degré de compétence en fait un esprit rare à cette époque.

OD. Certes il n’est pas le politicien engagé tel qu’il se développait au début du XIXè siècle mais quand on lit sa façon de voir une élection, on a l’impression d’entendre le ministère de l’intérieur de la Vè République. On semble comprendre à travers les extraits que vous donnez de ses positions que, pour lui, une élection ça sert à désigner un vainqueur. 

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CV. Vous faites référence à une citation qui concerne le vote blanc et le vote nul. Pour bien comprendre ce propos, il faut bien tenir compte de deux choses. Premièrement, d’un point de vue doctrinal, Cormenin est un libéral. C’est-à-dire qu’il est très attaché à la liberté de candidature et à la liberté de vote. C’est quelque chose qui va déterminer l’ensemble de son raisonnement sur les élections. Deuxièmement, lorsqu’il écrit cela, il le fait par référence à la manière dont se déroulaient les élections pour désigner les députés sous la monarchie de Juillet ; un suffrage censitaire avec un nombre d’électeurs limité, le nombre d’éligibles encore plus. Dans la plupart des départements, les collèges électoraux qui se réunissent comportent entre cent, cent-cinquante, deux-cents électeurs. Lui-même va être élu à plusieurs reprises dans différents départements dans ce cadre. Il n’y a pas de division entre d’un côté les candidats et de l’autre les électeurs. Tous ceux qui acceptent de se rendre à la convocation et de participer à la réunion physique de ces électeurs dans le cadre de ces collèges ont leur mot à dire.

A partir du moment où vous pouvez vous porter candidat, parce que vous êtes éligible, à tout moment, y compris quand un premier ou un deuxième tour a déjà eu lieu, ou que vous pouvez vous rallier ou susciter une autre candidature, l’idée d’un vote blanc ou d’un vote nul n’a pas véritablement de sens parce que le refus de vote s’exprime à travers le refus de participer aux opérations électorales. A partir du moment où l’on accepte de se réunir, de passer du temps – cela peut parfois durer plusieurs jours parce qu’il y a des réunions préparatoires la veille ou l’avant-veille – pour Cormenin, on doit jouer le jeu jusqu’au bout, c’est-à-dire s’exprimer sur un nom. Si dans ce cadre le vote blanc ou le vote nul n’a pas de sens, il en va tout autrement dans les élections d’aujourd’hui.

OD. Il me semble pourtant que pendant cette période de la Restauration il y avait eu des moments où le vote blanc était pris en compte. Ce que vous dites fait penser à l’élection des sénateurs actuellement, élus par de grands électeurs et l’on note à chaque sénatoriale des bulletins blancs, même s’il n’est pas plus pris en compte que dans les autres élections. Ce sont pourtant des personnes qui ont des responsabilités, qui savent qu’elles ont ce droit de participer au vote alors que beaucoup d’autres de leurs concitoyens ne l’ont pas, qui se déplacent et qui donc prennent cette opération au sérieux. Même dans ces cénacles où on va passer du temps il peut y avoir la nécessité de voter blanc. Et c’est pourquoi au moment de la Restauration le vote blanc n’a pas toujours été rejeté.

CV. Nous avons raison tous les deux. Votre comparaison avec les grands électeurs sénatoriaux est juste, avec cette limite que ces électeurs, représentants des conseils municipaux, il leur est assez difficile de ne pas se rendre sur le lieu du vote. Ca pourrait être mal interprété. Ils n’ont pas la même liberté que les électeurs de la monarchie de Juillet. Je ne dis pas que le vote blanc n’a pas existé à cette époque, ni le vote nul, seulement cela avait un sens différent.

Mais ce qu’exprime Cormenin, c’est un point de vue personnel. Son livre est un traité. Pour ceux qui sont familiers de ce type de littérature ou qui ont une formation juridique, c’est une écriture tout en retenue, précise, ou est absente toute expression de sentiments personnels. Chez Cormenon, par moments, on a des passages où il s’exprime en son nom propre, expose ses convictions personnelles; dans d’autres, il développe un raisonnement juridique extrêmement précis, qui fait l’admiration des juristes du XXIe siècle. Pour le vote blanc, c’est une conviction personnelle. J’ai essayé de vous l’expliciter mais pour autant on peut ne pas être d’accord avec lui, y compris pour cette période-là.

