novembre 29, 2021

Religions et vote blanc

LES RELIGIONS FACE AU VOTE BLANC

Présidentielle : les imams appellent au vote

L’abstention et le vote blanc sont contraires à la religion, selon les imams.

Une vingtaine d’imams ont exhorté leurs fidèles à se rendre aux urnes pour l’élection présidentielle, pour « devenir acteurs de leur propre changement ».

À Paris, le recteur de la mosquée du 18e arrondissement, Mohamed Hamza, a appelé les musulmans à « défendre notre dignité contre l’islamophobie et la stigmatisation des membres de notre communauté, par un vote massif halal ». « L’abstention et le vote blanc sont haram » (illicites) », a-t-il ajouté

Le Front des banlieues indépendant (FBI) s’est même engagé, en appelant à « voter utile, c’est-à-dire François Hollande », le millier de musulmans réunis à la mosquée de La Défense. Le FBI, considérant que « l’abstention sera importante dans les quartiers sensibles ainsi que dans la communauté musulmane », incite « à voter contre ceux qui n’ont eu de cesse depuis des mois de criminaliser la communauté musulmane ». (…)

L’actualité nous ramène aux choix des religions au moment des élections. La question du vote blanc se pose à elles. Nous apprenons que des imams français viennent de prendre la parole pour dire qu’ils condamnent le vote blanc. Une semaine plus tôt, un agrégé français de sensibilité catholique faisait, lui, l’éloge du vote blanc.

Quand on essaie de faire un tour d’horizon dans le monde des prises de position à ce sujet, on constate que les catholiques sont plus souvent favorables au vote blanc que les musulmans. On nuancera ceci en notant que les tendances dures des deux religions sont hostiles aux bulletins blancs et que les versions plus intégrées y sont plus favorables. Plus on est ouvert aux idées démocratiques plus on accepte le vote blanc. Bonne leçon à retenir.

Si en France, tous les catholiques qui s’expriment au sujet de l’acte électoral intègrent volontiers le vote blanc, l’exemple chrétien de refus vient des Etats-Unis, de la part d’un courant plus fondamentaliste. Ici, l’ouaille doit avant tout obéir et lors d’une élection il faut qu’elle accepte de se soumettre à la raison. La communauté ‘Save America’, très croyante et très patriote, considère que le vote blanc n’est pas compatible avec la Bible. Elle prend l’exemple de David qui refuse de choisir entre trois sanctions que lui présente Dieu pour le punir de sa vanité ; il préfère se remettre en la miséricorde du Tout Puissant mais la sanction qui tombe touche tout son peuple. La morale de l’histoire est qu’il faut toujours choisir le moindre mal. L’auteur de cette démonstration dit que lui-même vit en Floride et dit qu’il connaît la violence des tornades, des méfaits des inondations. Pourtant, si sa maison brûle, il n’hésitera pas à l’éteindre par l’eau, même si celle-ci causera des dégâts.

L’appel à voter Hollande de certains imams de France suit cette logique. La communauté musulmane a été mise en danger par le pouvoir en place et tout autre vote que celui pour le candidat PS – et même l’abstention ou le vote blanc – serait une faute grave ; ce serait ‘haram’ (illicite). Ils adhèrent tout à fait à l’idée de vote utile et le proclament.

En France, les catholiques se sont plus assouplis avec l’exercice démocratique. En 2012, un groupe de « simples laïcs chrétiens » rédige un manifeste pour dire que si aucun candidat ne respecte une série de points (l’opposition au mariage homosexuel et à l’avortement entre autres), ils voteront blanc, un « vote cohérent » selon eux. Le vote blanc est le moyen de ne pas perdre son âme. On est dans une religion où le dieu n’est pas aussi sévère que celui des Hébreux. Cela a permis au cardinal Barbarin d’appeler à voter blanc pour le second tour de 2007. Le vote blanc peut être même un moyen de rejeter ce qui oppresse l’expression religieuse.

Mais dans plusieurs pays musulmans, les chefs religieux sont hostiles à l’acte électoral lui-même. En Indonésie, une fatwa a été lancée contre le vote blanc par le conseil des oulémas. Ailleurs, le cheikh Mohammed Salami argumente pour dire que voter blanc est une ‘mécréance majeure’. Celui qui – de façon générale – vote est un ‘Taghout’ et le fait de choisir un bulletin blanc ne le disculpe pas. En Belgique, le cheikh Abderrahmân Al Mikhlif, pour sa part, tolère de ne pas appeler ‘mécréant’ celui dont on est sûr que – s’il est allé voter – il a déposé un bulletin blanc. Le vote blanc, dans ce dernier cas, est une façon de s’intégrer au pays sans renier sa religion. C’est un vote neutre. Et si les Etats-Unis sont un fief chrétien contre le vote blanc, c’est là en revanche que l’islam se découvre une fibre pro-vote blanc. Dean Ahmad, fondateur de ‘Minaret of freedom’, a beaucoup œuvré pour le vote blanc.

LE MANIFESTE

En 2012, je vote cohérent !

Je veux avant tout le respect des trois points ci-dessous : non négociables !

Je refuse la fausse logique du « vote utile » à l’origine de trop de compromissions par le passé.

Je désire donner à mon vote un sens et une visibilité.

Etant cohérent avec mes convictions, je m’engage à ne pas voter pour un candidat ne respectant pas ou n’apportant pas d’avancées majeures à des points que je considère comme non négociables car relevant de la loi naturelle et humaine :

– La protection de la vie de sa conception à sa fin naturelle
– La reconnaissance et la promotion de la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme
– La protection du droit et de la liberté des parents d’éduquer leurs enfants

Si aucun candidat ne respecte ces trois points non négociables, je voterai blanc.