février 8, 2026

LA PROPORTIONNELLE AU DETECTEUR DE SINCERITE

Généreux, le personnel politique qui s’exprime pour défendre le passage à un mode de scrutin à la proportionnelle nous dit qu’il le fait pour mieux donner la parole au peuple citoyen. Ce dernier pourra voir l’aboutissement de sa voix glissée dans l’urne s’il soutient un courant politique minoritaire qui obtient quelques élus, chargés de diffuser au niveau national des idées nouvelles. Il est indéniable que la façon de désigner les élus aujourd’hui peut donner l’impression qu’il ne sert à rien de se déplacer dans le bureau électoral quand on vit dans une circonscription où une grande majorité des gens votent pour une formation que l’on combat. C’est aussi un outil efficace pour atteindre la parité à l’Assemblée nationale.

Pour autant, la démarche de ces femmes et hommes politiques est-elle aussi désintéressée que cela ? Se préoccupe-t-elle réellement du poids à accorder au bulletin de chacun ? La toute dernière prise de position pour le scrutin à la proportionnelle nous dit que cette initiative vise à « redonner tout son sens à la participation à la vie démocratique. » Dans ce cas, il faut aussi prévoir de limiter les détournements que n’éviteront pas les états-majors des formations politiques : notamment caser des cadres du parti ayant essuyé un échec électoral ou ayant dû démissionner d’un ministère. Les élections européennes ne manquent pas de tels pantouflages.

Pour lutter contre ces dérives qui entachent la probité démocratique, il faut accorder aux électeurs le droit de panachage. Barrer des noms, modifier l’ordre, ajouter. L’électeur est acteur ; son bulletin est le sien. Ne brandissons pas l’objection d’une trop grande complexité pour le dépouillement. Les outils modernes permettront de franchir ce cap.

Cette dimension du scrutin à la proportionnelle est totalement absente de la tribune des 70 signataires. On remarquera qu’ils appartiennent à des formations secondaires, qui peinent face au scrutin majoritaire (ou qu’ils sont d’anciens membres importants de l’exécutif et qu’ils tentent l’opération ‘retour’). Qu’une d’elle finisse par devenir majoritaire, on peut être sûrs qu’elle oubliera cette promesse si elle n’a pas encore été exaucée (le RN, bénéficiaire de la proportionnelle en 1986 – FN – serait-il prompt à restaurer la proportionnelle s’il avait la majorité absolue au Palais Bourbon en 2027 ?), ou qu’elle y mettra un terme si celle-ci avait été instaurée.

La tribune avance comme autre argument qu’il ne sera pas indispensable de modifier la Constitution. Ces législateurs profiteront-ils du débat autour de leur proposition de loi pour glisser un amendement favorable à la prise en compte comme suffrage exprimé des bulletins blancs ? Ici aussi, pour les seules élections législatives, le vote blanc n’obligera pas à changer une seule virgule au texte de 1958, alors que ce serait le cas pour la présidentielle. Pourquoi s’en priver, donc ? Les formations minoritaires verront dans le vote blanc un frein pour atteindre les seuils imposés. Nous leur répondons qu’il suffit de baisser ces seuils (aux élections européennes, la France doit passer des 5% actuellement pour obtenir un élu, à 2%, niveau bas de la fourchette demandée par l’UE).  

Dans ce débat sur la proportionnelle, nous chercherons la sincérité ; la trouverons-nous ?