La question qu’il faut se poser est pourquoi Cormenin a été entendu et pourquoi, après lui, on a continué à traditionnellement assimiler les votes blancs aux votes nuls en leur déniant du coup toute légitimité politique et toute intentionnalité politique. Tout simplement parce que Cormenin a joué un rôle très important dans la jurisprudence électorale dont nous sommes encore les héritiers aujourd’hui. J’attire votre attention sur un fait très particulier qui concerne le droit électoral français. Tant au niveau du droit positif que de la jurisprudence, le Code électoral que l’on peut se procurer aujourd’hui demeure très largement structuré par des expériences et par des régimes très éloignés les uns des autres. Le décret de 1852 a été pris par un régime autoritaire qui souhaitait que les élections se déroulent dans l’ordre et valident les résultats d’un coup d’Etat. La jurisprudence qui s’est développée autour des élections, notamment celle concernant l’annulation des élections découle d’élections qui s’effectuaient dans un cadre censitaire et dans le cadre de votes d’assemblées et qui donc n’ont pas grand-chose à voir – sauf exception de l’élection sénatoriale – avec les élections que nous connaissons. C’est un paradoxe de notre droit électoral : il s’est structuré dans un cadre qui n’est pas démocratique ou qui en tout cas ne correspond pas à nos critères contemporains en matière de démocratie. Cormenin a joué un rôle important parce qu’il a écrit à une époque où cette jurisprudence s’est constituée. Tous ceux qui par la suite ont contribué à enrichir cette jurisprudence ont – sans pour autant partager les idées politiques de Cormenin – repris cette idée que le vote blanc et le vote nul devaient être considérés comme quelque chose de relativement accessoire et en tout cas qui ne devait pas perturber la production du résultat et donc entacher la régularité des élections et la légitimité des élus.

OD. Ces points sont très importants puisque, à l’Association pour la reconnaissance du vote blanc, nous avons eu une querelle avec le ministère de l’intérieur parce que, dans les années 1990, celui-ci affirmait que l’annulation du vote blanc est une tradition républicaine. On lui répondait qu’il se trompait parce qu’en 1848 rien ne mentionne la suppression du vote blanc dans les décrets électoraux, qu’il faut attendre pour cela l’article 57 de la loi électorale du 15 mars 1849 - mais cette année ce n’est plus la période sociale de la deuxième république avec la reprise en main par le général Cavaignac - et cet article 57 est confirmé en février 1852 à l’époque où le président à vie Louis-Napoléon Bonaparte prépare son coup d’Etat impérial et légifère pour museler les électeurs de l’opposition en vue du plébiscite à venir. Tout ceci nous fait dire que ce n’est pas une tradition républicaine. Louis-Marie de Cormenin sauvera-t-il le ministère de l’intérieur s’il a inspiré la loi électorale de 1852 alors qu’il était un républicain dans l’âme ?

CV. Il va se rallier au Second Empire assez vite, sans doute parce qu’il voyait en Louis-Napoléon Bonaparte, comme beaucoup de Français de l’époque, non pas un aventurier à l’instar de Victor Hugo, mais comme le neveu de son oncle. Or, il éprouvait une admiration sans bornes pour Napoléon Ier, non pas pour le général, pour l’homme d’Austerlitz, mais pour celui qui avait reconstruit les institutions, qui avait rédigé des codes, reconstruit toute une tectonique juridique à laquelle, comme auditeur au Conseil d’Etat, il avait très modestement contribué. Il se rallie au Second Empire et en même temps, la législation qui est mise en place avec le décret de février 1852, qui reprend pour une part des dispositions de la loi de 1849, est le prolongement de dispositions jurisprudentielles qui ne relèvent pas d’une tradition républicaine mais d’une monarchie constitutionnelle. La réponse du ministère n’est pas juste du point de vue de ce qualificatif et je ne vois rien dans la doctrine républicaine qui justifierait que l’on continue incessamment à annuler le vote blanc. Surtout si l’on considère que cette mesure s’est réalisée à une époque où les élections se faisaient dans un cadre censitaire et fort peu démocratique.   

