juillet 31, 2026

LORS D’UNE ELECTION, LE CITOYEN DOIT ETRE UNE POELE TEFAL

Soutenir, ne pas adhérer inconditionnellement.

Dans une démocratie représentative, le citoyen est amené à élire des dirigeants. Dans la cuisine, la poêle Tefal a pour fonction de cuire le mieux possible les aliments confiés. Elle les accueille, leur transmet la chaleur, les fait cuire et leur permet de rejoindre le plat sans les accrocher. Pendant la campagne électorale, le citoyen accueille les idées, les met à l’épreuve, les fait vivre. Il peut même les défendre. Mais il ne les laisse jamais aliéner sa liberté de conscience.

Un électeur doit soutenir, non adhérer. Il exerce sa liberté de pensée en soutenant ; en adhérant il risque de suspendre son esprit critique. Le citoyen peut soutenir un candidat pendant une campagne, une réforme pendant un débat, une association pendant plusieurs années… mais il ne devrait jamais adhérer au point que son jugement devienne prisonnier de son engagement. L’adhésion est une vertu militante mais un défaut civique. La philosophie des Lumières du XVIIIè siècle parlait de l’autonomie du jugement. Le citoyen veille à ce que la finalité particulière d’un combat ne détruise jamais l’intérêt général.

L’hygiène du jugement.

L’être humain ne manque pas d’intelligence ; il lui arrive surtout de renoncer à l’exercer. Il est si commode de laisser d’autres penser à notre place. Hier, c’étaient les autorités, les dogmes ou les idéologies. Aujourd’hui, ce sont les médias, les influenceurs ou les algorithmes qui proposent des opinions déjà formées, des jugements prêts à l’emploi et des certitudes auxquelles il suffirait de souscrire.

Sapere aude : « Ose te servir de ton propre entendement. » Accueille les idées, éprouve-les, discute-les, défends-les si elles te paraissent justes, mais ne renonce jamais à les soumettre à ton propre jugement. N’adhère pas avant d’avoir évalué, et conserve toujours la liberté de retirer ton adhésion si ta conscience critique décèle des risques de dérive.

Cette vigilance devrait être considérée comme une discipline, presque comme une ascèse intellectuelle : préserver en soi un espace où aucune idée ne puisse aliéner durablement la liberté de juger.

La possibilité du vote blanc.

C’est au citoyen de faire l’élection, non aux gouvernants de distribuer les bons et les mauvais points entre les électeurs, de hiérarchiser les suffrages selon qu’ils leur plaisent ou non. Il faut dire que les observateurs, les constitutionnalistes et autres penseurs ne les aident pas à se débarrasser de leurs préjugés. Aujourd’hui, le « vote d’adhésion » est présenté comme le vote de l’électeur accompli ; le « vote utile », comme celui du citoyen responsable ; le « vote protestataire » ou le « vote de rejet », comme celui des électeurs qu’il faudrait rappeler à l’ordre. Toutefois, dans les urnes, ces suffrages comptent exactement de la même manière. Le vote blanc, lui, c’est l’idiot du village, l’indécis, le poltron, le grognon. « Je sais une chose : c’est quand on vit une période difficile, blanc ça ne décide pas. Blanc c’est l’agrégation des rejets, des refus. C’est trop facile. » (Emmanuel Macron, 25 avril 2019). Cette critique repose sur une confusion. Le chef de l’Etat semble oublier tout simplement que les citoyens influencent la société en permanence- dans leur travail, leurs associations, leurs syndicats, leurs engagements, leurs amours… Le moment de l’élection est précisément celui où ils doivent pouvoir suspendre cette dynamique implicite pour exprimer explicitement un jugement politique. Si le système ne leur permet pas d’exprimer un refus de l’offre politique tout en participant pleinement à la souveraineté, il manque une dimension essentielle de la démocratie.

Il faudra un jour ouvrir les fenêtres des bureaux de vote pour laisser entrer un souffle nouveau ; passer de la démocratie de l’assentiment à la démocratie du discernement. L’esprit libre n’est pas un esprit vide ; c’est un esprit qui travaille les idées sans jamais se laisser recouvrir par elles.