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Y a-t-il de bons et de mauvais électeurs ? Quand on défend le vote blanc on récuse ce genre de question. Celui qui vote blanc est aussi digne que celui qui choisit un candidat. Il faut plutôt parler d’électeurs qui se trouvent dans un contexte social et politique plus ou moins favorable. Coupure est/ouest Le référendum de 2005 a fait ressortir un phénomène devenu un classique pour le vote blanc. La France peut être coupée en deux : l’ouest où se situe plus de la moitié des départements ayant majoritairement voté ‘oui’ et l’Est où l’on trouve presque tous les départements ayant eu un fort pourcentage de ‘non’. On constate très régulièrement ce découpage pour le vote blanc. Quand on regarde la répartition des bulletins blancs à travers toutes les consultations électorales depuis la présidentielle de 1988, on note que l’ouest du pays – de la Normandie au sud-ouest en passant par le Massif Central – réserve un accueil chaleureux à ce type d’expression. C’est la France des faibles densités. En revanche dans le nord, l’est et tout le long du littoral méditerranéen – la moitié plus urbanisée, plus industrialisée, où l’immigration est mal vécue – le vote blanc a moins de succès. Le premier tour de l’élection présidentielle de 2002 donnait la même physionomie quand on observe le vote ‘Le Pen’. Voici quelle lecture se dégage de l’ensemble des résultats du 21 avril : ENTRE VOTE ‘LE PEN’ ET ABSTENTION Les départements de la crise aboutie. Les Alpes-maritimes surtout mais aussi le Rhône ont voté massivement pour le candidat ‘Le Pen’ et ont très peu recouru au vote blanc. Le premier département cité a enregistré une très faible abstention tandis que pour le second elle a été moyennement élevée. Les départements de la crise complète. Les départements de la Seine-Saint-Denis, de la Seine-et-Marne, du Val d’Oise et de l’Essonne en région parisienne, de lq Corse du sud, du Var et des Bouches-du-Rhône en Méditerranée cumulent vote élevé en faveur du candidat ‘Le Pen’, forte abstention et très faible pourcentage de vote blanc. Les départements de l’indifférence. Paris, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne n’ont pas voté massivement pour le candidat ‘Le Pen’ mais se font remarquer par un fort taux d’abstention et par un vote blanc très bas. La Haute-Corse et les Yvelines se distinguent des précédents par un vote Le Pen non pas très élevé mais dans la moyenne nationale. Qui pourra parler pour l’ensemble de ces départements où le vote blanc est marginal de régions où souffle l’esprit du civisme et de l’esprit républicain ? Exception : le Finistère est le seul département où le pourcentage de bulletins blancs est régulièrement bas sans que cela corresponde à un niveau de votes ‘Le Pen’ élevé ou à une abstention très forte (elle a été moyennement élevée le 21 avril). LE MECONTENTEMENT PAR LE VOTE BLANC Si l’on regarde, à l’opposé, les départements dans lesquels le vote blanc a été qu-dessus de la moyenne nationale (15 départements à plus de 4%) on s’aperçoit que le candidat ‘Le Pen’ n’a pas pu y faire ses choux gras. En effet, seules les Vosges entrent dans la catégorie des départements en crise (abstention et vote ‘Le Pen’ élevés) malgré un recours au vote blanc important, suivies de la Sarthe où le vote ‘Le Pen’ est resté dans la moyenne nationale. Dans le Tarn et la Haute-Loire, si l’abstention a été basse, le vote ‘Le Pen’ a été moyennement élevé. Dans l’Allier et la Creuse, le fort taux de vote blanc a correspondu à un résultat relativement bas pour le candidat ‘Le Pen’ mais n’a pas empêché un taux d’abstention moyennement élevé. Les départements responsables et à l’esprit républicain. Neuf départements parmi ceux qui affichent un fort vote blanc ont dû faire se pâmer d’aise les dirigeants de gauche et de droite modérée secoués le 21 avril : taux d’abstention et vote ‘Le Pen’ en-dessous de la moyenne. Ces départements sont : La Mayenne, le Maine-et-Loire, la Vendée, les Deux-Sèvres, la Dordogne, le Lot, l’Aveyron, la Haute-Vienne et l’Indre. Dans ces départements, les électeurs se sentent encore motivés par l’enjeu et conservent un esprit constructif. C’est pourquoi ils n’hésitent pas à utiliser le vote blanc quand ils jugent que les candidats en lice ne font pas preuve d’assez d’exigence. Ils sont donc encore à l’écoute et prêts à s’investir. *** Le sud-ouest a voté ‘non’ au référendum de 2005. Mais c’est là que l’on trouve la plus forte participation, alors que c’est dans la moitié est que l’on retrouve les plus forts niveaux d’abstention. Paris a battu le record de ‘oui’ mais a toujours aussi peu voté blanc. Les catégories supérieures sont plus nombreuses dans la capitale et le niveau d’instruction y est plus élévé que dans le reste du territoire. Quand on se sent ainsi aussi fort on ne doute pas et on vote pour la nouveauté. Mais n’est-ce pas cet aplomb, considéré comme de l’autosuffisance, qui a été entre autres sanctionné à l’occasion du référendum ? Là où le vote blanc est souvent élevé, l’abstention est rarement forte et les votes extrémistes ont moins de succès. Quand on sait – sondage du CECOP, 1998, à l’appui – que peu d’électeurs choisissent systématiquement le vote blanc, cela veut dire que c’est un électorat dans son ensemble qui croit encore aux vertus de l’acte électoral et pense pouvoir être entendu sans recourir à un bulletin ‘coup de poing’ ; pour lui, le vote blanc est un suffrage naturel et positif. Ces remarques n’ont pas pour but d’accuser les électeurs de la moitié Est de la France d’être de mauvais citoyens. Les personnes engrande difficulté y sont plus nombreuses et elles ne voient plus très bien comment une élection pourra résoudre leurs problèmes, sauf à tomber dans les extrêmes. Dans ce contexte là, le bulletin blanc n’a pas d’attrait. On ne voit pas comment les électeurs de l’ouest deviendraient irresponsables et mésureraient du vote blanc s’il était reconnu. Mais l’on peut imaginer que le vote ‘Le Pen’ aurait fortement décru le 21 avril dans la même hypothèse. Profitons-en pour faire de la politique fiction. Imaginons un second tour en 2002 avec le candidat ‘Jacques Chirac’ vainqueur en recueillant 40% des voix contre 20% à son adversaire. Les électeurs de gauche auraient donc voté blanc et obtenu 40%. Le président élu aurait-il été plus affaibli par ce résultat nettement inférieur à 82%. N’aurait-il pas évité au contraire un règlement de compte dans la rue lors de la réforme sur les retraites où le projet du CPE et un troisième tour à son désavantage le 29 mai 2005 ? Le Parti socialiste, lui, en culpabilisant les électeurs qui avaient choisi un ‘petit candidat’ au lieu de comprendre leurs motivations et en instaurant le devoir du vote utile dès le premier tour a préparé le coup de bâton reçu sur la tête le 29 mai. Le vote blanc depuis longtemps jugé comme négatif par tous les ministres de l’intérieur, le bipartisme avancé comme l’avenir indispensable de notre démocratie par l’UMP et le PS, le vote protestataire ne pouvait que prendre encore plus d’ampleur. La reconnaissance du vote blanc ne résoudra bien sûr pas cette défiance qui se généralise à l’égard de l’acte électoal, mais l’UDF agissait pour en garder la force démocratique en déposant par son groupe à l’Assemblée nationale une proposition de loi à ce sujet, rédigée par le député Jean-Pierre Abelin. Le résultat du référendum confirme la pertinence de cette action, mais François Bayrou a cédé aux sirènes de l’électoralisme. En 1992 déjà, au sujet du traité de Maastricht Sur les 6 départements qui ont dépassé les 5% de vote blanc, 4 ont obtenu une majorité en faveur du ‘oui’. En revanche, sur les 24 départements qui sont restés sous la barre des 3% de bulletins blancs, 14 ont majoritairement voté ‘non’. Et l’on retrouve en cette occasion les deux France : la France vide (Aveyron, Haute-Loire, Mayenne, Deux-Sèvres, Tarn, Haute-Vienne) d’un côté, la France urbaine, moderne, en crise, de l’autre (toute la région parisienne élargie à l’Yonne, à l’Oise et à l’Eure, Marseille et la Côte d’Azur et le Lyonnais plus Bordeaux, la Meurthe-et-Moselle et la toujours flamboyante exception corse. Ceux qui détonnent vraiment dans ce tableau sont la Marne et la Côte d’Or).
Date de création : 07.08.2006 @ 21:50
Dernière modification : 06.01.2007 @ 12:34
Catégorie : Analyses et prises de position
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