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Bourdieu en 1969

OD. Refaisons un pont entre Louis-Marie de Cormenin et Pierre Bourdieu. Je disais que lorsqu’on lit Pierre Bourdieu on a l’impression que la gauche radicale a délaissé la réflexion sur les élections parce que pour elle c’est perdu d’avance, les dominants profitant de l’acte électoral pour asseoir leur pouvoir. Et en effet, les dominants ont eu tout ce qu’ils voulaient grâce à ces jurisprudences de la Restauration et grâce aux décrets instaurés en 1848 et depuis on vit sur cela. Les bourgeois qui visent à reproduire leurs acquis de génération en génération n’ont pas du tout envie de le changer et de porter des idées nouvelles. Ceci explique pourquoi l’acte électoral n’a pas évolué depuis une centaine d’années. Nous répétons, à l’Association pour la reconnaissance du vote blanc, que la dernière mesure améliorant l’acte de vote est celle de 1913, instaurant l’isoloir et l’enveloppe. Depuis, on a élargi le vote en l’accordant à de nouvelles populations mais on n’a pas donné plus de pouvoir à l’électeur. On a même tendance à le réduire puisqu’aux élections municipales de 2014 les communes de 1 500 à 3 500 habitants n’ont plus eu l’occasion de confectionner leur bulletin. On assiste à une fossilisation de notre vie électorale par le fait que les bourgeois en place sont contents alors que ceux qui seraient à même de le contester s’en détournent. Jean-Luc Mélenchon ne jure que par le vote obligatoire et en lui-même, il préfèrerait une révolution qu’une victoire par les urnes.

CV. Je note plusieurs points importants dans votre question. La critique assez radicale qu’a pu faire Bourdieu en 1973, comme celle de Sartre, doit être recontextualisée. C’est la victoire électorale écrasante des Gaullistes en 1968 qui est toujours mal digérée par la gauche radicale de l’époque. Je tiens à revenir sur ce que vous dites au sujet des élections municipales dans les petites communes. Lors des dernières élections municipales de 2014, on a constaté dans certaines petites communes rurales une véritable crise des vocations. Il y a des communes où il n’y avait pas de candidats et les préfets ainsi que les sous-préfets ont été obligés de solliciter, parfois au-delà du raisonnable, des habitants de ces communes pour qu’ils se portent candidats, de peur de se retrouver devant un vide institutionnel. Compte tenu de ce qui se passe à travers les regroupements de communes, les fusions ou les intercommunalités, on peut tout à fait estimer que cette crise des vocations ira en s’amplifiant. Les restrictions qui sont mises à ce jeu politique local, qui permettait à tout un chacun, quel que soit son statut social, d’être candidat ou de se laisser porter candidat par les habitants de la commune, font que le processus se trouve perturbé par des règles qui au fond sont peu adaptées au contexte. De manière générale, on a des règles de plus en plus contraignantes et difficiles à comprendre pour les électeurs.

Vous avez fait référence à la loi de 1913 en disant que rien de très important ne s’était produit depuis. Je procède de la même manière que vous auprès de mes étudiants de licence en science politique, un peu pour les provoquer. Je leur dis que je vais passer beaucoup de temps à étudier les pratiques électorales jusqu’en 1914 parce que depuis il n’y a pas eu beaucoup d’innovations. La seule réforme importante est 1944 et le droit de vote des femmes. C’est un changement important au point de vue politique, mais du point de vue de la pratique électorale, le femmes votent comme les hommes. Il n’y a pas eu de manière féminine de voter. On a une réflexion qui se porte sur le découpage des circonscriptions, sur des modes de scrutin – proportionnelle, scrutin majoritaire à deux tours, avec des circonscriptions régionales ou nationales – mais on s’interdit à réfléchir à ce qui pourrait soit accroître la participation des électeurs, soit faire en sorte que l’offre électorale soit plus diversifiée. Tout juste relève-t-on de temps en temps des propositions relatives au vote obligatoire mais cela ne va jamais très loin parce que l’adjectif obligatoire a toujours mauvaise presse. Il y a en effet un déficit à gauche comme à droite ou au centre sur ces questions.

Mais, si j’ai une nuance à apporter, c’est d’observer que de plus en plus, davantage à gauche qu’à droite, on a tendance à défendre la question du tirage au sort, qui viendrait se substituer aux élections. La critique de l’élection, aujourd’hui, est parfois assortie de propositions qui tournent autour de cette question. C’est un point assez délicat à résoudre, notamment pour la désignation du président parce qu’on réintroduit la question de la compétence.

