avril 17, 2026

AU SALON DES REFUSES

« Il y a la question du vote blanc. C’est une question qui depuis longtemps travaille notre démocratie. Elle n’est pas négligeable. A juste titre, les gens qui votent blanc nous disent « Je veux que ce soit entendu, je veux que ce soit pris en compte. » Est-ce qu’il faut lui donner une reconnaissance particulière ? J’ai été un moment tenté par cette option, j’y ai beaucoup réfléchi. Je ne la retiendrai pas. La crise de notre démocratie est une crise d’efficacité, de capacité à prendre les décisions. On peut avoir des projets dont aucun ne nous plaît totalement à une élection mais on doit choisir, soit pour le moindre mal, soit pour le mieux possible. Ce choix est important parce que dans les moments difficiles de la démocratie, il faut prendre des options et il faut choisir. Je sais une chose, c’est que lorsqu’on vit une période difficile, blanc ça ne décide pas, blanc c’est l’agrégation des rejets, des refus, c’est trop facile. Je veux bien être le candidat du blanc : on a toutes les voix dans la période que nous vivons. Mais blanc ne résoudra aucun problème. M. X, Mme Y, oui, qu’on soit d’accord ou pas. » Emmanuel Macron, 25 avril 2019

En 1863, ce fut le salon en marge du Salon officiel. Y seront exposées des œuvres considérées aujourd’hui comme magistrales alors que les artistes de l’art ‘pompier’ triomphaient aux yeux de la bourgeoisie dominante.

Aujourd’hui, on a les réponses du Président à la colère des Français. Les solutions déjà prévues l’emportent tandis que les idées nouvelles sont renvoyées sous le prétexte d’être des œuvres marginales. L’art pompier électoral 2019 se résume à deux cris : « Ma légitimité, ma légitimité ! » tout d’abord, reprenant le « Ma cassette, ma cassette » de l’avare de Molière et « Non aux mauvais électeurs », qui trahissent, hésitent, se font sur eux. Nous n’appartenons pas à ces canons de la beauté. L’avenir est à nous.


La reconnaissance du vote blanc fait partie des recalés du casting qu’a été le Grand Débat. Ce fut en effet, pendant trois mois, dans toute la France, une série de listes de vœux. Jamais un approfondissement de ces questions.

Certains sujets ont été remarqués, retenus. Le Président a commencé à expliquer les raisons et la mise en œuvre de ceux-ci. L’action du gouvernement détaillera ces projets.

Mais pour les sujets recalés ?… De la poudre aux yeux pour donner l’impression que l’on voulait labourer en profondeur ? Quelles sont les raisons qui expliquent qu’ils n’ont pas été jugés porteurs pour la société française ? 

Emmanuel Macron le courte-vue

L’option vote blanc « n’est pas négligeable. Je ne la retiendrai pas. On doit choisir. Je sais une chose : quand on vit une période difficile, blanc ça ne suffit pas (…), ça ne résoudra aucun problème. »

C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a donné une fin de non-recevoir au thème de la reconnaissance du vote blanc. Il devait déjà avoir le 10 décembre les mêmes « arguments » contre quand il avait inclus ce sujet dans la liste des thèmes à débattre. De débat sur le vote blanc pendant les trois mois qui ont suivi, il n’y en a pas eu. Il les conclut donc en n’étant pas capable d’avancer une analyse plus solide. Sa logique reste très classique : Est-ce que cela m’arrange ou non ? Comme le vote blanc n’a pas vocation à aider un camp politique plus qu’un autre, la réponse a été non. Mais ce n’est pas ainsi que l’on devrait gouverner.

 Lui qui se targue de vouloir moderniser le pays, l’Europe, il révèle qu’il réfléchit au coup par coup. Il ne s’intéresse à une réforme que si elle l’aide tout de suite à régler un problème. Reconnaître le vote blanc, ce n’est pas « résoudre un problème » de circonstance, c’est légiférer pour les cent ans qui viennent, comme l’avaient fait en 1913 les législateurs avec l’isoloir, et en 1944 l’ordonnance qui accordait le droit de vote aux femmes.

« Blanc, ça ne suffit pas« . Si cela permet à un citoyen de voter en conscience et de se retrouver dans les résultats affichés, cela est précieux, indispensable, sain dans une démocratie.

Emmanuel Macron a négligé le traitement de la question de la reconnaissance du vote blanc mais « l’option vote blanc n’est pas négligeable ». Comprenne qui pourra. Suivez le cap, nous dit-il. Mais il en manque un, il manque une ambition démocratique.

Le ministère de l’intérieur dans les mois à venir nous répondra exactement les mêmes arguments que ceux donnés par les services de Gérard Collomb en 2017. Le projet de révision constitutionnelle qui reprendra cet été, le fera avec les mêmes mesures qu’au moment où il a été interrompu par l’affaire Benalla. Tout ça pour ça, donc ?