OD. Pour terminer, je vais vous soumettre une constatation que j’ai faite, pour voir si vous avez des éléments qui expliqueraient l’échec relevé. Dans les années 1980, l’historien Pierre Nora a dirigé une série de travaux intitulée Les lieux de mémoire où il recense des sites ou des objets matériels ou abstraits retenus par la mémoire collective. Or, dans les trois volumes, aucun « lieu » ne correspond à l’acte électoral. On aurait pu imaginer que l’école primaire où l’on retourne voter une fois adulte, l’isoloir, la formule « a voté »… y aurait figuré mais rien. Cela ne me surprend pas vraiment parce que les gens sont depuis assez longtemps plutôt étrangers à l’acte électoral, ce qui se traduit ces trente dernières années par un taux d’abstention qui augmente de plus en plus. Il n’a pas su s’inscrire dans l’émotion des gens. Pourquoi selon vous ? 

CV. Votre question est difficile. J’ai, avec mes collègues de science politique de Nanterre qui s’intéressent à ces questions électorales, des débats autour de la notion de rite pour savoir si l’élection peut être considérée comme un rite. Dans tous les cas, si on parle de rite je pense que c’est un rite pauvre, difficile à valoriser. Nos bureaux de vote, le plus souvent des écoles, sont des lieux où la symbolique est certes présente mais assez limitée. Il n’y a donc pas de mémoire liée aux élections. Il n’y a pas non plus eu en France de luttes politiques acharnées pour obtenir la liberté de vote ou de suffrage universel, contrairement à ce qui a pu se passer dans d’autres pays. La revendication du suffrage universel n’était absolument pas centrale dans les banquets qui ont précédé la révolution de 1848. Ainsi, on a un sentiment de manque et ce n’est pas l’éducation civique comme on nous la propose aujourd’hui qui va la combler.

Est-ce que des modifications institutionnelles pourraient redonner de la vitalité à l’élection comme moment démocratique… ? Pourquoi pas ? Je partage votre sentiment d’une certaine urgence parce qu’il y a effectivement un affaiblissement de la participation aux élections, des inscriptions même sur les listes électorales. J’ai eu l’occasion de faire réaliser quelques travaux par des étudiants de master sur des communes périphériques. On a comparé la population en âge de voter avec les gens inscrits sur les listes électorales. A la suite d’élections, en regardant les résultats, on constate que certains maires de communes périphériques, de grandes villes, sont élus par 5 à 10% de la population en âge de voter. On comprend mieux pourquoi, à la moindre crise, leur légitimité à agir est contestée et remise en cause, y compris parfois de manière violente. Face à ce problème, votre action est intéressante. La réflexion collective à ce sujet me semble être une question à ne pas négliger dans les années à venir, surtout si on met ceci en parallèle avec un phénomène plus large que l’on observe en Europe, mais pas en France parce que d’une certaine manière les institutions de la Vè République nous protègent mais nous empêchent de voir ce qui se passe dans les pays voisins, c’est-à-dire les difficultés aujourd’hui à aboutir à travers l’élection des représentants à des gouvernements suffisamment stables. A l’exception de la Suisse, tous les pays qui nous entourent sont en proie à des problèmes d’instabilité gouvernementale, à commencer par le pays qui pendant longtemps était le modèle absolu en termes de régime parlementaire, la Grande-Bretagne.

OD. Merci Christophe Voilliot pour toutes ces informations et pour nous avoir permis de revenir sur cette image d’Epinal de l’évolution du suffrage universel en France, qui n’est pas aussi resplendissant que cela.

     


Date de création : 03.07.2018 @ 01:16
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Présidentielle (2007)

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Le vote utile est devenu une panacée pour les professionnels de la politique. Il faut à tout prix dégager un vainqueur. Et tant pis si l'électeur se sent floué. On commente énormément les résultats électoraux mais on étudie rarement le rôle et les motivations de l'électeur entré dans le bureau de vote. C'est tout l'objectif de ce livre : retrouver l'esprit de l'acte électoral

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Notre analyse du système démocratique présenté dans le roman:


Long résumé du roman: